De la King Kong Théorie à la pratique

De longs discours peuvent rester lettre morte alors que quelques mots bien choisis peuvent revitaliser un concept peut-être usé : le féminisme ! Le pari du Théâtre Toison d’Or est audacieux, programmer un spectacle qui ne mâche pas ses mots et qui broie bien les idées toutes faites. Pari réussi, comme on a pu le constater ce mercredi 25 janvier, lors de la première de King Kong théorie, le texte de Virginie Despentes revisité par Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre et Delphine Ysaye. Et qui le portent avec justesse, sans tricher, sans faux- semblant et avec élégance. Dans la mise en scène, d’une esthétique minimaliste, chaque objet, chaque détail, est au service d’une idée forte. La projection vidéo se met au service de l’image – des images – d’une femme aux mille visages.  A la sortie, on en a profité pour papoter avec Delphine Ysaye.

écrit par

30 janvier 2017

 

2017-01-25-PHOTO-00000502

 

 

Pourquoi le TTO ? Est-ce un choix de programmation du lieu ou une demande de votre part ? Et pourquoi King Kong Théorie ?

Delphine Ysaye. Pour vous la faire courte, l’histoire commence il y a 2 ans quand Nathalie Uffner nous demande d’écrire un spectacle « de filles », à trois, pour le TTO. Elle nous invite à lire aussi King Kong théorie, ce que nous faisons, et le bouquin nous plaît unanimement. Tout de suite nous avons eu envie de l’adapter. Il est né au théâtre Jardin Passion à Namur l’année dernière, et nous le reprenons maintenant, au ‘Little TTO’, cette deuxième salle théâtre de la Toison d’Or qui vient d’ouvrir, et qui a une programmation un peu plus alternative. Donc ce n’est pas vraiment une commande du TTO, mais ça s’est fait en collaboration avec la metteuse en scène Julie Nayer et l’assistante Lisa Cogniaux. Nous avons repris le texte en faisant une sorte de montage, de mixage. Seule l’introduction, avec les questions que nous posons, est écrite par nous. On a dû faire des choix bien sûr, mais on a voulu vraiment garder la dimension politique, militante du texte. Et puis comme on ne voulait pas une banale lecture face public, on voulait une scénographie minimaliste mais vivante. D’où le choix de la vidéo et du son, qui créent des respirations. Et puis la femme est souvent considérée comme une image, donc ça nous paraissait judicieux de montrer, justement, des images.

 

Si vous deviez retenir une seule image du spectacle ?

D.Y. Je dirais l’image porno, parce que je ne trouve pas ça vulgaire mais très esthétique. La vidéo porno des années 20 est un pur bijou par exemple. Nous en avons beaucoup regardé avec l’équipe ! Les vidéos sont créées par Ludovic Romain, le seul mec de l’équipe, on l’appelle notre « féminist » (avec un –t !)

 

 

2017-01-25-PHOTO-00000505

 

 

IMG_9489

 

 

Alors « fausse première » ce soir, si c’est une reprise de Namur ?

D.Y. Ça n’existe pas ! Nous n’avons joué que cinq fois au théâtre Jardin Passion, le spectacle n’est pas vraiment rodé, donc ce soir c’était comme une vraie première ! En fait à Namur nous avons fait une sorte de showcase. De nombreux programmateurs étaient invités, ça a été une sorte d’avant-goût. Et comme le spectacle a été bien reçu, il a été acheté !

 

Que représente pour vous Virginie Despentes ? La connaissiez- vous avant King Kong théorie ? 

D.Y. Je ne la connaissais que de nom et de réputation avec Baise-moi., mais je n’avais jamais rien lu d’elle auparavant. Et avec King Kong théorie je me suis pris une claque monumentale ! A la fois artistique et humaine. Et puis j’ai découvert ses autres livres ensuite. Je connaissais la Virginie Despentes dont parlent les médias, grande-gueule, provoc’. A lire son texte, j’ai découvert un point de vue intelligent et visionnaire. Je l’ai lu d’abord comme un essai, à la première lecture. Puis à force, davantage comme un roman à plusieurs histoires, parce que j’ai suivi son parcours.

 

Vous l’avez rencontrée ?

D.Y.  Pas encore. Mais nous l’avons invitée, nous espérons. Peut-être à l’occasion de la représentation spéciale du 8 mars, suivie d’un débat ?

 

Faut-il être féministe pour porter ce texte ? Et pour venir le voir ?

D.Y.  Non, je pense qu’il faut être humaniste. Il faut aimer l’humain. Quant au public, tout le monde peut venir voir le spectacle. Des hommes et des femmes. Même s’il y avait davantage de femmes dans la salle ce soir, il y avait pas mal d’hommes (on les a entendus rire aussi). Parfois, dans le texte, on trouvait Virginie Despentes très provoc’ avec les mecs, et nous n’avons pas voulu insister sur cette dimension justement. Ce n’est pas ce qui nous intéressait le plus. Nous allons jouer ce spectacle dans des centres culturels, et aussi en prison – mais seulement dans une prison de femmes : nous n’avons pas été autorisées par la direction à jouer dans le quartier des hommes. Nous espérons vraiment faire circuler ce spectacle. On a une structure légère qui nous permet de le déplacer facilement, de s’adapter à n’importe quel format de salle.

 

2017-01-25-PHOTO-00000503

 

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

D’après Virginie Despentes Sous le regard dramaturgique de Julie Nayer assistée par Lisa Cogniaux Avec Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre, Delphine Ysaye Scénographie Pol Art Création sonore et vidéo Ludovic Romain Création lumières Félicien Van Kriekinge Production Théâtre Jardin Passion et Revolver asbl, avec le soutien du Panach’Club

 au t le 8 mars à 20h30.

En collaboration avec Kilti, panier culturel et le Festival Elles Tournent

Crédits :

photos @alphabeta @virginiejux

Les bons copains

ALPHABETA MAGAZINE

Chasse les tendances créatives et débusque les talents émergents.

On s'appelle?

Pour nous faire un petit coucou : coucou@alphabetamagazine.com

Le CLUB

De plus amples informations arrivent très bientôt, restez dans les environs !