Premiers pas sur ‘Mars’, mi-science mi-fiction

En 2033, six astronautes de haut vol, dont la bravoure n’a d’égal que les capacités techniques, sont envoyés sur Mars à bord du vaisseau Daedalus afin d’analyser la planète et de tester sa viabilité sur le long terme. Car l’enjeu est bien là : faire de Mars une « planète de rechange » qui permettrait la survie de la civilisation humaine toute entière. ‘Mars’, la nouvelle série de National Geographic Channel, se propose de décrire, en six épisodes, cet Odyssée d’un genre nouveau. Nos expertes spatiales Virginie et Coline se livrent pour vous à une battle critique intergalactique, mais néanmoins courtoise. Surtout que finalement, elles tombent plus ou moins d’accord.

écrit par

18 novembre 2016

 

Coline

A aimé

La vraie chouette idée ‘Mars’, c’est le mélange décomplexé entre éléments scientifiques et grand spectacle. On connaissait le mi-figue, mi-raisin, un peu moins le mi-science, mi-fiction. Ce mix de genres a sans doute pour avantage d’être un bon outil didactique puisqu’il réconcilie les fondus de docus et les mordus de blockbusters. Tout au long de l’épisode, nous sommes invités à sauter d’une époque à l’autre. De l’année 2033 qui correspond à l’aventure spatiale, avec acteurs, effets spéciaux et rebondissements, les spectateurs passent à l’an 2016, qui se rapporte au contexte, alimenté par des avis de spécialistes faits de chair et d’os, apportant un éclairage sur les aspects techniques abordés en cours d’intrigue.

Le début est superbement réalisé, avec un flash-forward d’images en accéléré dont on ne saisit le sens qu’a posteriori. Le genre d’amorce un peu arrogante qui annonce en gros : »Let me blow your mind« . La toute fin, elle aussi, en jette. Pour clore l’épisode, la belle trouvaille a été de combiner le très classe générique de Nick Cave à des photos de sols martiens traités en noir et blanc.

Et entre les deux ? Un moment agréable, de sublimes images. On notera la parfaite diversité représentée au sein de l’équipe. La parité entre les genres ? Oui. Des femmes à des postes à responsabilité ? Oui. Un joli camaïeu entre Blacks, Latinos, Asiat’ et Blancs ? Oui. Tellement au poil que ça donne quand même un peu envie de ricaner. Pour ce qui est de rigoler doucement, je lance un petit clin d’œil à ceux qui ont regardé Narcos. Imaginez un protagoniste du cartel de Cali prendre un petit air de boy scout servile et jurer des choses la main sur le cœur. Ben oui.

N’a pas aimé

Cette impression de toc, pas crédible, je l’ai d’ailleurs pas mal ressentie dans le monde manichéen décrit par ‘Mars’, où les notions de bien et de mal sont ultra-campées, où le progrès, tel que défini ici, est l’ « ADN de l’être humain » et mènera forcément vers un avenir meilleur. Bref, un monde imaginaire, consensuel et sans nuance. Vous connaissez cette voix-off, dramatique, solennelle, et so very US qui vous donnerait presqu’un sentiment patriotique ? Celle, grave, qui martèle des discours cheesy avec des superlatifs à la pelle qui pourtant vous touche parce que « ouais, qu’est ce que c’est bien dit ». Eh bien elle était dans ‘Mars’ et elle décrivait cette perspective-là.

Aussi, j’ai trouvé un peu bizarre d’accorder autant de temps de parole à Elon Musk. Ok, c’est le CEO de Space X, qui lance à peu près tout ce que fait la NASA dans les couches supérieures de l’atmosphère, mais on a l’impression que 50% du temps consacré à l’interview de divers experts est en réalité attribué à… lui seul.

Bref, à me lire on croirait que j’ai détesté mais ce n’est pas ça. Je crois tout simplement que mon scepticisme est dû à deux choses. La première, éminemment subjective, c’est que je n’aime tout simplement pas l’idée de coloniser Mars. Je la prends paradoxalement comme un aveu d’échec de l’espèce humaine sur la Terre. Alors que cette colonisation représenterait sans conteste la prouesse d’ingénierie la plus époustouflante de notre ère, je la conçois comme une immodestie crasse qui veut que l’on détruise une planète en se disant qu’il y en aura bien une autre à souiller. Du coup, le fait qu’on la présente comme quelque chose d’évidemment merveilleux me dérange. La seconde est que, à mes yeux, l’espace est assez spectaculaire en lui-même. Inutile d’y ajouter du scénario et des couches d’héroïsme. De façon toujours aussi personnelle, je préfère le caractère factuel de la série Cosmos à la dégoulinade sentimentale de Gravity. En revanche, il arrive que la fiction soit aussi étayée qu’un documentaire, comme dans Interstellar. Il arrive aussi que le documentaire soit aussi spectaculaire qu’une fiction, et c’est bien le cas de ‘Mars’.

