Oskar nous dit quoi

Que signifie la vie des acteurs du secteur culturel ? Comment vivre de sa créativité, et comment font ceux qui ont réussi ? Pour comprendre les réalités de ces métiers, tous les mois, Dis-Moi Quoi pose ici le portrait d’un entrepreneur créatif au travers d’une discussion… Pour qu’il nous dise quoi.
Ce mois-ci, allons à la rencontre des Oskar.

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28 octobre 2016

Parlons photographie et direction artistique – secteurs sur lesquels Dis-Moi Quoi ne s’était pas encore aventuré. We Are Oskar (alias Oskar pour les intimes) est un duo créatif basé à Bruxelles incarné par Thi-Thi Nguyen et Arnaud de Harven. Avec les années, ils ont su imposer leur univers esthétique et ils multiplient aujourd’hui les belles collaborations professionnelles autour de projets aussi variés que la mode, les natures mortes, les portraits… Rencontre d’un couple à la vision claire et au style très photogénique.

 

 

Qu’est-ce que We Are Oskar ?
Thi-Thi NGUYEN. C’est un duo photographique et créatif. On vient de différents backgrounds. Je travaillais dans la publicité en tant que créative, copywriter et spécialiste du marketing alternatif. Arnaud, lui, était déjà photographe. On a été vivre et travailler au Vietnam pendant trois ans (de 2009 à fin 2012) où j’étais dans une agence de pub et Arnaud a commencé à faire des photos en publicité, notamment pour les clients de mon agence. En décidant de revenir ici, on s’était demandé pourquoi ne pas se mettre à [travailler] deux. J’avais fait presque douze ans dans la publicité et j’avais envie de travailler pour moi. J’avais toujours eu plus d’affinités pour la direction artistique. Nos parcours se complétaient bien et nos compétences aussi. On a alors décidé de se lancer sous le nom Oskar.

 

Pourquoi Oskar ?
T. Juste parce qu’on en visualisait déjà graphiquement le logo, qu’on aime beaucoup les anciens prénoms et l’univers nostalgique qui va avec.

 

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« Le démarrage n’avait pas été évident. Mais ce n’était pas un souci parce que je travaillais pour moi et que je m’éclatais. Je m’éclate toujours. » Thi-Thi

 

Vous étiez déjà en couple en créant Oskar ?
Arnaud de HARVEN. Oui, on a toujours été en couple. Pendant les six ans où l’on travaillait séparément, presque tous les soirs, on se racontait nos journées, on se montrait notre travail, on se demandait nos avis. Après toutes ces années on s’est dit, autant travailler ensemble. Les choses se sont mises assez naturellement.
T. Le fait de travailler en couple nous a permis de travailler avec des horaires plus chargés parce qu’on vivait la même vie, on avait les mêmes horaires. Il n’y avait pas de déséquilibre. Si j’avais été dans un couple avec quelqu’un autre et travaillant à de tels horaires, je crois que mon coupe en aurait souffert.

 

Comment vous-êtes-vous formés ?
T. J’ai fait journalisme à l’ULB, puis un autre Master en Gestion des entreprises multimédia à l’Université Saint-Louis à Bruxelles. J’ai ensuite directement postulé auprès d’agences de publicité dont celle où j’ai travaillé pendant près de neuf ans.
A. Moi j’ai fait La Cambre. J’ai ensuite bossé comme assistant photo pendant deux, trois ans, puis j’ai arrêté pour travailler [à mon compte] à plein temps.

 

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La transition entre vos collaborations professionnelles et la création d’Oskar a-t-elle été difficile ?
T. Pour moi, c’était forcément un grand changement car je gagnais très bien ma vie dans le milieu de la publicité. Le démarrage n’a pas été évident. Mais, ce n’était pas un souci parce que je travaillais pour moi et que je m’éclatais. Je m’éclate toujours.
A. On avait aussi gardé quelques contacts avec d’anciens clients. Donc près de quinze jours après notre retour du Vietnam, on commençait déjà à faire des shootings. Durant les deux premières années, on a travaillé 7 jours/7, 15 heures par jour. On a énormément produit. C’est comme ça qu’on a commencé à se faire connaitre dans notre milieu.

 

Comment avez-vous construit votre « entreprise » ce qu’en aujourd’hui Oskar?
T. La logique était de beaucoup travailler, de produire beaucoup de visuels pour constituer un book. On ensuite commencé à envoyer le book digital à certaines agences de photographes. C’est comme ça qu’une femme d’une agence parisienne nous a contactés.
Ce n’est pas évident de percer dans ce milieu. Par exemple, depuis qu’on connait cette agente, ce n’est que maintenant qu’elle a réussi à nous introduire dans le cercle fermé des créatifs. Là-bas comme ici, les créatifs ont leurs habitudes et travaillent avec les photographes qu’ils connaissent. C’est d’autant plus difficile à Paris parce qu’on n’est pas sur place. Donc elle fait un travail de fond depuis deux ans : elle présente sans cesse notre book, elle retourne dans les agences pour montrer notre évolution aussi, et du coup, de fil en aiguille, elle nous a dégoté un job en or chez Dior. Ça valait donc la peine d’attendre.

