JF 25 ANS CH. FESTIVAL POUR RELATION DURABLE : DOUR, ETUDE DE CAS

Insomnies, ballonnements, nécrose du foie, mauvaise haleine, perte d’équilibre et débauche musicale : quand apparaissent les symptômes d’un virus qu’on attrape encore malgré les précautions d’usage – bien se laver les mains et ne pas embrasser de festivalier -, le moment est venu de se poser les bonnes questions : à 25 ans (et plus), peut-on ou veut-on encore beugler un hymne autrefois chéri au camping B, manger un pain mexicano douteux sur le plancher boueux d’un chapiteau ou reprendre en chœur un refrain sur-connu à la Last Arena ? Comme dans un vieux couple, qui, du mélomane ou du festival, ne supporte plus l’autre ? Et quels changements pourraient sauver l’idylle ? Dour : étude de cas.

écrit par

4 juillet 2016

Le premier festival, c’était il y a presque dix ans. On avait mangé des Pitchs au chocolat pendant quatre jours, osé dire notre déception après un concert attendu des Arctic Monkeys, vu 50 Cent pour rigoler, trouvé que le camping, finalement, ce n’était pas tant la dépression que ça, et gardé le bracelet les trois années suivantes, jusqu’à l’ultime décomposition. Et puis est arrivé à Dour et on est tombé en amour pour ce festival « de grands », qui avait impressionné notre naïveté d’alors avec son line-up alternatif, son ambiance libérée et son marché de drogues en tous genres. On avait crié « Doureeeuuuh » avec ferveur à l’ombre des terrils, certain-e-s de vivre nos plus beaux moments d’insouciance. Et c’était le cas.

Mais à la faveur de notre vingt-cinquième (ou plus) été, Dour ne nous aimante plus comme avant : le festival autrefois touffu de copains devient plus clairsemé, l’affiche se répète comme une tante sénile et notre hygiène est devenue une préoccupation assez prégnante pour qu’on s’inquiète de notre survie dans ce milieu bactériologiquement hostile. Il faut se rendre à l’évidence : l’un de nous deux est devenu trop vieux.

Cette année, il y a donc quelques petites choses dont on se passerait bien :

1 — Les aléas des festivals, qu’on pensait autrefois inévitables : manger des trucs aussi gras qu’onéreux et se retourner les boyaux, renier tous ses principes hygiéniques, évoluer dans un dépotoir au paysage toujours surprenant – ici un étron dans une tente, là un déchet encore vivant -, puis dormir peu, trop peu et mettre trois jours à s’en remettre la semaine qui suit.

Dour Festival 2016

Bien que tout ceci ne soit pas totalement dénué de charme, on a un peu l’impression d’avoir donné. Si l’on se réjouit de la prise de mesures telles que la « relax-zone » pour les bad trips, de l’arrivée du tipi en carton (en moyenne, une tente sur quatre ne serait jamais rapatriée par le festivalier exténué), de la mise en place d’infrastructures pour les personnes à mobilité réduite et d’une charte de développement durable, de nombreux efforts restent encore à faire. Voici quelques idées, reprises de festivals voisins, qui amélioreraient sans doute les conditions de survie du festivalier de base/en détresse/avec une conscience :

– Des toilettes à sciure plutôt que ces immondes boites à caca, comme au PacRock Festival, entre autres. Pour l’instant, seule la zone du bar du petit bois en est pourvue. Outre le côté écologique et esthétique de la chose, on est certain-e-s que beaucoup trouveront un petit quelque chose de ludique dans le fait de recouvrir leur misère.

– Selon l’étude française des “Meilleures pratiques environnementales des festivals de musique”, les Transmusicales sont passées de 10 à 80% de bouffe biologique sur le site du festival. Le Pukkelpop quant à lui, travaillant avec l’UCLL, s’est doté d’un espace dédié aux consommations alternatives, burgers aux insectes compris. Et pour les réfractaires à l’entomophagie, promis, même les frites ça peut être bio.

– Aux dernières nouvelles, le gobelet réutilisable n’est toujours pas un incontournable à Dour. Pourtant, toujours selon la même enquête, la conversion permettrait de diviser par six la production de déchets sur le site.

– La promotion d’une mobilité douce, la sensibilisation des artistes, des prestataires locaux, des fournisseurs d’énergie verte, la protection de l’eau et de la déco de récup’, ou du moins durable, comme la restauration : ce sont quelques-unes des initiatives du festival Lasemo, connu pour son engagement écolo. Pas besoin d’avoir un public en sarouel pour y penser.

– Un peu plus loin, le Meredith Music Festival près de Melbourne offre aux festivaliers tous crottés des douches à l’eau de pluie.

