LaMontagne, un refuge pour l’art contemporain

LaMontagne est un collectif dont la plupart des membres résident à La Vallée, un espace créatif à Molenbeek, Bruxelles.  Artistes, commissaires, intervenants dans le domaine culturel, ses membres ont des compétences diverses, des visions différentes qu’ils veulent croiser et faire dialoguer. Le projet est pluridisciplinaire, le principe premier est toujours de faire se rencontrer des œuvres et des artistes, pour faire évoluer les trajectoires de chacun, y compris des visiteurs. Le collectif s’est illustré joliment pour une première, lors de l’exposition éponyme LaMontagne à La Vallée, en juillet dernier.

Retour sur un événement marquant du début de l’été.

Joanie Lemercier et Martin Coiffier sont tous deux résidents de la Brussels Art Factory où l’on peut voir régulièrement leur travail.

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26 octobre 2016

« LaMontagne » à La Vallée : des mètres carrés d’espace, 3O artistes français et bruxellois, bien plus de propositions autour du thème proposé, 15 jours d’exposition, des kilomètres d’échanges entre artistes, commissaires et visiteurs ! Bilan. Rencontre avec les commissaires (Gwenaëlle De Spa, Benjamin Ottoz) et certains artistes.

Honneur aux dames !

 

ABM. Comment est né ce projet à la fois de Collectif et d’exposition ?

Gwenaëlle. Les choses commencent souvent par un apéro à la Vallée ! Il se trouve que c’est valable aussi pour l’aventure de La Montagne. Un soir, aux ateliers, alors que nous étions réunis autour de cette volonté de vouloir faire une exposition collective à La Vallée, nous voulions trouver un thème qui assure une cohérence à l’ensemble et qui oriente les propositions des artistes invités. L’un d’entre nous a proposé en plaisantant la thématique de La Montagne, à la fois en opposition et dans le prolongement de La Vallée. On a tous trouvé cette idée séduisante. La montagne est un motif ancestral un symbole d’une certaine façon dans l’histoire de l’art qui ouvre un champ des possibles immense et permet des appropriations multiples.

 

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Un commissariat à 3, avantages et inconvénients ? Une fille et deux garçons, combien de possibilités ? Première expérience de commissariat pour vous 3 ?

C’est une très bonne expérience d’avoir travaillé à 3 sur ce projet, ce fut une bonne émulation et je crois que chacun d’entre nous y a trouvé son compte. Au départ, il s’agit du projet de Julien et de Benjamin, tous deux résidents ici. Pour eux, ce n’est pas une première expérience… Autre particularité : Benjamin et Julien sont aussi artistes et leur travail a intégré l’exposition très naturellement. Ils sont à la fois commissaires et artistes exposants mais leur regard de plasticiens a joué beaucoup dans les choix et décisions au final, une fois le montage et l’accrochages terminés. Mon  un regard (féminin !) nourri par ma formation en « études des arts contemporain et production d’exposition » et en histoire de l’art a complété leur approche, je pouvais davantage me mettre à la place du visiteur. Je me suis donc associée au projet et au Collectif La Montagne, les garçons ont a5cueilli avec enthousiasme ma contribution. Le gros avantage de notre collaboration c’est que nous avons réussi à nous partager les tâches en fonction des compétences de chacun. Julien, très doué en graphisme, a par exemple travaillé sur tous les supports de communication et les visuels en amont de l’exposition ; Benjamin a surtout géré la communication avec les différents artistes et réseaux. Avant et pendant l’événement. En ce qui me concerne, je me suis principalement occupée de la communication générale vis à vis du public. Il y a eu des avantages à travailler et à partager à 3 autour de ce projet mais l’inconvénient c’était sans doute de réussir à communiquer entre nous ! Nous n’étions pas en même temps sur le site et il fallait que chacun d’entre nous puisse faire un point aux autres pour tout bien coordonner.

 

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En quoi précisément a consisté votre commissariat ? Et comment s’est faite la sélection des artistes présents ?

