Leaves of Grass : Le nouvel hybride écolo-compatible de Bud Blumenthal

A l’occasion de la 3ème édition du salon Europe Refresh aux Halles de Schaerbeek, Alphabeta a remis, comme l’an dernier, son prix de la visibilité. Souvenez-vous, l’an dernier, c’était Sarah Riguelle de Parade qui l’avait reçu pour son projet de café littéraire, qui a vu le jour il y a quelques mois. Cette année, il est revenu à la Cie Bud Blumenthal pour sa dernière création scénique : Leaves of Grass. Une performance chorégraphique qui fusionne mondes humain et végétal sous la houlette des technologies digitales. Installations sonores et visuelles interactives conjuguées aux mouvements poétiques de ses danseurs, Leaves of Grass réveille les sens et fait figure de douillet cocon pour une humanité désorientée. Nous avons posé quelques questions au responsable de cette composition très spéciale.

écrit par

20 novembre 2015

Cie Bud Blumenthal / HybridTravail de création de « Perfection ». Les Brigittines, salle Mezzo.Bruxelles. 29 novembre 2013

 

Bud, vous êtes Américain. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous expatrier sur la scène européenne pour concevoir vos projets artistiques ?
Bud Blumenthal : Comme pas mal d’artistes américains, j’étais un peu déçu de l’ambiance là-bas. L’art était attaqué à droite à gauche par les administrations et les gouvernements un peu réactionnaires de l’époque. Comme je démarrais ma carrière à ce moment-là, par chance, il y avait une compagnie belge, le plan K, qui cherchait des danseurs de New-Dance à New-York. J’ai pu m’expatrier pour un temps, et en arrivant ici, j’ai découvert une toute autre considération de l’art, une société où l’art était très chéri. Rapidement, j’ai décidé d’y rester, et puis j’ai rencontré ma femme qui était chorégraphe. J’ai fait ma carrière principalement ici.

Pour Leaves of Grass, qui se situe dans la lignée de votre dernière création, Perfection, vous avez eu cette réflexion très juste d’un paradoxe entre une recherche frénétique de progrès et un mouvement de retour à la nature. Comment en êtes-vous arrivé à ce constat ?
Je suis écologiste depuis très longtemps. J’ai commencé par manger bio, et puis j’étais intéressé de connaître notre manière d’utiliser et d’appréhender la nature. Ça, c’était déjà fin des années 70 – début des années 80, et c’est quelque chose qui ne m’a jamais quitté. Mais comme tout un chacun j’ai aussi fait l’expérience du progrès technologique. Etant très sensible à la technologie, je l’ai utilisée dans beaucoup de mes pièces. J’ai constaté que les avancées étaient très rapides de ce point de vue, qu’un nouveau monde était en train de se construire à une vitesse hallucinante, et surtout depuis l’invention et la démocratisation de l’internet évidemment. C’était clair pour moi que le progrès, dans tous les domaines de notre société, était exponentiel ! Par contre, curieusement, concernant le sujet de l’alimentation, l’être humain s’est vu confronté à beaucoup de maladies nouvelles, faute d’adaptation. Je me suis rendu compte que notre évolution à ce niveau était vraiment archaïque par rapport à notre société actuelle. Il y a une sorte d’écart entre notre nature millénaire et notre vie aujourd’hui. Et cet écart-là me frappe. Dans cette ère technologique très avancée, on voit un besoin croissant de se reconnecter à la nature. On voit le retour aux rites, à la religion, à la spiritualité. C’est un retour à nos origines en quelque sorte, et je trouve ça très intéressant.

« Toute réalité passe par le corps »

Pensez-vous que reprendre contact avec son corps par le biais de la danse soit le moyen le plus efficace de se reconnecter à la nature qui nous entoure, de se la réapproprier ?
Je pense que toute réalité passe par le corps. Le corps est la seule réalité, mis à part la nature, dont on ne peut échapper. Tout passe par le corps. Notre esprit est notre corps, et notre corps est notre esprit. Donc je pense qu’à travers le corps, on peut connaître la réalité et la nature d’un point de vue intrinsèque. Aujourd’hui, la danse est tellement ouverte, tellement peu contrainte dans la manière dont on l’enseigne et dont on décide d’en jouir, qu’elle est un lieu parfait pour mieux connaître les possibilités du corps. Elle nous donne un accès assez direct à la nature des choses, de notre réalité matérielle, intellectuelle et spirituelle.

Vous faîtes passer votre message en alliant performances scéniques et nouvelles technologies. On remarque que toutes les catégories artistiques, que ce soit la danse, la musique, l’art pictural ou le cinéma, utilisent ce nouveau vecteur. Est-il est aujourd’hui nécessaire pour toucher un maximum de personnes, dans un monde ultra-connecté ?
Le mot maximum est juste. Ça nous donne, à nous les artistes, un moyen de faire connecter notre art à une très vaste quantité de personnes. Mais il ne faut pas confondre les nouvelles technologies avec l’art en lui-même, ou le geste artistique en tant que tel. La technologie est un outil, que ce soit pour un danseur, un cinéaste ou un peintre. C’est un moyen de diffusion qui propage l’art de manière assez époustouflante. De nombreuses fois, il m’est arrivé de danser devant vingt, cent ou cinq cent personnes, et les gens se souviennent de cette expérience grâce à cela. C’est très beau ! C’est aussi grâce aux médias, qui donnent un accès à des personnes qui n’auraient pas pu l’apercevoir autrement.