Regardera les prochains épisodes ?

Si Dieu le veut, pour donner un peu de sens à un dimanche après-midi pluvieux.

 

 

wl800hp600q85_national_geographic_channel_mars_still_4

 

 

 

Virginie

A aimé

Le plus étonnant pour moi c’est ce voyage dans le temps – depuis les expériences folles d’Emmett Brown dans Back to the future – qui fait que 2033 nous semble être le présent. Ce va-et-vient entre la fiction, qui prend place en 2033 à l’occasion de la première mission de colonisation (le mot me dérange un peu) de Mars, et le documentaire, qui nous ramène en 2016 et montre l’état actuel des avancées, est très bien fait et justifié pleinement. Les parties documentaires servent et prolongent la fiction, l’éclairent. Les moments de transition entre 2033 et 2016 sont pertinents et garantissent le suspense, la fiction étant interrompue à un moment crucial. Les problèmes que rencontrent les personnages du vaisseau Daedalus dans le premier épisode répondent aux questions que se posent de nos jours ceux qui travaillent sur un projet de civilisation voyageant dans l’espace. Le documentaire donne la parole aux « spécialistes » de Mars dans différents domaines, ce qui permet un état des lieux clair et complet des investigations. Le documentaire sert en fait d’argument d’autorité à la fiction, qui du coup gagne en réalité ! Le but semble bien de vouloir nous faire rêver, ce rêve fou aussi vieux que l’humanité. Mais aussi de signifier que le rêve peut devenir réalité, que des femmes et des hommes y travaillent !

Mais le propos n’est pas uniquement technique, loin de là : il met l’individu face aux enjeux et aux risques que représentent un tel défi. Lors de flashbacks qui entrecoupent la linéarité du scénario, chaque membre de l’équipage fictif évoque les raisons de son départ et ses motivations. La grande Histoire s’inscrit toujours dans celle d’individus qui la font. J’aime beaucoup l’idée d’avoir choisi des sœurs jumelles : l’une embarque pour Mars, l’autre travaille sur Terre au suivi et au bon déroulement de la mission. Cette mise en perspective offre beaucoup de possibilités à la suite du scénario, et rend l’expérience humaine plus forte : toute l’humanité suit la progression de cette mission, et la technologie offre la possibilité d’un quasi-direct, avec seulement 10 minutes de décalage. Enfin, le spectacle se doit d’être visuel en pareilles circonstances, et il faut dire que l’équipe de Framestore – qui a aussi travaillé aux effets spéciaux de Gravity – a collaboré à cette production.

N’a pas aimé

Je suis moins convaincue par le ton des dialogues dans la fiction. A mon goût, beaucoup trop de pathos et une insistance un peu exacerbée sur la dimension héroïque de cette première tentative. La fiction réunit toutes les composantes d’une superproduction à l’américaine : le générique au début reprend les images fortes de la conquête de l’espace dans une série de clichés, un homme se blesse à son arrivée … Certains faits à venir semblent prévisibles, mais les prochains épisodes vont peut-être me donner tort ! Dans la partie documentaire, certains arguments sont répétés d’une séquence à l’autre, sans justification apparente. Notamment le fait de réutiliser les fusées qui partiront sur Mars pour amortir le coût des voyages. Il faut donc pouvoir poser l’engin à la verticale, sur une planète où l’atmosphère n’a rien à voir avec la Terre, pour envisager de le faire décoller à nouveau.

Regardera les prochains épisodes ?

Oui ! Ma curiosité a besoin d’être satisfaite sur les deux fronts. Le discours scientifique et technique étant complètement accessible et relayé par des images passionnantes donne envie d’être suivi. L’aventure qui se joue en ce moment est palpitante et attise l’intérêt. A un moment où le monde comme il va et où il va fait peur, l’envie d’évasion et de conquête ambitieuse prend davantage de sens. La fiction aussi maintient en haleine, chacun peut s’identifier et s’interroger quant à la possibilité d’un tourisme spatial, d’une espèce humaine multi-planètes. Mes garçons de 9 et 12 ans aussi sont impatients de voir la suite. Ils ont assisté à la projection de ce premier épisode, sur grand écran un soir de grosse lune, et ils ont été captivés – alors qu’ils avaient des a priori quand je leur ai annoncé une série avec des passages documentaires !

D’ailleurs la série commence ainsi : « Nous rêvons »

wl800hp600q85_national_geographic_channel_mars_still_5

 

Enregistrer

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

‘Mars’ : mini-série de six épisodes, à partir de dimanche 20 novembre sur National Geographic Channel.

Crédits :

Walkie Talkie pour National Geographic Channel.

Les bons copains

ALPHABETA MAGAZINE

Chasse les tendances créatives et débusque les talents émergents.

On s'appelle?

Pour nous faire un petit coucou : coucou@alphabetamagazine.com

Le CLUB

De plus amples informations arrivent très bientôt, restez dans les environs !