Presque trois mois se sont écoulés entre l’idée du projet et sa réalisation. Les artistes ont tous été invités. Notre intention première était vraiment de faire se croiser nos réseaux à tous les trois, de faire se rencontrer des artistes avec des pratiques différentes autour de ce thème, en leur donnant carte blanche au départ. Julien a surtout un réseau sur Caen, Benjamin à Nantes et moi à Lille. Nous voulions aussi un panel bruxellois et faire intervenir les résidents de La Vallée, d’autres de la BAF. Ce qui nous semblait primordial depuis le début c’était les rencontres humaines, et la possibilité de faire se rencontrer et dialoguer des gens et des pratiques autour d’un projet collectif. Chaque artiste a reçu un plan des lieux, a pu choisir son espace entre les plusieurs salles et le couloir. Certains ont réalisé des pièces spécialement pour La Montagne, d’autres ont repris des pièces existantes que nous connaissions déjà, certains se sont vraiment appropriés le thème, d’autres l’ont contourné. Notre intervention s’est faite surtout après l’accrochage et le montage, quand il a fallu parfois recadrer, déplacer des œuvres qui nous semblaient mieux dialoguer avec d’autres que dans un choix initial. Tout s’est fait très naturellement, dans une ambiance d’échange et de dialogue, entre les artistes et nous, entre les artistes eux-mêmes. Des rapprochements se sont révélés évidents. Certains artistes étaient arrivés quelques jours en avance pour travailler in situ, parfaire leurs choix et s’inspirer du lieu. Tout cela a participé aux décisions finales et notre commissariat s’est vécu en parfaite harmonie avec les intentions et les choix des artistes. La sélection mêle des artistes qui envisagent la création de manière de différente, nous avons tenu compte aussi de cela dans la mise en espace, même si nous n’avions aucun plan préalable. Les trois artistes « phares » pour nous étaient Joanie Lemercier, Nicolas Tourte et Romain Boulet, leur travail est mis en espace dans 3 salles différentes et les autres artistes se sont naturellement installés autour en cherchant les connexions, les dialogues possibles entre les œuvres, en proposant un parcours de visite de ces différents espaces, sur différents niveaux. C’est un très bel ensemble qui offre un large panel de pratiques très différentes les unes des autres même s’il faut reconnaître que l’art numérique est assez représenté, ce dont tout le monde est ravi.

 

(c)Benjamin Ottoz

(c)Benjamin Ottoz

 

 

Après la soirée d’opening et une semaine d’ouverture, quelques chiffres et les premières impressions ?

Une grande satisfaction tout d’abord, tous les retours que nous avons sont positifs, tant de la part des artistes que des visiteurs. L’opening a été une soirée très réussie, couplée avec l’apéro traditionnellement organisé par La Vallée et qui rassemble des publics très différents. C’est une bonne chose pour La Vallée d’avoir une exposition en même temps que sa soirée « apéro » et c’est aussi positif pour le lancement de l’exposition puisque ça fait venir plus de monde en regroupant les évènements. Le but étant vraiment de sensibiliser des publics différents au monde de l’art contemporain. Il y a eu environ 400 personnes qui sont passées lors du vernissage. Un public très hétérogène auquel se sont mêlés quelques professionnels du monde de l’art, d’autres artistes et des galeristes. Parmi les 30 artistes choisis pour La Montagne, tous étaient présents, à l’exception de 2, je crois. Leur présence a permis de nombreux échanges avec les visiteurs qui pouvaient questionner les artistes ou juste discuter avec eux, de manière très conviviale et très libre. Ce soir là même la décision a été prise de retransmettre le match de foot du jour pour fédérer encore plus de monde. Toute la semaine qui a suivi nous avons eu des visiteurs tous les jours, il y a toujours eu du passage. Nous avons organisé des visites guidées spontanées, ce que nous avons trouvé très intéressant tous les 3.

 

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Quel travail pour toi est un véritable coup de cœur ?

Question difficile, plus encore pour une commissaire ! Beaucoup de pièces me plaisent et me touchent mais, s’il faut en choisir une, le travail de Bordelou. Ces tables dont le plateau est recouvert de goudron dans lequel un halo de miel vient se refléter et creuser un relief en négatif dans la masse noire. Sur le thème de la montagne, j’ai été sensible à la pièce de Ludivine Sibelle qui propose une vidéo à partir de caméras de surveillance accompagnées du texte audio du roman de Frankenstein écrit par Mary Shelley, le passage où il s’éveille aux sentiments grâce à la montagne. Et comment ne pas parler du travail de David Faltot, qui a su composer avec le thème et proposer une « installation » d’œufs surgelés, disposés en montagne sur une grille en hauteur, qui fondent progressivement pendant la permanence, en passant par des stades qui forment un relief étonnant. L’omelette obtenue était partagée entre les visiteurs, comme on partage une omelette dans un refuge de haute-montagne ! Ou encore du travail très minimaliste de Romain Boulay. Les livres géologiques de Anne Houel dans le couloir, ont trouvé leur place idéale dans cette exposition. Je pourrais citer tous les noms tant chaque oeuvre a sa place dans un ensemble cohérent qui traite le thème sous des aspects très divers, proposant des questionnements à l’œil comme à l’esprit avisés ou néophytes, et à travers des pratiques et des supports variés.

 

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LaMontagne aura d’autres versants ?

Nous parlons en effet de la possibilité de donner une suite à La Montagne, de déplacer l’exposition peut-être ou reproduire le thème… mais il est trop tôt pour annoncer quoi que ce soit, nous sommes au stade des projections seulement ! C’est comme vouloir faire durer le plaisir tant ce fut une belle expérience humaine, une bonne expérience de commissariat pour moi. J’espère que les garçons partageront mon avis !

 

Entretien avec Benjamin Ottoz, commissaire et artiste.

 

Abmag. Que retiens-tu de cette première ascension de La Montagne maintenant que l’expo a eu lieu ?

