Peu importe le bouquin pourvu qu’on ait Livresse

Le festival Livresse se déroulera du 26 au 29 octobre à Charleroi, la ville qui, tel le phoenix, renaît de ses cendres.

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20 octobre 2016

C’était fin juillet. Il faisait beau, Charleroi chantait, le Vecteur rayonnait.

Entre trois pelleteuses et deux machines à ciment, nous nous sommes frayé un passage dans cette concrete jungle jusqu’à la rue de Marcinelle, un nom qui sent bon la région. Là, nous nous sommes retrouvées devant la façade striée de noir et de blanc du Vecteur, un lieu emblématique du renouveau artistique et intellectuel du Pays Noir, où l’on n’a pas fait chou blanc.

 

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Voilà quand même un bout de temps qu’on sait que Charleroi essaie de changer de peau, qu’elle subit un lifting pour « avoir bel air », comme on dit. Le genre d’opération prodiguée à la truelle, agrémentée d’une bonne dose d’agents culturels actifs. Charlouze a aussi changé de petit surnom, en quelques années. De « Detroit d’Europe du nord », elle est passée à « the new Berlin ». L’image de Detroit fait référence à son passé industriel, avec un côté triste et lugubre. Le genre de ville-fantôme où l’on pourrait apercevoir une boule d’herbes sèches traverser le chemin, comme dans les westerns. C’est pourtant dans ce gris passé que Charleroi a puisé la volonté de revivre : ces vastes bâtiments vides et bon marché ont attiré les start-ups et les créatifs. Paradoxalement, sa « mauvaise réputation » aussi. Plus fort encore, ceux qui ont quitté la ville autrefois décident aujourd’hui d’y revenir, pour un tas de raisons mais surtout pour monter leurs petites entreprises à moindre coût. Voilà pourquoi on la compare aujourd’hui à l’élégante capitale allemande, repère d’artistes fauchés par excellence.

Mais trêve de comparaisons.

Dans une interview que Paul Magnette accordait au Financial Times il y a quelques mois, le pourfendeur du CETA parlait d’une « véritable volonté politique de se tourner vers l’art comme catalyseur du différentiel social et économique ». Une superbe formule qui résume bien la situation. Charleroi a fait de la culture un pilier de son renouveau. Et c’est dans ce contexte florissant que s’épanouit le Vecteur.

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Le Vecteur, c’est à la fois une salle multi-fonction, une bibliothèque, un bar, une galerie et un appart’ pour artistes résidents qui accueille (prenez votre souffle) des concerts, des vernissages, des rencontres littéraires, des projections, des expos dédiées aux arts plastiques et digitaux, des installations, des conférences, des ateliers pédagogiques… Et on en oublie sûrement. Projet touche-à-tout mais jamais m’as-tu-vu, l’hyperactif Vecteur est un lieu d’échange et de création, d’ouverture et de diffusion.

Nous nous y sommes rendues car nous avions entendu parler de Livresse, un festival de littérature qui transverse les genres et transgresse les règles. Nous n’avons pas été déçues.

 

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Livresse = Orbitale = Vecteur