Dour Festival 2016


2 — Une impression de déjà-vu : Depuis nos 15 ans, certains artistes sont revenus en boucle : Tiga (déjà aperçu en 2002, 2008 et 2011), Boys Noize (2008, 2011, 2014), Salut C’est Cool (presque trois ans de suite et beaucoup trop de fois cette année), Sharko et Mass Hysteria (tous deux six fois au total), Acid Arab (trois années consécutives, tout de même), etc. Des chiffres non-représentatifs, certes, mais qui illustrent la lassitude inhérente aux tauliers de festivals, qui ont forcément « déjà tout vu ».

3 — Ces dernières années, la promenade vers l’entrée du festival avait commencé à prendre des airs de walk of shame : bardée de t-shirts aux visuels et slogans tout droit sortis d’un mauvais aftermovie de 2009. Nos t-shirts ganjesques rangés au placard depuis longtemps, on aimerait avoir l’opportunité de déambuler dans un merch’ plus indépendant et plus intéressant, à l’instar du petit voisin luxembourgeois Out of the Crowd, qui nous avait pour la peine obligé à prendre un crédit hypothécaire tant ses artistes y étaient bien représentés. D’autant qu’un nettoyage de printemps des stands nous épargnerait la vue de dizaines de casquettes fluos « Coucou petite perruche » durant tout le festival.

De la même façon, même si nous ne sommes pas tout à fait étrangers au concept de sponsoring, les tentes de sensibilisation présentes sur le festival gagneraient à être sélectionnées en fonction de leurs actions innovantes, poussant à l’ouverture et à une véritable tolérance, tout en préservant la sécurité des plus jeunes et des plus camés. Une belle campagne sur le sexisme et les agressions sexuelles en terrain musical, c’est pour quand, par exemple ?

Dour Festival 2016

4 — Peut-être s’était-on déjà habituées aux festivals hors saison qui proposent rencontres, workshops et débats (le Ladyfest, l’ OverTijd et le Listenpour ne nommer qu’eux) :mais c’est comme si tout à coup, la musique ne nous suffisait plus. On a envie de partager davantage, et pas qu’en dansant, d’en apprendre toujours plus, d’aller au fond des choses et même de lâcher quelques pavés dans la mare. De sentir que la musique est vivante, surtout, et qu’elle est le fait de vraies personnes, avec de vrais talents, qui ont de véritables choses à dire. Et là, on se surprend à rêver à une programmation parallèle hors de la cohue du festival, qui oserait les conférences et ateliers, juste pour se rappeler que la musique, ce n’est pas que la scène.

Mais du coup, pourquoi est-ce qu’on y va encore ?

1 — Pour la musique, déjà. 
Cette année, le line-up divise un peu (mais vraiment un tout petit peu) la rédaction d’Alphabeta. Si d’aucuns pensent qu’il est à la hauteur de sa réputation sans toutefois tutoyer les étoiles, d’autres estiment qu’il ne parvient pas à rivaliser avec d’autres grands festivals européens dans la cour desquels il aime jouer, que ce soit en termes de programmation indépendante ou de têtes d’affiche qui met tout le monde d’accord. Malgré cela, force est de constater qu’une fois le planning annoté et fluoté, il reste peu de slots vides pour râler. Voici deux ou trois pistes sur lesquelles vous lancer pour un marathon musical sur la Plaine de la Machine à Feu. On vous fait le topo, classé par genres.

A : POUR EXERCER SON FLOW RAVAGEUR
Au programme, on trouvera de gros noms du rap comme Mobb Deep, Roots Manuva et PRhyme, des stars émergentes dans des genres connexes comme Skepta (pour la grime) et Jay Prince (pour le hip-hop tout doux venu de Grande-Bretagne), mais surtout du noir-jaune-rouge avec Roméo Elvis, Caballero et JeanJass, STIKSTOF et puis même Hamza parce qu’il nous fait rire (jaune plus que noir ou rouge).

B : POUR SE DANDINER MOLLO
Une chose qui nous a fait plaisir en découvrant le line-up 2016, c’est la part du lion réservée à l’électro africanisante. L’édition précédente, on avait apprécié le punch de papy Omar Souleyman, qui a trouvé pas moins de deux remplaçants énergiques cette année: Kel Assouf et Pat Thomas. Mais pour onduler des hanches en douceur, c’est avant tout Henrik Schwarz, Mbongwana Star, Konono n°1 et Le Motel que nous irons voir les yeux en coeur.

C : POUR DANSER ET PERDRE UN MAX DE KCAL
Pour commencer, quelques sauts sur place et échauffements des cordes vocales avec Protomartyr, 150 balancements de bras hystériques sur The Soft Moon, à compléter avec une grosse série de génuflexions avec La Jungle comme coach particulier. Et pour poursuivre l’entrainement cardio, la liste des DJ’s à voir en house et techno est tout simplement interminable: Danny Daze, Fatima Yamaha, Maceo Plex, Mind Against, Fort Romeau, Leon Vynehall, Bicep, John Talabot, DC Salas … Il va en faloir des barres hyper-protéinées pour tenir!