Benjamin : Comme toute ascension c’était une aventure, une belle aventure d’autant que le projet a débuté comme une plaisanterie, devenue un défi ! C’est une idée lancée un peu au hasard, entre deux plasticiens, Julien et moi, un soir à l’atelier et puis c’est devenu une « affaire » sérieuse, de plus en plus sérieuse d’ailleurs jusqu’au montage final. Julien et moi sommes des artistes d’abord, malgré d’autres expériences ultérieures de commissariats et de montages quand j’étais aux Beaux arts notamment mais nous avions besoin d’un regard extérieur et de compétences qui nous manquaient en matière de communication et d’écriture, c’est donc tout naturellement que Gwenaëlle est venue s’associer au projet et partager notre enthousiasme. Au final, après ces 2 semaines, le bilan est très positif, c’est beaucoup de satisfaction, mais je dois dire aussi que ça a été beaucoup plus de travail que ce que nous imaginions au départ. De « l’expo des copains » au départ c’est devenu beaucoup plus exigent et professionnel au fil des rencontres et pendant la mise en place progressive. La régie et le montage ont été plus compliqués que prévu mais le résultat est la meilleure des récompenses et tout s’est fait en étroite collaboration avec les artistes, il y a eu un véritable élan entre eux tous, une saine émulation qui a contribué à la réussite de cette première édition.

 

Et c’est comment d’être artiste et commissaire sur un même projet ?

C’est bien ! Je dirai même que c’est un double plaisir. La priorité était au commissariat et j’ai laissé chaque artiste s’approprier l’espace et apporter son travail avant d’envisager ce que moi je pouvais apporter et montrer. Quelques pièces ont été refusées en pré-sélection parce qu’elle ne correspondait à ce que nous aimions ou ce que nous attendions du traitement du thème. Au départ nous avons donné carte blanche (plutôt bien vu d’ailleurs pas rapport au thème, si l’on pense aux sommets enneigés) aux artistes, chacun devant à sa façon nourrir le projet et faire des propositions et nous sommes intervenus au final et pour trancher si nécessaire. Selon moi ce commissariat a été signé par tous les artistes, pas seulement par nous trois. C’est un vrai travail collectif et un travail de Collectif où nous n’avons été que les points finals des discussions. Partant de ce postulat ce fut très simple pour moi de participer aussi en tant qu’artiste. Je n’ai pas créé de pièce pour l’occasion mais je savais déjà les liens que mon travail pouvait entretenir avec le thème. Mon travail qui mélange plusieurs techniques et plusieurs matériaux s’est très bien intégré dans cette salle, en dialogue avec l’œuvre de Joanie Lemercier, le travail de Bordélou (un nom obtenu à partir de la contraction des 2 noms d’artistes) et avec l’accrochage des photos de Martin Coiffier. Tout dans cet espace trouve sa place et sa cohérence.

 

Il y a un grand principe qui te tient à cœur et résume aussi ta démarche en tant qu’artiste, c’est la notion de « sérendipité », tu peux nous expliquer ce mot ?

Oui, j’aime beaucoup ce mot et qu’il implique. C’est un néologisme, un mot claqué sur l’anglais « sérendipity ». C’est l’idée que tout résultat final que ce soit une découverte ou une invention, s’obtient de façon inattendue à la suite d’un concours de circonstances fortuit. Du coup, je fais pleine confiance au hasard qui est souvent un hasard heureux. Parce qu’au final, la plupart du temps, je finis par trouver autre chose que ce que je cherchais. Toute découverte, toute production est en partie le fruit du hasard mais aussi d’une grande sagacité. Ce principe s’applique complètement à mon travail d’artiste, je ne sais jamais quel va être le résultat final, en fonction du froissage et du défroissage de mon support. Mais cette notion est aussi valable pour un commissariat, on ne sait jamais comment tout va s’agencer, comment les œuvres présentées vont dialoguer ensemble, trouver des accointances et c’est un essayant, en partant d’une idée de départ que d’autres évidences surgissent, que des liens jusque -là invisibles apparaissent et c’est vraiment ce qui m’a beaucoup plus dans cette expérience.

 

La Montagne Wallpaper, 2016 (c)Studio JL

 

Entretien avec Joanie Lemercier

« Le temps met tout en lumière » (Thalès)

Joanie Lemercier est un artiste français dont le studio est à la BAF (Brussel Art Factory). Son travail, concentré sur l’art visuel, défie notre perception du réel en utilisant la lumière comme matière. Ses projections manipulent le réel pour offrir des alternatives à la perception. La nature est omniprésente dans ses installations vidéo, il a trouvé tout naturellement sa place dans l’exposition « LaMontagne » qui s’est tenue à La Vallée (Rue Adolphe Lavallée, 39) du 1er au 17 juillet. Il fut l’un des co-fondateur du label AntiVJ (2008) avec d’autres artistes. Son travail voyage à travers le monde, autant que l’artiste à travers les paysages, soulevant des questions philosophiques essentielles. Rencontre avec Alphabeta à « LaMontagne ».

 

ABmag. Comment s’est faite ta participation à La Montagne ?

