Loyle Carner : entre le mic et la toque

À 21 ans, après avoir collaboré avec Kate Tempest et Rejjie Snow, tourné avec Joey Bada$$ et sorti un premier EP aussi éloquent que sensible, Loyle Carner peut se targuer d’avoir réussi sa percée dans le monde du rap. Il n’empêche, le londonien a faim de nouveaux projets. Une dalle monstre, même, du genre à tout bouffer sur son passage. À condition de ne laisser personne sur le carreau. Pas étonnant, ou presque, qu’il décide ce mois-ci de lancer sa propre école de cuisine à vocation sociale, pour ceux qui comme lui, se voient reprocher une énergie sans limite. Quelques minutes après un concert ravageur à l’AB, Loyle Carner nous parle des origines de son obsession pour la cuisine, de sa collaboration avec le collectif Goma et du chili con carne idéal.

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7 juillet 2016

Tu as récemment annoncé par le biais des réseaux sociaux un nouveau projet qui n’a rien à voir avec la musique. Tu peux nous en dire plus ?
Il s’agit d’une école de cuisine pour des jeunes âgés de 14 à 16 ans ayant des troubles de l’attention. J’en ai moi-même et plus jeune, j’ai découvert que cuisiner est l’une des seules activités qui me calme vraiment. La cuisine a toujours fait partie de ma vie, plus que tout autre chose. J’ai toujours voulu être chef et je cuisine presque tous les soirs.

Loyle Carner : entre le mic et la toque

Loyle Carner : entre le mic et la toque© Loyle Carner – « Ain’t Nothing Changed »
Légende : Chaque clip de Carner, ou presque, inclut une référence à l’envie, au besoin de partager un bout de table et une assiette avec ceux qui lui sont proches. Dans « Ain’t Nothing Changed », un Loyle faussement rabougris cuisine pour son acolyte de scène, Rebel Kleff.

«  (Les troubles de l’attention,) ça a été une bénédiction, je pense. »  

C’était comment, de grandir avec des troubles de l’attention ?
C’était génial ! Je pense que c’est à la fois ma meilleure et ma pire caractéristique. En grandissant, il a juste fallu que j’apprenne à m’aimer. Pas de façon égocentrique, mais plutôt de manière à comprendre ce pour quoi j’étais bon, et ce pour quoi je ne l’étais pas. J’ai du mal à fermer ma bouche. Je suis mauvais quand il s’agit de me concentrer. Mais quand tu grandis, tu commences à apprendre comment transformer tout ça en quelque chose de positif. Donc oui, ça a été une bénédiction, je pense. Non, j’en suis sûr.

Quel impact a eu la cuisine sur toi ?
Quand tu cuisines, tu es occupé, ton cerveau est occupé. Moi dans ma tête, je pense toujours à cinquante trucs à la fois. Mais quand tu cuisines, tu te dis : « Est-ce que ça brûle ? Est-ce que ça bout à la bonne température ? Comment ça se passe dans le four ? Je dois couper les oignons. Est-ce que tout est bien assaisonné ? » Il y a trop de choses à prendre en compte pour penser à autre chose. Ça occupe tout mon esprit. Et je pense que ce que j’aime vraiment dans la cuisine, c’est ça.

Légende : Pour « Florence », Loyle Carner confie : « J’ai toujours voulu avoir une petite sœur, et la chose la plus importante pour moi serait de pouvoir cuisiner pour elle. Donc ouais, quand ma petite sœur débarquera, je lui ferai des crêpes. C’est la première chose que je ferai. Une gigantesque crêpe, la plus grande qui soit ! Dix crêpes, même ! »

Qui t’a appris à cuisiner ?
Ma mère ! Ma grand-mère et mon grand-père tenaient un hôtel en Écosse, bien avant que je ne naisse. En gros, ils aimaient simplement accueillir les gens. La cuisine a toujours été importante dans ma famille. Mes grands-parents ont poussé ma mère à en faire. Enfin non, ils ne l’ont pas poussée, mais c’est quelque chose qu’ils lui ont passé. Et elle me l’a ensuite passé. On apprend un tas de chose sur les gens grâce à la nourriture, et c’est un excellent sujet de conversation. C’est parfait pour briser la glace. Quand un ami traverse une mauvaise passe, je lui prépare à manger. C’est ma façon de rendre les gens heureux.

«  Le but est de leur donner une idée plus saine de la cuisine. »

Comment vas-tu travailler avec ces jeunes ?
Leçon par leçon. Le premier cours sera consacré à la santé et à la sécurité, forcément. On ne peut pas compter sur la chance avec dix gamins. Ensuite, on cuisinera des crêpes. La seconde leçon sera végétarienne, avec des pâtes sans gluten. Il faut que ce soit des plats qu’ils puissent cuisiner à la maison ! Pour le troisième cours, on s’attaquera à un <i>pad thaï</i> au poulet et pour le troisième à un bar avec une sauce crémeuse au safran. Le but est de leur donner une idée plus saine de la cuisine. J’ai besoin que ces enfants et moi, on se lie. Ils viennent, on cuisine ensemble, on écoute peut-être un peu de musique … Et ça sera comme ça tous les mardi, durant cinq semaines. Ils seront huit à dix gosses, tous atteints de troubles de l’attention. J’espère que ça sera aussi dingue que ça peut l’être. J’ai bon espoir que le projet grandisse suffisamment pour qu’on puisse le faire avec des ados, des gamins un peu plus âgés ou plus jeunes.