D : COMME FOND SONORE QUAND ON ENFILE UNE FRITE SAMOURAÏ DANS L’HERBE
Il y a des groupes d’après-midi pour lesquels nos jambes ont du mal à nous porter. Par contre, ce petit coin d’herbe là, pas trop loin de la scène, fera l’affaire pour A$ap Ferg, Odezenne, Témé Tan, Italian Boyfriend, Being as an Ocean et même Double Veterans. Frite bio ou pas.

E : POUR VOIR DU GENIE EN PLEINE ACTION
Stuff. Floating Points. Four Tet. David August. Point pas final.

F : POUR RIGOLER

Dans le genre « allumés », nous citerons l’OVNI Jacques, le grand Flavien Berger et sa douce bizarrerie, les masqués de la transe Why the Eye, puis Mac deMarco, un mec délicieusement à côté de Plac delaPlaque.

G : QUE SONT-ILS DEVENUS?
Comme des amoureux perdus de vue, Pantha du Prince, Nosaj Thing et Gold Panda réapparaissent en 2016, chacun avec un nouvel album, sous forme de pokeOn pensera aussi à se faire un petit quart d’heure de post-dubstep sentimentale avec Rhye, Sango, ou encore Ta-ku, en hommage à la personne qu’on était il y a deux ans.Images 8 et 9

2 — Pour les découvertes. Parce que la grande messe wallonne est le seul festival de cette envergure qui puisse prétendre à une réelle ouverture d’esprit et qui ne craint pas de programmer des noms qui sortent de l’ordinaire. Le groupe gagnant du tremplin de Dour, Glass Museum, en est l’exemple parfait : un tout jeune duo de jazz ultra-rythmique à la Mouse on the Keys, qui ose les grands écarts et les saltos arrière. Un choix audacieux et pas forcément évident. Trouvez la scène chère à votre coeur, restez-y la journée, et soyez sûrs d’adorer les trois quarts de ce que vous y aurez vu. Pourquoi ? Parce que les programmateurs de Dour sont les boss du « schedule coherence game ». On n’hésitera pas à squatter la Petite Maison dans la Prairie, par exemple, ou le Labo, antre sublime de tous nos futurs bands préférés.

3 — Pour l’ambiance incomparable. On enfonce une porte ouverte, mais c’est bien là qu’on trouve les déglingos les plus charismatiques du plat pays. Du rire en barre à chaque coin de sentier boueux.

4 — Pour son intégrité. Une chose que l’on peut saluer chez les responsables de Dour, c’est que le festival n’est pas devenu posh ou inaccessible au fil des années. Le prix du ticket a augmenté, le festival a grossi, certes, mais il ne deviendra pour autant jamais un petit Coachella où les gens paradent.

Dour Festival 2016


5 — Pour les petites innovations annuelles. Les annéess précédentes ont vu naître leur lot de nouveautés ; le mignon Bar du Petit bois, ou monsieur le Wasman, qui, armé de son saladier d’eau savonneuse, vient dé-souiller les mimines encrassées, par exemple. Or cette année, la petite nouvelle, c’est la Cubanisto Dancing ! Elle a été pensée comme la soeurette teuffarde du Labo. Elle sera elle aussi un cabinet expérimental, mais cette fois-ci tournée vers les nouveaux producteurs de musiques électroniques. Les organisateurs ont eu la folle idée de faire appel à Salut c’est cool pour un set quotidien « façon soundsystem de 3 heures »… Attention les yeux et les oreilles. Elle s’organisera en journées thématiques. Au menu : R’n’B du futur et musiques électroniques abstraites, musiques du monde déviantes et avant-gardistes, une spéciale Forma.T et du beatmaking. Rien que ça.

6 — Même si on doute très sérieusement du choix des organisateurs de faire jouer tous les jours Salut C’est Cool, on aime l’idée de confier les clefs du festival (pas toutes, juste celles de la Cubanisto) à des groupes. Du coup, cette année, on place tous nos logins entre les mains de quelques artistes, à qui l’on ouvre notre Snapchat le temps d’une journée. Préparez-vous, les filtres hippo et les vidéos de backstage arrivent.

Dour Festival 2016

7 — Et puis, si on n’y allait pas on serait tristes, et on se demanderait ce qu’on fout chez nous, là, comme ça. Il y a des traditions desquelles on s’entiche, même si ça tache.J-5 avant le Dour Festival ! Nos envoyés spéciaux sur place ont tâté le terrain, forcément boueux. Résultat ?

LIENS VERS L’ARTISTE


    Warning: Invalid argument supplied for foreach() in /home/www/abmag/wp-content/themes/abmag/templates/single.php on line 68

Actualité

Crédits :

Les bons copains

ALPHABETA MAGAZINE

Chasse les tendances créatives et débusque les talents émergents.

On s'appelle?

Pour nous faire un petit coucou : coucou@alphabetamagazine.com

Le CLUB

De plus amples informations arrivent très bientôt, restez dans les environs !