Joanie Lemercier.  Lorsque Benjamin Ottoz, l’un des commissaires, est venu visiter mon studio. Je suis résident à la BAF et ces 2 lieux, la BAF et LaVallée, entretiennent des liens étroits, grâce à Pierre Pevée. Benjamin a vu mes croquis, mon travail autour de paysages, de la topographie, des volcans et de reliefs. Notre rencontre est d’abord artistique, il y a des liens entre nos univers.

 

La pièce que tu exposes, LaMontagne wallpaper, a été spécialement conçue pour LaMontagne ?

Oui, cette installation a été conçue à l’échelle de l’espace à LaVallée. J’ai découvert les lieux, les différentes salles à disposition et très vite le mur retenu s’est imposé, c’est tellement rare d’avoir autant d’espace dans le cadre d’une exposition. J’ai travaillé à partir des dimensions du lieu, du coup le dessin et la projection font 11 mètres de long. Ce visuel n’avait jamais été montré auparavant.

 

La montagne est un motif que tu as décliné à plusieurs reprises dans ton travail (Eyjafjallajökull, NY, 2010 / Fuji, 2014), pourquoi se prête-t-il si bien à tes projets ? Quel(s) liens particuliers entretiens-tu avec la montagne ? Est-ce ses formes géométriques et ses lignes qui te plaisent 

Depuis des années déjà en effet je travaille sur les reliefs et les montagnes. C’est sans doute lié à mes voyages et à mon goût pour la nature et les paysages. Je vis en ville exclusivement, et dans des grandes mégalopoles, depuis 10 ans maintenant et j’aspire naturellement à un retour à la nature. J’ai grandi en France à côté de la forêt de Brocéliande et la forêt me touche beaucoup aussi. Ce n’est pas seulement la montagne que j’aime, c’est la nature en général : les déserts, les volcans, tous les milieux naturels qui ne sont pas altérés. Je recherche la paix dans la nature, elle me fascine même si elle est dangereuse ou hostile. Je suis allé dans des déserts hostiles pour l’homme à cause de la rudesse des conditions ou à côté de volcans en activité au Costa Rica, avec des fumées toxiques et je suis indifférent aux risques, c’est toujours la fascination qui l’emporte. J’aime l’esthétique des lignes et les formes géométriques dans la nature, même si ce n’est pas comme ça que je la représente. Sur le plan personnel, la nature m’apaise de plus en plus et j’ai ce besoin de solitude. Je n’ai aucune religion, mais je crois aux forces de la nature. Je m’intéresse de plus en plus au panthéisme, ce courant philosophique qui tend à représenter la nature comme une divinité qui remplace la mythologie des dieux. Le panthéisme est une attitude d’esprit qui considère l’univers comme un tout, la nature comme une force supérieure qui nous subsistera.  Pour Landform wallpaper, c’est la première fois que je propose des reliefs aussi détaillés, aussi complexes. Pour donner un ordre d’idée, le dessin pour « LaMontagne » c’est entre 100 et 200 000 traits qui sont des petits vecteurs.

 

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 Souvent tes installations sont audiovisuelles, pourquoi n’as-tu pas mis de son pour cette pièce 

C’est un choix délibéré. Dans un autre contexte, davantage évènementiel, comme un festival par exemple, j’ajoute du son à l’installation vidéo pour un côté plus spectaculaire, parce que le son ajouté à l’image permet de solliciter 2 sens en matière de perception et favorise l’adhésion des spectateurs. Dans le cadre d’une exposition, d’un travail en galerie, je préfère ne pas ajouter de son pour deux raisons : d’abord pour ne pas déranger les autres artistes qui présentent leur travail à côté du mien, pour ne pas « polluer » d’autres travaux.  Ensuite, je cherche à me détacher de l’effet et du spectaculaire pour me focaliser davantage sur l’image. Je veux que l’image seule soit assez forte et qu’elle se passe d’artifices. C’est aussi le parti pris de ne solliciter qu’un seul sens en matière de perception. Partant de là, j’ai dû travailler plus encore l’impact de l’image, la rendre plus impressionnante, ça a été un exercice intéressant de me priver de la force du son pour me recentrer sur l’image.

Lorsqu’on regarde ton installation, on semble perdre la notion du temps, c’est-à-dire que le spectateur peut rester un temps indécis devant la projection sans avoir l’impression de revoir le même paysage, ta vidéo est une boucle « trompeuse », quel est son temps réel 

Content de savoir que ça fonctionne ! En effet, c’était l’un des buts recherchés. Cette projection est beaucoup plus de l’ordre du contemplatif que du spectaculaire. Je voulais effacer l’impression de début et de fin. Comme si j’emmenais le spectateur au sommet de la montagne pour qu’il puisse regarder le paysage tout autour de lui dans un état contemplatif. En réalité, la boucle dure 6-7 minutes, j’ai essayé d’éviter des éléments trop forts ou trop reconnaissables justement pour qu’on puisse perdre la notion du temps qui passe et mieux se laisser surprendre. J’ai découvert ce pouvoir de la vidéo en regardant le travail de Davide Qualoya, un artiste visuel qui fait du digital art et dont le travail gomme toute perception du temps, j’ai trouvé ça remarquable, je me suis fait avoir, capté par l’image et j’ai voulu obtenir ce résultat avec Landform wallpaper.