Pouvez-vous nous expliquer quelles sont ces techniques que vous utilisez dans vos spectacles, principalement dans Leaves of Grass, et en quoi elles servent votre propos ?
De manière générale, il y a les technologies traditionnelles de spectacles : l’éclairage, le son et le plateau. C’est la machine technologique d’un spectacle, et c’est la base d’une pièce sur scène. A cela se rajoute le génie, la puissance de l’ordinateur. L’ordinateur transcende tout, il rend possible les plus incroyables manipulations. Il donne la possibilité de transformer les images, les couleurs et les sons sur la scène de manière très interactive. C’est le calcul des algorithmes qui rend tout cela naturel. Nous pouvons recréer et donner une très grande dimension à nos petits moyens de spectacles. Tout peut être géré, manipulé et créé par la suite, avec une énorme subtilité qui n’était tout simplement pas possible avant.

Vos chorégraphies sortent de l’ordinaire et mettent toutes les parties du corps humain à profit. Quelles sont vos inspirations, et sur quels critères avez-vous choisi vos six danseurs ?
Quand je cherche des danseurs, je suis inspiré dans deux mouvements principaux. D’abord par la capacité en mouvement. Je choisis le danseur qui aura le maximum de souplesse, pas seulement physique mais une souplesse intellectuelle et créative. Il ou elle doit être capable de travailler sur le maximum de registres. Après, il y a aussi un besoin de danseurs qui ont une profondeur dans leur regard, quelque chose qui les rend universels en quelque sorte. Ils ne doivent pas être limités. Je recherche une humanité profonde en plus d’une capacité physique et d’expression en danse.

« Le mode de subventionnement des pièces artistiques est en train de se transformer avec les politiques de nos pays et les mutations de notre monde »

Vous avez choisi le crowdfunding pour financer ce projet, une voie de plus en plus empruntée par les artistes. Est-ce seulement pour des raisons pratiques ou est-ce que ce choix s’articule dans une logique particulière ?
Ce n’est pas si facile que cela de trouver de l’argent via ces plateformes. C’est un lieu où il faut aller chercher des gens qui ne nous connaissent pas et qu’il faut convaincre d’investir. Je ne suis pas le seul à le penser, mais le mode de subventionnement des pièces artistiques est en train de se transformer avec les politiques de nos pays et les mutations de notre monde. Il y a des impasses, et les gens cherchent des issues, des possibilités. Je me trouve aussi dans ce mouvement pour le financement de cette pièce, car c’est la première fois que je me trouve dans cette situation. Mais au-delà de ça, la logique du financement participatif m’interpelle car elle reflète les mutations de notre société. C’est le citoyen qui prend les choses en main, et cette participation de la citoyenneté pour faire advenir de belles choses, des choses importantes et pour participer plus activement à la société, c’est quelque chose de très positif ! Pour le salon Europe Refresh par exemple, les projets qui y sont présentés sont vraiment positifs et très inspirants, et je suis content de me trouver parmi eux.

Justement, Leaves of Grass était l’un des projets présents au 3ème Salon Europe Refresh ce mois-ci et a remporté le prix de la visibilité remis par Alphabeta. Qu’attendez-vous de cette vitrine en termes d’audience et de notoriété ?
C’est une excellente manière de faire découvrir mon travail à un autre public, et pour moi aussi de découvrir d’autres créateurs. La vitrine que représente Alphabeta touchera un autre monde, qui n’aurait pas découvert ce projet autrement. C’est très intéressant quand les gens arrivent à découvrir quelque chose par le biais de réseaux différents. L’utilisation de ces réseaux amène parfois à de très jolies surprises et à des rencontres très heureuses.

Pouvez-vous nous rappeler les dates et les lieux des représentations de Leaves of Grass ? Ont-elles déjà commencé ?
Nos répétitions oui. Je travaille sur le projet conceptuel et les recherches technologiques depuis déjà un an, mais la chorégraphie du spectacle en studio a commencé depuis 2 semaines. Nous allons faire une première version de cette pièce le 8 et 9 janvier 2016 à la Marlagne, à Wépion, près de Namur. Là, nous ferons un premier work in progess où je compte amener la chorégraphie, la musique et les plantes sur la scène. Il y aura une vraie participation des plantes dans la dramaturgie. Il y aura aussi d’autres complexités scéniques et technologiques à la rentrée 2016. Nous serons au Jardin Botanique de Bruxelles en septembre 2016 et au théâtre 140 de Schaerbeek en novembre 2016.

Votre prochain projet sera-t-il aussi en lien avec le thème écologique ? Avez-vous déjà une idée en tête ?
Après celui-ci, j’imagine que ce sera une pièce chorégraphique en musique combinée à un travail photographique. Je pense faire des images très grandes et une pièce tout public, en utilisant toujours les nouvelles technologies et les danseurs, mais cette fois sur la thématique des contes pour enfants.

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Janvier 2016

Premier work in progress public de Leaves of Grass au centre culturel La Marlagne à Wépion

Automne 2016

Début des représentations de Leaves of Grass au théâtre 140 à Bruxelles

Crédits :

Leaves of Grass / Sergine Laloux

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