Dans ce paragraphe, vous allez découvrir comment Livresse qui n’était pas encore Livresse a donné naissance à Orbitale qui a engendré le Vecteur qui aujourd’hui organise Livresse. Pas parfaitement clair ? Nous avons demandé des explications à Camille et Romain, deux solides chevilles ouvrières de ce mic-mac.
« Livresse, c’est le projet de fin d’études de notre ancien directeur, Pascal Verhulst. A l’époque, le festival s’appelait ‘Rencontres estivales des Lettres belges’, qui a connu deux éditions », explique Romain. « Il créera ensuite l’ASBL Orbitale pour reconduire le festival qui avait bien marché. Et voilà dix-huit ans qu’il s’appelle Livresse ». Orbitale est donc une ASBL à l’ADN littéraire qui se matérialise aujourd’hui via le Vecteur et ses multiples activités. Ce rayonnement de la littérature vers d’autres disciplines symbolise bien l’idée de base de Livresse, qui entend prendre le livre comme prisme afin d’aborder d’autres axes artistiques. « C’est le condensé de tout ce qu’on fait dans l’année, mais en quatre jours », synthétise Camille.
Et comme décidément ce paragraphe à structure circulaire est celui où les connexions se font, nous révélons que Pascal Verhulst est non seulement l’un des pères fondateur du triptyque Vecteur-Livresse-Orbitale, mais qu’il est aussi l’un des hommes à la base de la seconde vie de Charleroi, puisqu’il est désormais échevin de la culture, débauché par le bourgmestre Paul Magnette himself. Or, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Région Wallonne et la Ville de Charleroi soutiennent aujourd’hui le Vecteur. Et la boucle est bouclée.

 

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Ainsi, Livresse pourrait plus simplement être décrit comme un festival sur l’écriture. Pas seulement sur l’écriture littéraire, mais aussi sur l’écriture musicale et plastique. A côté de ça, on vous disait plus haut que le livre était pris comme prétexte pour explorer d’autres disciplines. OK, peut-être, mais c’est aussi un prétexte pour boire des verres ! Parce que dans « livre », ‘faudrait pas oublier qu’il y a « ivre ». « On ne veut pas être un festival coincé. L’idée c’est de pouvoir boire une bière avec l’auteur qui vient de parler », précise Camille. « L’après-midi est généralement le moment d’accueillir des discussions entre auteurs, plasticiens, artistes, illustrateurs de BD… Le soir, le but est de faire la fête avec des concerts, des performances, des expos, des projections… ». Cela se ressent bien dans la structure décontractée de la programmation qui fait rimer chill et qualité. Et ça, il fallait le faire.

Demandez le programme !

  • Le coup d’envoi se donnera mercredi, avec des tapas et un film d’ouverture : La Collection qui n’existait pas, un documentaire sur la « collectionnite aigüe » du fondateur du Wiels, qui a légué tous ses biens au MoMA et qui a une anecdote pour chaque oeuvre. Le réalisateur sera présent et participera à une discussion intitulée « La collection dans un but de création » en partenariat avec Filmer A Tout Prix, le festival du film documentaire de Bruxelles.
  • Jeudi ce sera cité et bédé : cité pour une discussion urbaine avec Asphalte, festival sur l’espace public à Charleroi, et bédé avec un débat sur la place des femmes dans la bande dessinée. Et devinez quoi ? Alphabeta sera un peu de la partie puisque notre journaliste Elisabeth Debourse officiera à la modération.
  • Le vendredi aura la fougue de l’adolescence dans une discussion sur la jeunesse avec Loulou Robert et lors d’un concert de garage rock avec The Tubs, Regal, Discodewane et une surprise !
  • Enfin, le samedi donnera carte blanche à Frémok (FRMK) soit l’une des plus chouettes maison d’édition de BD du plat pays, pour une balade subjective dans Charleroi, ainsi que pour des lectures et performances. Il y aura aussi des ateliers (« vide-poches et frottage » avec Benjamin Monti et « customisation de photos de famille au pyrograveur » avec LLCOOLJO) pendant toute l’après-midi. Le soir, ce sera déjà le moment de la clôture avec de la musique, assurée par Colombey et Seal of Quality, puis une after party à la Manufacture Urbaine estampillée Balaize.

« La seconde partie de soirée s’organise ailleurs parce qu’il n’y a pas d’esprit de compétition à Charleroi, seulement l’envie de faire triompher la culture, et que chacun y mette du sien », conclut Camille. C’est peut-être pour ça que Charleroi semble si bien réussir sa métamorphose : miser sur la complémentarité des lieux culturels qui plutôt que de se mettre des bâtons dans les roues.

Ah, et on vous avait pas dit ? Tout est gratuit.

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Le Vecteur
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