 

Il y a donc un traitement du temps particulier et réfléchi dans ton installation ?

 J’aime beaucoup quand on perd la notion du temps sur le moment tout en gardant en mémoire que le temps passe, comme les ombres et les mouvements de lumière sur la montagne, c’est une façon de représenter la persistance de la nature qui nous survivra et qui résiste au temps, au fil des saisons et aux jours qui déclinent et renaissent. En fait j’imagine des paysages qui ne sont pas localisés géographiquement, qu’on ne peut pas situer précisément avec une position géographique. Je ne donne ni référent d’échelle, ni de temps, mes paysages pourraient se situer sur Mars ou sur une planète imaginaire sur laquelle le temps s’écoulerait autrement, en fonction d’une autre rotation satellitaire, donc à une échelle différente de celle que nous connaissons. Sur cette planète distante, une journée ne pourrait durer que quelques secondes ou une saison s’étaler sur plusieurs années, selon notre conception du temps.

 

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Dans La Vie est un songe de Calderon, le songe – donc la vie – ne dure que 3 jours, penses-tu que notre rapport au temps n’est qu’une illusion ?

D’une certaine façon, il est créé de toute pièce puisqu’il s’écoule sur un mode que nous avons défini : les secondes, les minutes, les heures, les jours, les années… De manière aléatoire si nous y pensons. Mais sur d’autres planètes, il s’écoule à un autre rythme. Et l’art permet lui aussi de fausser le rapport au temps. Pourquoi notre mode référentiel serait la seule référence !

 

Autre effet étonnant dans ton installation : nous voyons bien un dessin, donc une surface plane sur le mur, et grâce à la vidéo, le relief et les versants de la montagne sont perceptibles, comment c’est possible ?

De manière autodidacte j’ai beaucoup étudié la perception visuelle par toutes sortes d’expérimentations et de tests. Il existe 7 éléments différents qui permettent la perception visuelle de la profondeur et de la 3D, comme une illusion. Dans cette installation, je n’en ai utilisé qu’un seul, à savoir les ombres portées qui sont les ombres que nous voyons dans notre quotidien, avec les mouvements de lumière. Quand je travaille, je commence toujours par des croquis, au kilomètre, ensuite j’utilise des logiciels pour créer des fausses ombres, comme les ombres de la montagne dans la vallée. La lumière et l’espace sont pour moi indissociables de fait puisqu’on ne perçoit l’espace que dans la lumière ! Si je ne devais conserver qu’un seul de mes sens, ce serait sans hésitation la vue car ce rapport entre la lumière et l’espace me fascine. Dans plusieurs de mes projets j’utilise un paysage dessiné physiquement sur le mur, comme pour « LaMontagne » mais aussi par exemple avec  Fuji et c’est avec la lumière que je vient raconter une histoire. Mes installations sont souvent dans la pénombre, celle pour « LaMontagne » peut se voir de jour comme de nuit mais le ressenti est forcément un peu différent et l’installation joue elle-même avec le temps grâce à la lumière, il y a donc une sorte de mise en abyme. La lumière est pour moi un moyen d’ouvrir d’autres voies à la perception. Puisque j’utilise la lumière pour créer une illusion, donc manipuler la réalité en créant une réalité parallèle ou alternative, je me dis que le réel qu’on connaît est manipulable. En poussant cette réflexion plus loin, on peut se laisser aller à penser pourquoi pas que nous vivons dans une illusion, ou peut-être dans le rêve d’un autre…  J’utilise aussi des formules mathématiques et des algorithmes pour créer la montagne que voit le public, des modèles physiques et mathématiques et je trouve cela incroyable qu’il y ait ainsi des formules qui permettent de recréer l’univers, le monde dans lequel on vit. Sur ce point, je pense notamment au film Pi de Darren Aronofsky. Je veux que mon travail soulève des questions, sans apporter de réponses pour autant.

 

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Quel travail d’artiste parmi les participants à La Montagne t’a particulièrement touché, en rapport ou non avec le tien ?

Le travail de Benjamin Ottoz, tant par la technique utilisée que par les questions philosophiques que soulève son travail. Le processus de création m’intéresse autant que le résultat obtenu. Il parvient à capturer l’empreinte du papier plié avec la technique qu’il utilise. Certains pourraient penser voir une photo devant son accrochage mais à y regarder de près on comprend qu’il s’agit du témoignage physique de l’état précédent du papier qui a été remis à plat. La beauté du geste est visible. Chez lui aussi on retrouve les formes géométriques de la nature, il y a des impressions de coulures avec le papier qu’il mouille et il créé des reliefs.

 

Entretien avec Martin Coiffier

 

Crossing the Threshold 6

Crossing the Threshold #6, 2014 (c)Martin Coiffier

 

Martin Coiffier ou la quête de l’INSURMONTAGNE !

