Zimoun, une mécanique subtile

Zimoun à l’école serait une matière première. Un mauvais élève aussi sans doute, car il se préfère autodidacte. Il a choisi d’être artiste et artisan, ingénieur et ingénieur du son, architecte et aménageur d’espace. S’il était un bruit, il serait celui du silence que l’on perce. Ses installations sonores soufflent à l’oreille des émotions nouvelles, résultant dans son travail d’une tension entre l’intention d’ordonner et le désordre évident et hypnotique de nos vies, de nos histoires. S’il était un mot, il serait « simplicité ». Apparente seulement. Les composants et matériaux utilisés sont fonctionnels et triviaux (lattes de bois, boîtes de carton, sacs plastiques, objets du quotidien) certes, mais ils participent à une mécanique, à un rythme qui cache et dévoile progressivement des systèmes bien plus complexes qu’il n’y paraît. Artiste contemporain suisse, il vit et travaille à Berne.

écrit par

15 novembre 2015

Nous avons vu son installation monumentale à la Centrale (Place Saint Catherine) lors de la Nuit Blanche de Bruxelles. Un véritablement saisissement en découvrant, dans cet ancien espace industriel, un alignement perfectionniste de lattes de bois, actionnées mécaniquement. Toutes ces pièces en mouvement – chorégraphique et aléatoire – avaient des allures de ballet de pagayes insatiables ! Encore et toujours une mécanique ingénieuse, gracieuse et ludique. Par cette expérience unique du spectateur, l’espace se trouve redéfini. Une structure – plateforme sonore qui se laissait arpenter et apprécier de tout son long. Un bourdonnement acoustique devenu palpitation rythmant les pas. La fascination perdure longtemps après, comme par magie ; mais des questions se posent…

 

 

Zimoun, quel est votre « moteur » ?
Probablement la curiosité et le questionnement.

Pourquoi le titre de vos pièces correspond à la liste précise de ce qui les compose (matériaux, quantités, composants) ?
En tant que créateur, je n’ai pas une idée précise de la façon dont je veux toucher le public. D’un certain aspect, mon travail est très concret : ce que le public voit c’est ce qui s’obtient d’un simple système mécanique associé à des matériaux bruts ; mais de l’autre, mes créations ont aussi une dimension abstraite. Je limite mon intervention, je laisse mon travail très brut, à l’état pur, même les titres de mes installations – comme vous l’avez fait remarquer – ne sont qu’une brève description des matériaux utilisés. Je prends soin de connecter mon travail à des domaines variés, et ce dans différentes directions. J’essaie de créer une œuvre qui me stimule, afin de m’inspirer différentes pensées, m’amener à réfléchir et à créer des connexions et associations. Ainsi, j’espère pouvoir laisser cette même liberté au public.

Comment choisissez-vous le cadre, l’environnement dans lequel implanter vos installations ? L’acoustique a – forcément – son importance ?
C’est un mélange de plusieurs éléments qui me permet de créer et développer une œuvre. Cela commence souvent dans un lieu spécifique, où je suis invité à présenter une pièce. Je réfléchis alors à toutes les possibilités que m’offre cet espace, comment l’envisager, ses avantages et ses inconvénients, et je m’en inspire pour choisir la pièce la plus adaptée, celle qui prendrait tout son sens dans cet espace en particulier. En tenant compte bien sûr de la logistique, du budget notamment, du temps imparti à la réalisation et à la mise en place, en considérant aussi la main d’œuvre disponible sur place.En même temps, il y a toujours de nouvelles idées sur le feu, comme de nouveaux prototypes, de nouveaux systèmes et concepts auxquels nous travaillons sans cesse au studio. Par exemple, nous explorons minutieusement les possibilités que peuvent nous offrir un nouveau matériau, un mouvement, un système, un comportement ou un son. De ces expériences je commence à prélever de ci de là quelques éléments qui me paraissent les plus intéressants pour les mettre en relation avec la situation, le projet en cours. C’est à ce moment-là que peut commencer en studio le travail d’expérimentation et de création de prototypes. En général de nombreux prototypes sont nécessaires pour arriver à un travail final satisfaisant. Chaque étape est cruciale, évoluant pas à pas, et se perfectionnant petit à petit. Toutefois, à travers la constitution de prototypes en série, on peut obtenir des résultats totalement inattendus pouvant influencer tout le processus de création. Au final, il y a une multitude de facteurs, prévus ou imprévus, qui influencent le développement visuel et sonore d’une œuvre.

