Stellar Swamp, l’astre lumineux dans la nuit psyché bruxelloise

Mené par un guitariste acharné et deux salles de concert bruxelloises, le festival de rock psyché Stellar Swamp impose pour une troisième édition son audace logique d’Etterbeek au canal, en passant par Charleroi. Rencontre avec l’un de ses programmateurs, Valérian Meunier, où il est question de conjonctions naturelles, de schisme musical malheureux in het nederlands et de toutes les nuances du psyché.

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3 mars 2017

Chaque grand événement de l’histoire contemporaine est intrinsèquement liée à une ambiance musicale, qu’on en soit conscient ou non. La guerre du Vietnam assortie aux guitare d’Hendrix et des Stones. La chute du mur de Berlin et l’hymne « Looking for freedom » entonné par David Hasselhoff – aussi fou que cela puisse paraître. Le bug de l’an 2000 et les sirènes d’une pop américaine tubesque.

Mais, et si le premier pas de Neil Armstrong sur la lune n’avait pas été, a posteriori, associé à l’orchestre philharmonique de 2001 : L’odyssée de l’espace, mais à un genre plus stellaire ? Des mélodies aussi irréelles que cet instant où l’Homme pose son pied sur un astre distant, ou plus récemment, la découverte de sept exoplanètes semblables à la Terre ? Et si l’explorateur du cosmos de chez nous, Michaël Gillon, avait mené ses troupes au son de guitares psychés, de sitar galactique et d’une bonne grosse caisse ?

Ayant déserté un long moment le paysage belge, le rock psyché possède cet incroyable potentiel cinématographique et narratif, capable d’animer les générations nostalgiques et futuristes à la fois. Et c’est précisément sur ce dernier que mise le festival Stellar Swamp, depuis trois éditions, pour animer le marais et le marasme bruxellois de fin février à début mars. Si on n’oserait pousser à dire que l’événement est à l’origine de l’essor d’une nouvelle ère musicale dans la capitale, il contribue à lui offrir une scène, avec les tripes du mec qui croit dur comme fer que les plus grands moments sont encore à venir.

Collisions musicales

« On avait envie de faire une soirée sur le thème de la musique psyché contemporaine », raconte Valérian Meunier, l’un des organisateurs du festival, fouillant dans des souvenirs qui remontent à 2014 déjà. À l’époque, son groupe Moaning Cities, né dans la langueur et la noirceur d’un style qui mêle blues, rock et psychédélisme, fait parler de lui et commence à tourner en Europe. Il découvre alors les psych fests voisins et l’opportunité qu’ils offrent de « réunir tous les groupes qui font partie de cette scène-là ».

 

Au détour d’un couloir du Botanique, il en parle avec Julie de Drée, l’ex-étoile discrète de l’Atelier 210. L’idée l’emballe et le projet s’enveloppe doucement de réalisme.« Assez vite est venue l’idée de le décliner en un soir au 210 et un soir au Magasin 4 », se souvient Valérian. Le lien entre les deux lieux, ce sera Denis Colinia, qui se partage entre les deux salles et leur programmation, alors encore fort différentes.

De leur collision est né le Stellar Swamp, et en même temps que lui, un nouveau point de repère dans la galaxie musicale bruxelloise. Aujourd’hui, le projet est collaboratif, même si son noyau rassemble toujours Valérian, Denis, et le nouveau programmateur musical de l’Atelier 210, un nouveau venu à haut potentiel, François Custers.

No borders

Mais dans un premier temps, c’est son ouverture, son absence de radicalisme qui permet au festival de mettre le pied à l’étrier et de rester en selle pour une seconde édition : « On peut approcher cette idée de la musique psyché par plein de portes différentes : l’électronique, l’afro-beat, l’éthio-jazz, la musique expérimentale purement rythmique, ou des choses plus pop, plus colorées et imagées. C’est vraiment un festival de découvertes musicales autour de ce thème », rappelle l’organisateur, qui, coïncidence ou non, porte aussi le prénom d’un guerrier galactique.

Cette année, le festival a étiré ses tentacules du côté de Charleroi, pour une soirée spéciale à l’Eden, et aux Galeries, pour une projection de film et une exposition (à visiter jusque dimanche 5 mars). Le guitariste fondateur du « Swamp » détricote : « On a joué quelques fois à l’Eden avec Moaning Cities et on croise tout le temps Nathalie (sa programmatrice, ndlr), en festival ou en concert. Elle a fini par se dire qu’on ferait bien une soirée estampillée Stellar Swamp, pour attirer un peu l’attention des gens à Charleroi et que les Bruxellois s’intéressent à l’Eden ».