 

L’univers visuel et photographique de Martin Coiffier est tout droit sorti d’un décor en extérieur digne des plus grandes productions cinématographiques. Ses clichés sont vertigineux, à la fois dantesques et paradisiaques : le paradis est hostile aussi, cette vérité est établie. Ses paysages captivent et capturent, autant le personnage qu’ils abritent que le spectateur qui les regarde. Comme la montagne, son travail donne le vertige, questionne nos angoisses et propose une belle métaphore – mieux vaut dire une image, très esthétique au final – de nos vies.

 

ABmag. Tes photos pourraient être des images de film ou des scènes de crime reconstituées à première vue, d’où te vient cette prédilection pour les paysages beaux et grands comme des décors ?

Martin Coiffier. Depuis tout petit je baigne dans le cinéma grâce au travail de mon père d’abord. Par la suite j’ai fait une école de cinéma à Paris. J’ai grandi à Madrid et quand je suis retourné en Espagne pour en faire mon métier, j’ai été location manager, je devais trouver des décors en extérieur pour de grosses productions, en Espagne, au Mexique et à Cuba. Ce travail de repérage m’a conduit à être souvent seul face à des paysages incroyables et c’est là que j’ai ressenti les plus fortes vibrations et le vertige face à la nature. J’ai passé beaucoup de temps seul à photographier ces lieux uniques et impressionnants et dans ce cas précis, on a forcément un dialogue intérieur avec soi-même. Avec du recul, je sais que mon travail de photographe est influencé par le cinéma. Aujourd’hui je ne fais plus que de la photo et du théâtre.

 

Crossing the Threshold 9

Crossing the Threshold #9, 2014 (c)Martin Coiffier

 

Quelles sont des influences en matière de photographie ?

Trois noms me viennent immédiatement : Stephen Shore, Jeff Wall et Gregory Crewdson. Shore, contrairement aux deux autres, ne met pas en scène ses photographies mais capte le réel, cependant je vois chez chez trois grands noms de la photo des similitudes : chambre technique avec par conséquent une maîtrise parfaite des perspectives, une composition presque architecturale des photographies et des grands formats au bout du processus de création. Par la suite, je me suis éloigné du travail de Stephen Shore qui, comme celui de Robert Adams, s’inscrit plus dans la « topographie » (je vois là des photographies de paysages altérés par l’être humain). J’ai compris que ce qui me fascinait surtout chez Wall et Crewdson c’était la mise en scène avant tout. Je cherche à dépeindre une scène qui s’inscrit dans un instant, avec certes un avant et un après, mais aussi et surtout un « pendant ». Mon instant est aussi bref qu’un cliché mais paradoxalement il est extrêmement long, un peu comme si subitement on était sur le point de vivre quelque chose de grave de l’ordre d’un accident de parcours comme le risque de tomber d’une falaise ou quand on s’apprête à apprendre une nouvelle tragique. Cette prise de conscience amène en l’espace d’une fraction de seconde une avalanche de sentiments et de pensées. Et un changement inexorable et irrémédiable de perspective pour l’avenir. Si je devais choisir une photographie qui illustre ce que l’oeuvre de Jeff Wall m’a apporté c’est sans aucun doute « The drain ». Deux filles en face d’un trou béant entouré d’une végétation complètement fermée. L’une des deux filles regarde le trou, l’appréhende, et s’apprête à réagir. Pour le fuir, ou pour l’affronter ?

Ce qui m’intéresse chez Crewdson c’est le caractère psychanalytique de ses mises en scène… Et les personnages qui sont tous plongés dans leur solitude, à défaut d’être tétanisés, à la limite du désespoir, les bras tombant, découragés. Je ne suis pas né aux États Unis et ne partage pas cette chute après la promesse de l’american dream… Mes obsessions sont plus de l’ordre du comment appréhender le chaos qui se présente à moi. Trouver une solution, une faille, un chemin de traverse, une échappatoire…

Un jour je suis retombé sur Caspar David Friedrich, et ça a été un choc. Parce que je me suis rendu compte qu’il avait cherché en peinture un peu ce que moi je commençais à chercher en photographie. Une nature exacerbée, mais aussi et surtout le paysage qui cherche à restituer l’état d’esprit des personnages qui le peuple, ou de l’auteur qui le dépeint. Friedrich, comme les romantiques, voulait clairement se démarquer du classicisme qui visait surtout à rendre compte de la beauté du paysage pour montrer à la place l’adéquation entre un décor et la psychologie des personnages. Il y a aussi un certain mysticisme dans la peinture de Friedrich. Pour ma part, je garde mes distances avec la religion mais je reconnais le besoin, parfois salvateur, d’uen croyance quelconque lorsque l’individu est confronté à un univers qu’il ne maîtrise pas, qui le dépasse et du coup peut effrayer. Cela dit je pense que les hommes gagneraient beaucoup plus à croire en eux-mêmes, plutôt qu’en une promesse d’ordre extérieure. Le tableau « Wanderer above the sea of fog » m’a touché et je m’en suis inspiré, comme une sorte d’hommage, pour ma photo « Man on a mountain »

Les illustrations de Dante par Gustave Doré ont aussi dirigé ma vision. Les postures, les forces de la nature, des hommes, des monstres, qui s’opposent et s’affrontent… Ces images rejoignent mon intérêt pour les récits mythologiques, pour les héros en partance pour l’aventure, au péril de leur vie… Nous sommes tous des héros qui mourons et renaissons sans cesse en une débâcle continue, sous un ciel à la Turner.