«  La musique, c’est important, mais ici on parle de passion pour la cuisine. »

On ne parle pas d’un one-shot, du coup ?
Non, non, non. J’espère que ça durera … aussi longtemps que je vivrai ! Je veux que ça continue. Et avec un peu de chance, c’est aussi nécessaire : parcourir le monde, faire des concerts, faire passer un message et ramener tout ça chez moi, d’où je viens. Je suis allé dans une école, la mienne, et j’y ai rencontré quelques gamins qui vivent plus ou moins ce que j’ai traversé à leur âge. Un tas de filles voulaient juste prendre des photos avec moi, au début. Ce que j’essaye de faire, c’est de trouver des personnes qui ne connaissent pas vraiment ma musique. Ce projet, ça n’a rien avoir avec moi. J’utilise la notoriété pour toucher un plus grand public, mais ça n’a rien à voir avec ça. La musique, c’est important, mais ici on parle de passion pour la cuisine.

Loyle Carner : entre le mic et la toque© Collectif Goma
Légende : Toutes les recettes sont testées en amont par Loyle et l’équipe de Get Stuffed. Farine dans les cheveux comprise.

Pour ce projet, tu travailles avec un collectif, Goma.
À la base, c’était une marque de skate, mais maintenant ils facilitent surtout des projets solidaires. Ils sont par exemple allés au Népal. Ils m’ont contacté pour savoir si je voulais m’impliquer, davantage qu’en étant juste un rappeur représentant une marque, si je voulais faire les choses bien. Ils sont géniaux ! Je veux dire, ce gamin de Goma, c’est un génie. Il a 18 ans et il est déjà parti six mois au Brésil pour enseigner aux enfants là-bas, et à son retour ici, il a organisé une compétition de skate où les gosses gagnaient tous un prix, qu’importe leur classement. C’est une bouffée d’air frais, vraiment ! C’est agréable de se lier avec quelqu’un qui veut organiser des choses sans réel retour autre que de savoir qu’il a aidé quelqu’un.

Goma est aussi vraiment préoccupé par le côté local et durable de ses projets. C’est important pour toi ?
Oui, carrément ! La raison pour laquelle je vais chez mon boucher du coin, c’est que j’essaie de tout garder au sein de la communauté. J’ai l’impression que c’est tout ce qu’on a, tu vois. Soutenir ces petites choses sont ce qu’il y a de plus important en ce moment. Comme mon ancienne école, par exemple : elle est dans le pétrin pour tout un tas de trucs et pour moi, c’est important de la soutenir parce qu’elle produit des choses positives pour les enfants, elle fait en sorte qu’ils la quittent en étant passionnés et en croyant en ce qu’ils font.

«  On parle d’un restaurant local, sans man boobs ! »

T’investir dans la cuisine, c’est un rêve que tu as toujours eu ?
Rebel Kleff et moi, on veut ouvrir un restaurant. Avec uniquement des wings ! Pas cuites dans la friture, hein : on parle d’un restaurant local, sans man boobs ! Bon, d’accord, c’est la première fois qu’il entend parler ça … (S’adressant à Rebel Kleff) Donc, en gros, je veux ouvrir un restaurant de <i>wings</i> avec toi. Plus sérieusement, j’ai toujours voulu avoir mon restaurant étant gamin, ou du moins faire partie du monde de la cuisine. Je me fichais de comment je le ferais, je voulais juste en faire partie. Aujourd’hui, je pense que le faire avec des jeunes est important. Je ne me fais pas d’argent en faisant ça, mais je cuisine. Et si ça veut dire que je peux aider des gens de cette façon, c’est probablement la meilleure chose que je puisse faire.

ABM-LoyleCarner-4© Loyle Carner
Légende : Vous le reconnaissez ? Et The Naked Chef, ça vous dit quelques chose ? C’est bel et bien l’émission de la BBC, débutée en 1999, qui a fait connaitre Jamie Oliver. Pour vos yeux et vos estomacs : The Naked Chef, saison 1, épisode 1.

Et ta spécialité, c’est quoi, du coup ?
Le Chili Con Carner ! Avec du maïs, pas de viande. Juste du maïs. Tu sais quoi ? Je vais te dire comment Rebel Kleff le prépare : tu cuis les légumes avec tout le reste et la sauce tomate … et tu ajoutes un beurre d’épices : cumin, safran, paprika et poivre de cayenne. À la toute dernière minute.
Rebel Kleff. Avec un morceau de chocolat noir. T’as oublié le chocolat noir !

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Le premier EP de Loyle Carner, A Little Late, est disponible en téléchargement gratuit sur son site.

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