Qu’est-ce qui prédomine au départ dans votre démarche créative, le son ou la forme de l’installation ? Pensez-vous au son que va produire l’installation avant de penser à l’installation en elle-même ?
Pour moi il n’y a pas une chose plus importante qu’une autre. Tout ce qui existe dans mon installation finale a son importance.

Sur quel(s) modèle(s) reposent les systèmes que vous créez ? La robotique vous intéresse- t-elle ?
Je n’utilise aucune robotique. J’utilise juste des mécanismes très simples, voire même primitifs. Je m’intéresse autant à la simplicité qu’à la complexité du « comportement » qui émane du système. Je tente de construire des étapes, des phases dans lesquelles les matériaux évoluent individuellement, développant leurs propres comportements caractéristiques. Matériaux, propriétés de résonance, proportions, espace, force et fréquence sont autant d’éléments clés du processus de création. Je m’intéresse au mélange subtil entre des structures « vivantes » qui évoluent par hasard et/ou des réactions en chaîne – en contraste avec l’espace prédéterminé et restreint au sein duquel se déroulent ces évènements. Une fois que le comportement devient complexe, cela a tendance à nous rappeler des choses organiques que l’on rencontre dans la nature, comme le bourdonnement de la ruche.

Le quotidien et ses objets vous inspirent ou cherchez-vous à les dépasser en les transcendant, à les déplacer d’une réalité à une autre ?
Je crois pouvoir dire que tout ce qui nous entoure est source d’inspiration d’une certaine façon et nous influence d’une manière ou d’une autre.

Si vous deviez résumer votre travail en un mot ?
Je ne pourrais pas !

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LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Zimoun présentera l’une de ces installations à l’occasion du KIKK – Festival du Digital à Namur les 5 et 6 novembre prochains : http://www.kikk.be/2015/church-installation.htm?lng=en

Crédits :

Photo 0 couverture:
200 prepared dc-motors, 2000 cardboard elemens 70x70cm
Zimoun in collaboration with Architect Hannes Zweifel 2011
Motors, power supply, circuitry wire, cardboard.
Installation view: Contemporary Art Museum MNAC Bucharest, Romania.
Dimensions: 14.7 x 49.2 x 29.5 ft / 4.5 x 15 x 9m
File size (photo.jpg): 5616x3744px
Photography by Zimoun ©

Photo2:
157 prepared dc-motors, cotton balls, cardboard boxes 60x20x20cm
Zimoun 2014
Motors, cardboard, wood, metal, cotton, pvc, power supply.
Dimensions: 12m x 4m x 4m.
Installation view: private collection.
File size (photo.jpg): 2160x2160px
Photography by Zimoun ©

Photo 3:
186 prepared dc-motors, cotton balls, cardboard boxes 60x60x60cm
Zimoun 2013
DC-motors, cotton balls, filler wires, cardboard boxes 60x60x60cm, power supply.
Dimensions: ⦰ 4.9m x 6.0m height / ⦰ 15 x 19.7 ft.
Installation view: Musée des Beaux-Arts Rennes, France.
File size (photo.jpg): 5616x3738px
Photography by Zimoun ©

Photo 3bis
186 prepared dc-motors, cotton balls, cardboard boxes 60x60x60cm
Zimoun 2013
DC-motors, cotton balls, filler wires, cardboard boxes 60x60x60cm, power supply.
Dimensions: ⦰ 4.9m x 6.0m height / ⦰ 15 x 19.7 ft.
Installation view: Musée des Beaux-Arts Rennes, France.
File size (photo.jpg): 4252x2835px
Photography by Elise Fournier © Festival Maintenant 2013

Photo 4:
198 prepared dc-motors, wire isolated, cardboard boxes 30x30x8cm
Zimoun 2012
DC-motors, wire islolated, cardboard boxes, laboratory power supply.
Dimensions: 4.75 x 8.5 x 14m / 15.6 x 28 x 46 ft.
Installation view: CAN, Neuchatel, Switzerland.
File size (photo.jpg): 5616x3744px
Photography by Zimoun ©

Photo 5:
259 prepared dc-motors, cardboard boxes 140x35x35cm
Zimoun 2014
Motors, cardboard, wire, wood, metal, tape, power supplies.
Dimensions: variable.
Installation view: Église Saint-Nicolas de Caen, France.
File size (photo.jpg): 5616x3744px
Photography by Zimoun ©

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