 

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Sur quel principe technique reposent tes photos? 

Ce sont des photos recomposées à partir de plusieurs photos. Quand je suis face à un paysage, je multiplie les prises, je prends des détails, je décompose pour recomposer ensuite sur l’ordinateur. Une photo est le résultat de plusieurs photos juxtaposées. J’ai un souci maniaque du détail mais je veux d’abord que l’on regarde mes photos de loin, comme des vues d’ensemble, puis que l’on s’en rapproche pour en sentir la rugosité des roches. Au début, j’ai pensé ajouté des pierres, des rochers à côté de mes photos, puis je me suis dit que c’était inutile : la roche est sur mes photos, on peut la toucher quand on s’approche des clichés. Mais je pars toujours de photos que j’ai prises moi –même, parce que l’humeur, l’état d’esprit quand lesquels je suis le jour du shooting sont importants, ça participe aux choix que je fais. Mais lorsque je prends une multitude de photos in situ, je ne sais jamais le résultat que j’obtiendrai au montage.

 

Tes photos montrent souvent un personnage seul au milieu d’un décor dont on ne sait s’il est hostile tant il est beau au premier coup d’œil ? Pour toi ce sont des personnages ou des personnes ? Que veux tu montrer ?

Je dis toujours des « personnages », même si ce sont des comédiens ou des danseurs que je fais poser. Je mets toujours un personnage seul, sur une seule photo ils sont deux, parce que je veux représenter le personnage solitaire face à un paysage fascinant, c’est un individu seul face à l’adversité, face à l’épreuve à subir, comme nous le sommes tous dans nos existences. Il s’agit de vivre une aventure. Mes personnages sont des héros, ils ne l’ont pas cherché mais se retrouvent dans une situation, une aventure sans pouvoir reculer, sans pouvoir faire demi tour, ils sont prisonniers du décor et doivent s’en sortir. Ils partent en quête, vont subir une sorte d’initiation, passer d’un état à un autre, revenir transformés. J’aime beaucoup cette idée d’aventure héroïque, comme dans les épopées, comme Ulysse bravant un élément hostile, la mer par exemple. Mes paysages fascinent et peuvent inquiéter mais pour moi ils sont d’abord fascinants. Ils sont comme des trompe l’œil en définitive. De loin, on a l’impression qu’ils sont « naturels » et domptables mais de près, ils nous échappent quand on comprend qu’ils sont imbriqués les une dans les autres.

 

Tu ne mets en scène que des femmes non ? Ton expérience du théâtre a sa place dans ton travail de photographe, considères-tu que tu diriges tes comédiennes comme au théâtre ?

C’est vrai, ce sont presque exclusivement des femmes. Et c’est vrai je travaille comme un metteur en scène avec les comédiennes et les danseuses. Je leur demande d’exprimer un état avec tout leur corps, pour que ce soit perceptible, presque palpable comme la matière de la montagne. Je veux placer mes personnages dans un moment précis, face au paysage qui les défie, je veux que le spectateur puisse se focaliser sur la tension des corps.

 

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Selon toi les véritables « héros » sont des femmes ? Attention ta réponse importe… !

 Oui, sans hésiter oui ! les femmes font face aux circonstances et aux difficultés plus que les hommes. Les hommes ont davantage tendance à contourner, esquiver l’adversité lorsqu’elle se présente ; les femmes elles tentent de résoudre les problèmes quand ils se présentent. Elles sont plus pratiques, plus pragmatiques, plus efficaces. Et surtout plus courageuses. Elles vont de l’avant, tandis que nous les hommes, nous marchons en biais, en peu comme les crabes ! Voyez, je m’inclus dedans, bien malgré moi. 

 

On ne voit jamais les visages de tes personnages sur tes photos, pourquoi ?

 Je préfère les silhouettes aux visages. Quand je vois une silhouette, une personne de dos par exemple, j’imagine son visage, ses traits à partir de là. Si je vois son vrai visage, souvent je suis déçu, il ne correspond pas à ce que j’imaginais. Je ne montre pas les visages parce que ce qui m’intéresse le plus ce sont les postures. La gestuelle que je recherche est de l’ordre de la crispation, de l’effroi : les corps l’expriment, les spectateurs peuvent y mettre les visages qu’ils veulent !

 

Considères-tu que ton travail relève de l’art du portrait ?

