Krak hacke l’univers du skate

Un studio de skate, le laboratoire de gamins fous, un réseau social monté sur roulettes, un jeu vidéo In Real Life et bien plus encore, le tout en une application : Krak veut révolutionner le skate sur écran… et sur bitume. À pied ou sur grip customisé, la nouvelle venue intrigue, passionne et divise. Rencontre virtuelle avec Kevin Straszburger, le créateur de cette petite révolution sur smartphone qui cumule technologie débridée, communauté en ligne, tricks insensés et jolies gamelles.

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5 juin 2015

« T’es gamin et tes parents te trimbalent en vacances d’été dans une ville que tu ne connais pas. T’arrives ton skate à la main, parce que ta mère a bien voulu que tu l’emmènes… sauf que tu ne sais pas du tout où aller » se souvient Kevin Straszburger, creusant dans sa mémoire aux origines de Krak. Quand le Parisien d’origine emménage à Singapour, ville-Etat immaculée où il peine à trouver des lieux où le skate n’est pas considéré comme un objet de culte à Satan, il prend conscience que le problème auquel il est confronté depuis l’adolescence n’a toujours pas trouvé de solution. Comment communiquer entre skateurs, échanger, se rencontrer ? « Il fallait que je me débrouille, que je crée moi-même mon outil » conclut-il.

 

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« C’est comme si tu ajoutais un filtre sur le monde qui est une pure couche de skate »

Impossible de dire aujourd’hui si Krak, son application, ne compte que quelques curieux à pied, geeks à roulettes et potes enrôlés, ou s’il s’agit déjà d’une véritable communauté. C’est en tout cas, à terme, l’ambition de cette plateforme collaborative apparue fin septembre sur l’Apple Store (et aujourd’hui également disponible sous Android). « Un skater, ça passe des heures et des heures, tous les jours, à consommer du contenu autour du skate. C’est tellement passionnant et on est tellement passionné quand on tombe dedans ! Tu te dis qu’au lieu d’être sur Instagram à taper des mots-clefs autour du skate, tu pourrais avoir ton réseau social à toi, pour ta communauté, où t’es sûr qu’il n’y aura que du skate », explique Straszburger. Avec la possibilité d’y poster des photos, des vidéos et de s’organiser en crews, mais aussi de s’offrir une Krakbox bimestrielle,  le nouveau réseau social s’est choisi une mission : « transformer le monde en un énorme skatepark ».

 

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Car la fonctionnalité la plus passionnante aux yeux du créateur de Krak, c’est bel et bien cette carte interactive qui permet de situer les spots de skate autour de soi. Et partout dans le monde. « La spot map pour moi, c’est comme être devant une carte Google, mais avec des lunettes de skateur », s’enflamme l’ado de 27 ans dans les pompes d’un CEO. « C’est comme si tu ajoutais un filtre sur le monde qui est une pure couche de skate. Je délire juste à me balader dedans, dans des pays où je ne suis jamais allé. » De Tokyo à Madagascar, en passant par les Brigittines à Bruxelles : rien de moins que du tourisme 2.0., la planche à l’esprit. Il y a pire façon de parcourir la planète.

« Tu ne joues plus avec ta manette devant la télé, mais avec ton skate dans la rue »

Mais de la matrice virtuelle à la réalité de goudron, il n’y a qu’un pas. Celui qui attaque férocement le sol pour permettre de s’élancer dans le bowl, de grinder le rail et éventuellement de se fracasser sur le ciment. Afin de capturer ces prouesses, Krak développe actuellement un tracker, le Krak’N.  « Concrètement, on vient attacher des capteurs sur le skate, qui permettent de mesurer en continu les mouvements de la planche, pour ensuite les envoyer à ton smartphone », explique Straszburger. Un algorithme permettra ensuite de transformer ces mouvements en schémas, puis en figures. « On veut aussi permettre de partager d’autres contenus, de type plus « gaming ». Par exemple, si tu viens de plaquer un kick flip à tel endroit, via le capteur, on pourra intégrer la figure dans l’application. On peut alors créer des challenges, des compétitions… Ce sont des mécanismes qui sont très proches du jeu vidéo. Sauf que tu ne joues plus avec ta manette devant la télé, mais avec ton skate dans la rue », ajoute-t-il. Bienvenue dans le monde de la virtualité augmentée, version planche à roulette.

 

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« Le monde du skate est très ‘hater’ dans l’âme »

Pour l’instant, le Krak’N n’est qu’à l’état de prototype, une protubérance en plastique près de l’un des axes, imprimée en 3D. Un mois d’utilisation intensive a permis à Kevin Straszburger de s’assurer de sa solidité : « On avait fait exprès de le faire blanc, et mis à part le fait qu’aujourd’hui il est gris de saleté, il est toujours bien là, alors que moi, entre-temps, j’ai pété une board ». Seule ombre au tableau (tactile) : la frilosité de bon nombre de skateurs vis-à-vis de ce genre de technologie qui désacraliserait leur planche, chapelle sur roues de leur art. « En tant que skateur, t’aimes pas trop mettre des trucs sur ton skate », concède le fondateur de Krak, « même si c’est plus psychologique qu’autre chose. Le monde du skate est très hater dans l’âme. Mais ça a du sens et c’est ça qui est beau, puisque ça reste à la base une culture qui s’est développée dans la rébellion, même si c’est beaucoup moins vrai aujourd’hui. N’empêche, les racines viennent de là, et ça a modelé un état d’esprit dans la communauté qui est encore très partagé aujourd’hui. Il y a un espèce de rejet de tout ce qui est nouveau, on a tendance à penser que c’était mieux avant, plus vrai, plus « core »… Il y a souvent un premier a priori qui fait dire « c’est de la merde ». Parce que c’est nouveau. »

Pourtant, Straszburger voit l’aspect très communautaire du milieu comme une force, qui peut même se transformer en véritable bouée de sauvetage : « Il y a toute une mouvance qui pousse à soutenir les skateurs et ce qu’ils font. Il y a cette notion d’aller acheter dans un shop indépendant, d’acheter des magazines, de payer des abonnements pour les soutenir… En quelques jours on a plein de nouveaux utilisateurs, hyper actifs, qui postent des spots, des photos de leur grip avec un pochoir ultra-stylé de notre logo… Et ces gens, on ne les connait même pas. Quand tu reçois ça, ça fait ta journée, voire ta semaine ! »

 

 

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Crédit photos : Elisabeth Debourse

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