Marie du Chastel, Niklas Roy & Lawrence Malstaf : rendez-vous avec la clique du Kikk  !

Le Kikk, festival des cultures digitales et créatives, lance sa 7ème édition du 2 au 4 novembre 2017. À l’aube de l’événement, on est allé.e.s faire un tour à Namur pour rencontrer Marie du Chastel, la curatrice de l’événement, et deux des artistes à l’affiche : Lawrence Malstaf et Niklas Roy. L’occasion de discuter du travail de titan qui se cache derrière l’organisation du festival, de la thématique et des œuvres présentées.

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2 novembre 2017

L’événement, organisé depuis 2011, rassemble près de 15 000 visiteurs pendant trois jours aux quatre coins de la ville, de l’église Notre Dame d’Harscamp au Théâtre de Namur, en passant par le Bunker et la Galerie du Beffroi. Difficile de savoir où donner de la tête entre l’exposition d’arts numériques, le marché des innovations, les installations, conférences, ateliers, performances et soirées festives.

Notre marathon d’interviews a commencé par la rencontre de Marie du Chastel dans les bureaux du Kikk ce mardi matin à 10 heures. Cette grande brune à la voix envoûtante nous a expliqué qu’après avoir fini l’IHECS en publicité et s’être expatriée à Londres pour un Master en médias interactifs à l’UAL, elle est devenue la première employée du Kikk. Présente depuis la deuxième édition du festival, Marie est incollable sur le sujet et a répondu à nos questions.

Bonjour Marie ! Cette année, le thème du Kikk c’est « Invisible Narratives », tu nous expliques ?

Marie du Chastel : On avait envie de découvrir comment les artistes qu’on présente s’emparent des nouvelles technologies pour montrer et révéler l’invisible. Par invisible, on parle premièrement d’émotions, d’amour et de connexions humaines. Ça évoque aussi les systèmes de pouvoir invisibles, tels que les algorithmes des réseaux sociaux qui agissent en tant que filtres et créent des narratifs personnalisés. Ils façonnent notre manière de voir, notre compréhension du monde. Une troisième façon de comprendre ce thème est de parler de tout ce qui sous-tend les technologies. Si on pense aux réseaux Wifi par exemple, on se l’imagine comme une onde wireless et invisible, alors que ce service est alimenté par des milliers de câbles sous-terrains et relayé par des satellites, ayant un impact considérable sur notre vie et notre planète. C’est en suivant ces réflexions qu’on a décidé d’exposer des œuvres telles que Positions of the Unknown par Quadrature, Implosion Chamber par Gelfand et Domnitch, le Remix by Nature : « Für Elise » de Niklas Roy, ou encore Shrink et Event Horizon de Lawrence Malstaf.

Coordonner 150 orateurs, artistes et startups intervenant.e.s autour d’un thème particulier, ça a l’air de demander une sacrée organisation ! Quels sont les difficultés et challenges liés à la mise en place d’un tel événement ?

MdC. Le plus difficile c’est la recherche de financement et de partenaires, ça nous prend six mois, on est fixés assez tard. Les artistes, eux par contre, doivent être bookés un an à l’avance, parfois plus, car certains sont très demandés ! Du coup parfois je dois leur dire « réservez ces dates et je reviendrai vers vous une fois qu’on aura clôturé nos budgets ».
La recherche de lieux est assez intense aussi, surtout avec la ville qui est complètement en travaux. Rien n’est acquis, il faut toujours trouver de nouveaux endroits. Pour les soirées par exemple, il nous faut des salles avec une capacité de 700 personnes. Comme il y en a peu sur Namur, il faut souvent investir des lieux qui ne sont originellement pas prévus pour notre événement.
Il faut aussi savoir gérer l’accueil et le logement des différents intervenant.e.s, dont beaucoup viennent de l’étranger et arrivent au compte-gouttes par des voies de transports différents.
Le transport des œuvres peut s’avérer très compliqué aussi ! L’installation A Mile in my Shoes par The Empathy Museum n’avait jamais voyagé en dehors de l’Angleterre, et ses dimensions ne sont pas particulièrement adaptées au transport… On a dû la déplacer par grue, camion et ferry, mais ça y est, elle est là !
En plus de cet événement, l’équipe s’occupe aussi du Trakk, des Voyages de Capitaine Futur, du Cinekid d’Amsterdam, de résidences d’artistes en partenariat avec le Goethe Institut et de collaborations avec le Togo et la Gaieté Lyrique à Paris.

Il est bientôt midi, on laisse Marie s’affairer et régler les derniers détails avant l’ouverture du festival et on part rejoindre Niklas Roy. Il est devant la galerie du Beffroi, perché sur un échafaudage, enregistrant la mélodie émise par son installation. À chaque bourrasque, l’air de Beethoven retentit, poétiquement déformé par la force du vent. Plutôt bricoleur, l’artiste berlinois s’est amusé à raccorder chacune des vingt éoliennes qui composent l’œuvre à une boîte à musique.

Bonjour Niklas ! Il paraît que la naissance de cette installation a une histoire assez cocasse ! Tu nous racontes ?