Mes photos sont d’abord des paysages, ce ne sont pas des portraits au sens strict, il s’agit de portraits intérieurs, de portraits psychologiques, je veux exprimer un état, une humeur, la tension dans laquelle se trouve ces corps esseulés. Je veux que chacun puisse s’identifier selon son expérience.

 

On ne connaît jamais l’issue de ces scènes de scénario ? On aurait pu penser à des personnages morts dans le décor ?

C’est drôle que tu les voies morts, chacun à sa lecture. Pour moi ils ne sont pas morts, ils sont seulement dans une mauvaise posture. La photo ne donne pas l’issue en effet, c’est juste le moment où le héros est au pied du mur comme au pied de la montagne, il est seul face à lui-même et doit agir.

 

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Man on a Mountain, 2016 (c)Martin Coiffier

 

Le motif de la montagne se prête vraiment à ton travail, ta présence dans cette exposition s’impose d’elle même, qu’évoque pour toi cette entité ancestrale ?

Depuis toujours des gens sont morts pour tenter d’atteindre des sommets comme l’Everest ou l’Himalaya, c’est toujours un challenge d’être face à une montagne, c’est aussi l’appel de l’aventure. Je vois la montagne comme une métaphore de la vie. Je veux dire qu’il y a des gens, que je ne connais pas d’ailleurs (sourire) qui traversent l’existence comme ils traverseraient une plaine tranquille mais pour d’autres, pour la plupart, ont une vie qui est une succession de montagnes, d’obstacles à franchir comme autant de montagnes plus ou moins hautes, plus ou moins insurmontables. Dans ces moments de la vie incontournables, les séparations, les pertes, les accidents, chacun se retrouve seul face à lui-même.

 

Quelles sont les pièces que tu as choisies pour « LaMontagne » ? Ont-t-elles été réalisées pour l’occasion ?

Pour cette exposition collective, dans un endroit aussi propice que LaVallée, j’ai choisi des compositions sur lesquelles je travaillais depuis longtemps. Chaque composition, hors shooting, peut demander entre 10 jours et 3 semaines. Je travaille sur plusieurs clichés en même temps. J’ai choisi un cliché en couleur, un autre en noir et blanc. D’habitude je préfère la couleur parce que je trouve mes paysages plus fascinants que terrifiants et que je pense que la noir et blanc est bine plus terrifiant que la couleur. Ma photo du désert en noir et me blanc me terrifie. Ce sont des photos tirées directement sur l’aluminium, je voulais supprimer l’intermédiaire du papier baryté et avoir un support brut, le métal. Pour revenir à la matière et obtenir un jeu plus fort et plus sensible entre le brillant et le mat sur la photo.

 

Sendero

Sendero, 2015 (c)Martin Coiffier

 

Quel autre travail d’artiste te touche parmi ceux présentés à « laMontagne » ?

Celui de Joanie Lemercier que j’ai découvert à La BAF où nous sommes tous les deux résidents. Sa fascination pour la montagne m’interpelle et son travail sur les mouvements de lumière est esthétiquement très beau. Plus que photographe, je me sens technicien du visuel, c’est une façon de me sentir plus libre. A mes débuts, le regard des autres m’importaient vraiment, maintenant moins, ce qui compte vraiment ce sont mes propres vibrations et le travail de Joanie Lemercier me fait vibrer aussi. L’univers de Nicolas Tourte aussi. Son travail questionne aussi notre perception du réel.

 

Threesome

Threesome (Game), 2015 (c)Martin Coiffier

 

 

Crédits :

Crédits photos LaMontagne

Toutes les photos sont du Collectif LaMontagne @Benjamin Ottoz

SAUF :

ABM-LaMontagneCommissariat-9 Vue d’ensemble @Nicolas Tourte

ABM-LaMontagneCommissariat-10 Vue d’ensemble @Nicolas Tourte

ABM-LaMontagneCommissariat-12 Les quatre fils Aymon @Nicolas Tourte

Crédits photo Joanie Lemercier

ABM-LaMontagneLemercier-0 Blueprint wallpaper, 2016

Photo studio JL

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ABM-LaMontagneLemercier-2 Fuji-photo studio JL

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ABM-LaMontagneLemercier-5 Fuji-joanie lemercier-biela noc 2014-full-foto-david hanko

ABM-LaMontagneLemercier-6 Eyjafjallajökull, photo sutio JL

ABM-LaMontagneLemercier-7 Eyjafjallajökull, photo sutio JL

ABM-LaMontagneLemercier-8 Eyjafjallajökull, photo sutio JL

ABM-LaMontagneLemercier-9 Eyjafjallajökull, photo sutio JL

Crédits photos Martin Coiffier

Titres des photos :

  1. Crossing the Threshold #6, 2014
  2. Crossing the Threshold #9, 2014
  3. Forest: Fear (diptych), 2015
  4. Forest: The tree, 2015
  5. La Montagne #1, 2016
  6. La Montagne #2, 2016
  7. Man on a Mountain, 2016
  8. Sendero, 2015
  9. Threesome (Game), 2015

Crédits photos :

@Martin Coiffier

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