Donner forme au(x) futur(s) : Du design spéculatif

A Namur jusqu’au 22 Septembre se déroule une résidence de design. Une designer belge, Caroline Wolewinski, et un designer brésilien/allemand, Pedro Oliveira, avait trois semaines pour travailler à un projet personnel de design spéculatif. Design quoiii? On vous explique.

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21 septembre 2017

Bien avant leur apparition dans notre quotidien, les interfaces tactiles étaient utilisées dans Star Trek. Si vous voulez acquérir un écran transparent façon Minority Report, c’est désormais possible. L’influence de la (science-)fiction sur l’ingénierie ne date pas d’hier–et inversement : les futurs que l’on nous propose sont souvent des miroirs du présent. Ils en pointent les dérives possibles comme les possibilités utopiques. Depuis une vingtaine d’années, des designers se sont emparés de ces questions, sous des étiquettes diverses : Design Critique, Design Fiction ou Design Spéculatif.

 

Mais qu’est-ce donc que le design Spéculatif ?

Commençons par noter qu’il est difficile de trouver une réponse consensuelle à cette question. Pour certain.e.s, il s’agit d’une manière de faire du design Critique, pour d’autres de faire du design Fiction. Pour d’autres encore, tous ces termes sont interchangeables. Essayons d’y voir plus clair.

Le design critique vise à questionner les présomptions et biais dans les pratiques de design. Il peut s’agir de s’interroger sur sa propre pratique, de s’interroger sur le design en général, ou plus largement de questionner les aspects matériels des phénomènes sociaux. Cette approche n’est pas nouvelle : on peut citer par exemple le mouvement anti-design né dans les années 60, qui critiquait les approches modernistes et utilitaires dont l’exemple parfait est la tour en béton. Dans Hertzian Tales (1999), Anthony Dunne propose le terme de design spéculatif comme une pratique de design critique pour interroger l’esthétique des objets électroniques contemporains. Il ne s’agit pas seulement de créer un objet différent, mais aussi de l’intégrer dans une histoire et d’illustrer comment il est utilisé. En somme, d’imaginer le monde dans lequel cet objet s’inscrit pour pouvoir en retour interroger notre quotidien–et les pratiques de design qui lui donnent forme. Ces objets peuvent ensuite être utilisés pour susciter des débats : vers quels futurs tendons-nous ? Vers quels futurs voulons nous tendre ? Tout comme la science-fiction, cela permet avant tout de s’interroger sur le présent et ses alternatives.

Puis en 2005, Bruce Sterling propose le terme de Design Fiction, dans son livre Shaping Things. Il peut être décrit comme un genre de design spéculatif, tourné vers la narration plus que vers l’objet, vers le monde proposé plutôt que vers des questions esthétiques. Dans d’autres cas, le design spéculatif est décrit comme intéressé par le futur proche, alors que le design fiction s’intéresse au futur lointain. Bref. Il s’agit de créer des objets suffisamment différents pour stimuler la discussion, et suffisamment crédibles pour être pris au sérieux.

 

 

Un exemple de vidéo de design spéculatif, par Superflux. Qui pose des questions diverses : Désirons-nous vraiment que tous nos comportements soient quantifiés et évalués ? Qu’est-ce que le bien-être ? Qu’est-ce que prendre soin de soi ? Comment voulons-nous vieillir ?

 

Réception critique

Où peut-on voir du design Spéculatif ? Dans les musées, les journaux, les centres de médiation scientifique, les concours de biologie synthétique… Et désormais, dans les séminaires d’entreprises. Ce qui pose des questions cruciales : qui est invité à imaginer le(s) futur(s) ? Quelles sont les thématiques abordées ? Depuis quel(s) point(s) de vue ? De quoi le design spéculatif fait-il la critique ? Luiza Prado et Pedro Oliveira, dans un article de 2014 démontrent les biais présentés par la plupart des projets. Cela inclut l’absence de personnes de couleurs, ou la description de futurs dystopiques qui sont finalement proches de la réalité contemporaine sur d’autres continents. Le risque du design spéculatif est probablement de favoriser l’esthétique de l’objet au discours critique.

Ce qui n’est pas sans parallèle avec la réception de récits de science-fiction “éloignés” des thématiques du progrès technologiques. Dans un long article, Ursula K. LeGuin (on aime particulièrement The Dispossessed) revient sur une critique de ses livres dénonçant l’absence de technologies, et donc le fait qu’il ne s’agisse pas de science fiction “dure”. Or, comme elle le souligne, ses livres sont bourrées de technologies… Elles ne ressemblent simplement pas aux robots, fusées et autres voitures volantes qui en sont venues à représenter le futur. Et c’est tant mieux : autant de futurs différents à explorer !

 

Namur, capitale belge du design spéculatif ?

Si on s’y est intéressés, c’est parce qu’on suit le travail de Pedro Oliveira et Luiza Prado depuis un moment, et qu’on aime le Kikk Festival depuis longtemps (on y va depuis 2013 — vous reprendrez bien un article de 2015 ?). Donc si le sujet vous intéresse, rendez-vous à Namur ! Résidence de Design Spéculatif jusqu’au 22 septembre. Et Bruce Sterling, auteur de science-fiction s’intéressant depuis longtemps au sujet sera au Kikk Festival, le 2 Novembre.

Crédits :

© 2017 Goethe-Institut

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