Niklas Roy : J’ai déjà participé au Kikk à de maintes reprises et me suis lié d’amitié avec certains membres de l’équipe. Je devais me rendre au Havre pour une exposition cet été, et j’en ai profité pour faire un détour par Namur. Le Kikk a proposé de produire cette installation. J’ai d’abord réalisé un seul prototype d’éolienne que j’ai installée devant chez moi et elle a eu un tel succès que je me la suis fait voler ! Du coup, j’ai décidé de produire cette installation, mais aussi de créer un tutoriel, disponible sous la licence Creative Commons, pour permettre à chacun de créer sa propre éolienne musicale. Ça fait partie de la responsabilité de l’artiste de rétribuer la population.

Comment s’inscrit l’œuvre dans la thématique de cette année ?

NR. Hmm, je dois réfléchir… L’œuvre s’anime avec le vent et le transforme en son, deux phénomènes qui sont invisibles ! Okay, la partie invisible, c’est fait : check ! Aussi, la partition musicale est déformée et au fil du temps, c’est une nouvelle musique, un nouveau narratif qui est créé !

 

Pour cette installation, tu as choisi de jouer “Für Elise” de Beethoven. Pourquoi ?

NR. Pour ce type d’installation, le choix de musique devient primordial. Soit il faut choisir un morceau extrêmement significatif, soit prendre le contrepied. J’ai dû tenir compte du fait que le choix des morceaux disponibles en format boîte à musique est limité. « Für Elise » est un air qui est devenu fourre-tout par la force des choses. Tout le monde le connaît, c’est même devenu la musique de la plupart des lignes d’attente téléphoniques, il y a une certaine ubiquité à son propos.
Cette œuvre pour moi c’est aussi une expérience, je pense qu’il peut en exister des variations infinies, du coup pourquoi pas avec d’autres morceaux !

À 14 heures tapantes, on achève la course aux interviews par une rencontre avec Lawrence Malstaff, artiste d’origine brugeoise immigré en Norvège. Il présentera deux pièces : l’une en collaboration avec son frère Vincent, visible dans la galerie du Beffroi et la deuxième, une installation qui occupe l’entièreté de l’église Notre Dame d’Harscamp. Quand on le retrouve, l’artiste et ses deux assistants sont en train de monter les cadres métalliques auxquels seront suspendus des performeurs emballés sous vide et alimentés en air par un tuyau.

 

Bonjour Lawrence ! Tu nous parles de la création de Shrink et de sa signification ?

Lawrence Malstaf : C’est une pièce que j’ai créée en 1995, juste après avoir été diplômé. Pour la version de l’œuvre présentée au Kikk, on a augmenté le nombre de performeurs à six. Ils exécuteront une chorégraphie inspirée des tableaux vivants  de vingt minutes toutes les heures pile. L’œuvre fait référence aux Works for Prepared Piano de John Cage. J’ai conçu cette installation comme une expérience lorsque je travaillais avec des danseurs. Je les installais dans les sachets sous vide, avant qu’ils montent sur scène et j’observais comment cette position informait et affectait leur performance. L’œuvre peut être interprétée de mille et une façons, mais résonne particulièrement avec les thèmes de l’écologie, de la consommation, mais surtout du corps comme marchandise. C’est aussi conçu comme une réflexion sur la capacité et l’incapacité de l’humain à s’adapter. En effet, une fois installé dans l’installation, on se retrouve dans des conditions extrêmes où la respiration et le mouvement sont compliqués. Mais si on s’adapte, c’est une expérience qui peut au contraire devenir très confortable. Aujourd’hui, l’homme perd sa capacité d’adaptation à la nature et il adapte plutôt la nature à lui-même. Mais tout le monde a droit à sa propre interprétation, à savoir qu’une œuvre ne stimule jamais rien d’autre qu’une idée préexistante dans la tête du spectateur.

Exposer dans une église, ça a des répercussions logistiques et narratives particulières ?

LM. Au point de vue du sens, le lieu donne une aura particulière et assez religieuse qui influence l’interprétation de mon travail. Il y a également le fait que le lieu est magnifique en lui-même, ce qui aura peut-être tendance à distraire le spectateur de l’œuvre même. J’ai l’habitude d’exposer Shrink dans un contexte plus clinique, ça change au niveau du décor ! Au niveau du montage, c’est assez compliqué. Comme l’église est actuellement uniquement éclairée par la lumière du jour, ce qui a retardé le montage puisque je suis arrivé lorsqu’il faisait déjà trop sombre. L’église résonne énormément et je me demande si l’œuvre résonnera trop fort. Demain je passe aussi l’après-midi à entraîner les performeurs, ça va être intéressant !

L’envie de faire un article interminable pour vanter l’entièreté de la programmation du Kikk est bien présente, mais on s’arrêtera là, en vous incitant à y courir et à suivre l’événement sur les réseaux sociaux d’AlphaBeta ! Les conférences ont lieu du 2 au 4 novembre, mais l’exposition reste ouverte jusqu’au 11 et l’installation de Niklas Roy jusqu’à la fin du mois.

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LIENS VERS L’ARTISTE

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Le Kikk bat son plein jusqu’au 4 novembre !

Crédits :

© Lawrence Malstaf
Kikk Festival
Niklas Roy
Maude Willaerts

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