La programmation compte aussi désormais une Blackout Session, ce concept autrefois propre à l’Atelier 210, qui consiste à écouter un disque emblématique dans le noir – celle du Stellar Swamp a eu lieu le 28 février avec Ege Bamyasi de Can. L’offre s’étoffe de manière impressionnante, avec la pression de ne pas disperser son public en chemin.« Toutes les petites ouvertures qui se sont créées cette année avec la troisième édition correspondent à des liens réels qui existent entre les gens. Au bout d’un moment, il y a une évidence qui s’impose : pourquoi est-ce qu’on ne ferait pas ça ensemble ? » interroge avec justesse Valérian Meunier.

 

 

En parlant de la fraîche collaboration entre le collectif multidisciplinaire du Castle et le cinéma des Galeries dans le cadre du festival, il ajoute : « Tout ça est très spontané ! Ca vient à chaque fois d’une envie et d’une occasion qui se présente, de la rencontre de gens qui se rendent compte qu’instinctivement, ça fait sens. »

Stellar Swamp houdt van Vlaanderen

« On a des amis, les Alpha Wales, les Glücks, qui organisent des choses, dont le Rock Zerkegem, qui se passe en juillet dans un coin un peu paumé dans la campagne », conseille-t-il encore, avant de rêver, ambitieux : « L’année prochaine, j’aimerais bien qu’une partie du festival se passe en Flandre, pour faire un peu le pont avec eux ».

« Je constate, même dans la scène alternative, que les clivages sont là – régionaux et communautaires. Même au Propulse, tu as vu un seul programmateur flamand ? Il y a un public qui suit quand même, qui se déplace, mais il reste un manque de curiosité, parce que ce n’est toujours pas une évidence d’aller voir ce qu’il se passe de l’autre côté ». Une aigreur qui agit comme un moteur, dans le cas psyché. S’il estime que « les Flamands savent que le rock joué par des francophones est un peu à chier » et « à juste titre », cela n’empêche le musicien de vouloir créer pour les autres les opportunités qui lui arrivent de manquer personnellement et ainsi, contribuer à l’expansion d’un univers musical à la fois singulier et familial, technique et hypnotique.

 

Le 3 mars à l’Atelier 210 avec Ah! KosmosThe Underground YouthBODA BODA et Fenster.
Le 4 mars au Magasin 4 avec GiobiaThe Lucid DreamHypochristmutreefuzzMoaning Cities et Fred Alstadt & JP De Gheest present: Modular Drum Piece
Du 1er au 5 mars au Cinema Galeries : exposition Danse du Vide (Stellar Swamp 2017)

Ticket combi en prévente : 20 euros
Ticket simple en prévente : 12 euros / à l’entrée : 15 euros

 

La sélection belge d’Alphabeta, vue par Valérian Meunier

Bora Boda, Bruxelles (finalistes du Concours circuit 2016) : « Le batteur, Lucas, jouait dans un autre projet, Mugwump. Sur scène, je l’ai trouvé super impressionnant ! Une amie m’a dit qu’il jouait aussi dans Boda Boda et ça m’a tout de suite parlé. C’est assez similaire à Phoenician Drive (l’autre groupe de Valérian, ndlr), du côté du travail du son et dans le mélange de cordes acoustiques, avec un son rock et un énorme travail sur la batterie. J’aime bien le chant aussi, avec un peu de Queens of the Stone Age dans le délire, et en même temps quelque chose de très trad’, acoustique et old school. J’ai trouvé ça original – surtout pour un groupe belge, en fait. Il y a une proposition ».

Hypochristmutreefuzz, Gand : « J’avais déjà vu leur nom passer plusieurs fois et je me disais qu’ils devaient être tarés ! Avec eux, il y a aussi au moins un groupe de chaque communauté dans le festival – flamande et francophone. Je voulais vraiment un groupe flamand ! Ils ont un côté rock déjanté, ils jouent hyper bien et il y a un truc à la Mister Bungle chez eux. Parfois, c’est même un peu agressif, limite stoner ».

 

 

Phoenician Drive, Bruxelles : « J’y joue depuis un an et demi – je l’ai rejoint en cours de route. C’est le projet de Diego Moscoso. C’est un gros fan du son turc des années ’70, qui fait la fusion entre le rock et la musique traditionnelle turque. Les autres références, ce sont le kraut rock, la musique de film… Il voulait trouver des mecs qui savaient jouer des instruments traditionnels et revisiter ça avec un son rock, dans les riffs. C’est quand même assez risqué, parce que ça peut vite devenir un truc où tout le monde se touche et où il ne se passe rien. Il y a une dimension psychédélique et dansante et une originalité par le mélange des influences ».

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Le 3 mars à l’Atelier 210 avec Ah! KosmosThe Underground YouthBODA BODA et Fenster.
Le 4 mars au Magasin 4 avec GiobiaThe Lucid DreamHypochristmutreefuzzMoaning Cities et Fred Alstadt & JP De Gheest present: Modular Drum Piece.
Du 1er au 5 mars au Cinema Galeries : exposition Danse du Vide (Stellar Swamp 2017).

Crédits :

©Stellar Swamp

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