Des docus et des hommes : People of IDFA

Dernier vibrato de téléphone, une écharpe qu’on dénoue, le bruit caractéristique du gaz qui s’échappe d’une bouteille qu’on ouvre. Le noir et le silence finissent par se mettre d’accord et se font dans la salle. Générique : la séance peut commencer. Celle de Black Panthers, de This Changes Everything, ou encore de Silicone Love, ces films du réel dont nous vous avions parlé dans notre sélection de l’IDFA. Nous avons passé quelques jours au Festival international du Documentaire d’Amsterdam, l’équivalent de Cannes ou de la Mostra, version cinéma du réel : le plus grand et le plus important rassemblement du genre au monde où réalisateurs, producteurs, protagonistes et bénévoles se mêlent pour le plus grand plaisir de l’Industrie. Micro-portraits.

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20 novembre 2015

IDFA

Aziz Ammar, réalisateur pakistanais

« Mon film a été sélectionné dans la catégorie « First Appearance », en compétition avec quatorze autres documentaires. A Walnut Tree est le portrait d’une famille de réfugiés dans le contexte du conflit en cours entre les Talibans et les forces armées pakistanaises. C’est toujours extrêmement touchant pour un réalisateur de réaliser que son message a été transmis avec succès, d’autant plus que la société pakistanaise est très particulière et que les gens qui ont vu le film ici viennent de cultures diverses. Ça m’a touché que des gens pleurent, se sentent vraiment concernés.

Dans le monde dans lequel ont vit aujourd’hui, il nous faut porter le poids de notre identité, qu’importe où l’on se trouve : notre couleur de peau, une barbe, un nom … Ici-même, on m’a vu boire une bière et on m’a demandé : « Mais tu n’es pas musulman ? » Mon physique est-il censé dire tout de moi à des gens qui ne me connaissent pas ? On m’a traité de terroriste un certain nombre de fois, et je subis beaucoup de discriminations, pourtant je suis certain que cette attitude va changer. Mais ça ne changera que si nous continuons à interagir ensemble, notamment à travers tous ces documentaires. »

 

 

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Sandro Popxadze, protagoniste de 17 ans du documentaire géorgien When the Earth Seems to Be Light – Prix du meilleur documentaire dans la catégorie « First Appearance »

« Être à ce festival, c’est une expérience intéressante et utile. Pour l’instant, Tamuna [NDLR: Karumidze, co-réalisatrice du documentaire] m’apprend le montage, et je réalise des clips avec des rappeurs géorgiens. J’ai aussi fait deux petits docus. Plus tard, j’aimerais aller étudier le documentaire en France, dans une école de cinéma. Du coup, cette expérience me permet de découvrir comment l’industrie du film fonctionne, et plus spécifiquement celle du documentaire. Il y a tellement de producteurs et de réalisateurs ici …

Ce que j’ai aimé aujourd’hui ? Je suis allé dans la salle où allait être projeté notre documentaire, on y faisait des tests. J’ai décidé de rester et de le revoir. J’ai adoré ce moment, c’était génial de le voir seul. Les autres fois, mes amis étaient là et on parle, on rigole, on se moque de nos conneries à l’écran … D’ailleurs, j’ai un peu honte de certaines choses que j’ai pu y dire ! »

 

 

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Hannah Fraza, modératrice

« Je suis médiatrice à l’IDFA, ce qui veut dire que j’introduis le film et préviens le public qu’il y aura un question/réponse juste après et que le réalisateur ou l’un des protagonistes se trouve dans la salle. Je suis ce petit pont entre les spectateurs et le documentaire. Je m’assure qu’ils puissent poser leurs questions et que tout le monde se comprenne.

La plupart des modérateurs sont en général plus impliqués que le reste des bénévoles : bon nombre d’entre eux réalisent également des documentaires. Ce que je trouve intéressant dans le fait d’être modératrice, c’est que ça n’a rien à voir avec moi : je dois être le plus visiblement invisible possible. Si à l’issue du film quelqu’un se dit : « Oh, cette modératrice est vraiment géniale ! » c’est que j’ai mal fait mon boulot. Ils ne sont pas censés s’intéresser à moi. »

 

 

 

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Anu Nettar, traductrice engagée dans la défense des Droits des Femmes – interrogée à l’occasion de la Journée internationale contre les violences envers les femmes

« Je suis ici en tant qu’interprète de Selvi [NDLR: protagoniste du documentaire indien Driving with Selvi]. Elle ne parle que le Kannada, qui est ma langue maternelle. Selvi a été la victime de violences domestiques après avoir été forcée à se marier très jeune. Elle s’est enfuie de chez elle et est aujourd’hui une chauffeuse de taxi et de camion accomplie.

C’est important de projeter des documentaires comme celui de Selvi ici, parce que tout le monde n’est pas conscient de ce que les femmes d’autres cultures doivent traverser. Mais ce n’est pas simplement une belle occasion de raconter une histoire, c’est aussi une source d’inspiration pour d’autres femmes, qui pourraient vivre ou avoir vécu les mêmes épreuves.

J’étais avec Selvi pour une interview il y a quelques heures, et elle a dit quelque chose d’extrêmement inspirant : « Vous êtes nombreux à venir de pays différents pour voir mon film, mais ne rentrez pas simplement chez vous après ce documentaire. Emmenez-le avec vous et délivrez son message à quelqu’un qui en a besoin ». On n’a qu’une vie, et on devrait la vivre en exemple, pas simplement en étant l’un ou l’une parmi d’autres. Devenez une inspiration. »

 

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Le prochain Festival international du Documentaire aura lieu à Amsterdam du 16 au 27 novembre 2016.

Crédits :

Crédit photos : Levan Maisuradze & Elisabeth Debourse

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