 

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Vous avez donc produit sans être rémunérés à vos débuts?
T.
C’est pour ça qu’on ne gagnait pas forcément bien notre vie au début. Mais on avait les éditos mode qui, d’un côté nous permettaient de gagner assez notre vie que pour financer nos projets ou nos collaborations, et qui d’un autre, nous faisaient connaître.

 

La production serait alors la clé ?
T.
Il faut avoir des choses à montrer, c’est le plus important. Même si on ne gagne rien, il faut d’abord travailler pour son plaisir et se dire qu’on aura de belles images. C’est ça la récompense finalement.
A. La clé c’est vraiment de faire ce qu’on aime.
T. Je ne dirais pas que la prospection soit une mauvaise chose en soi, elle n’a juste pas marché dans notre cas. Mais, pour certaines personnes ça peut fonctionner.

 

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« Les clients viennent toujours chez nous après avoir vu ce qu’on avait fait. Ils accrochent donc à notre vision. » Arnaud

 

A quel moment peut-on se considérer comme assez légitime que pour ne plus accepter d’être mal payé ?
T. Ça dépend du type de client, je dirais. Au début, on a fait beaucoup de lookbook pour de jeunes créateurs et, forcément, on savait qu’ils n’avaient pas beaucoup d’argent. On s’est dit qu’on allait leur faire un prix et que ça nous permettrait d’avoir de belles images, et eux, un beau lookbook ; chacun était gagnant. L’idée était de grandir ensemble. On a des clients avec lesquels, saison après saison, on a pu augmenter les budgets. Tout cela fait que, petit à petit, on arrivait à proposer de meilleures images aux clients, car ça passe par plus de temps pour prendre les photos, de meilleurs maquilleurs, de meilleurs mannequins. Par la force des choses, en produisant tu as des images qui attirent d’autres clients, dont certains qui ont plus de moyens et avec lesquels tu peux te permettre de demander un tarif plus élevé.
La manière dont on a travaillé fonctionnait aussi comme des vases communicants : moins on était payés, plus on voulait de liberté créatrice : ça devenait des partenariats. Avec les clients qui ont plus de budget, on est là pour faire ce qu’ils veulent.

 

Comment vous êtes vous fait votre carnet d’adresse ?
T. Via les collaborations avec tous les magazines [pour lesquels on a travaillé], avec les gens qu’on rencontre lors de nos shootings. Ça s’est fait petit à petit, via le bouche-à-oreille. Tous les gens qu’on croise et que l’on recroise qui font partie de notre univers sont importants.

 

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Comment avez-vous fait pour garder votre « identité esthétique » ?
A. Notre avantage est d’avoir pu établir certaines choses dans les six premiers mois de notre retour en Belgique. Les clients viennent toujours chez nous après avoir vu ce qu’on avait fait. Ils accrochent donc à notre vision.
Tous les gens qu’on a contactés ne nous ont pas donné de retour. Par contre, je ne me l’explique pas, mais ce qui a fonctionné pour nous, c’est que les gens nous contactent d’eux-mêmes.

 

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Quel est votre fonctionnement de travail à deux ?
T. Généralement, on cherche les concepts ensemble, on en discute. Quand on s’est mis d’accord. Arnaud s’occupe de la photo : tout ce qui est installation, lumières, c’est lui qui le gère. Par contre il me demande mon avis sur la manière dont il a placé la lumière sur l’élément placé sur le set. On se complète. On discute constamment : lui est plus technique, et moi plus direction artistique. La plupart du temps, l’un fait le premier travail de brainstorming et l’autre va l’affiner. Et c’est l’un ou l’autre en fonction des missions, de qui a assisté à la réunion, etc. Par contre, quand c’est sur des éditos mode, je m’occupe du stylisme et si c’est une nature morte, je m’occupe généralement du setup. Arnaud bricole aussi… Donc parfois on fait quand même les choses ensemble.

 

Votre style est reconnaissable. Est-ce délibéré ?
A. Que se soit mode, natures morte, portraits ou pubs (les principaux secteurs où l’on officie), on essaie de travailler de la même manière. Finalement, nos portraits ne sont pas très différents de nos natures mortes, par exemple.
T. Il y a un style créatif que l’on retrouve tout au long de notre travail. Et puis, on aime travailler ces quatre différents axes. C’est des ambiances de shooting tout à fait différentes et, sur une semaine, ça fait un très chouette équilibre qui fait qu’une journée n’est pas l’autre.

 

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Comment faites-vous pour ne pas tourner en rond avec un style aussi marqué ?
A. Ce style n’est pas travaillé consciemment. On fait ce qu’on aime et qu’on a envie de faire, et c’est en regardant notre portfolio et avec le recul qu’on se rend compte que tout se tient.
T. 
On essaie de faire quelque chose de différent à chaque fois au niveau du rendu visuel, pour avoir un book varié, tout en gardant ce style qui nous est propre.

 

Parlons inspirations maintenant. Un artiste ou exposition vous a particulièrement marqués/touchés récemment ?
A. Wang NINGDE. C’est un artiste que nous avons découvert lors d’une expo à Amsterdam. J’aime beaucoup son travail parce que je n’ai jamais vu quelque chose de semblable avant. C’est une nouvelle application de la photographie qui remet la lumière en avant ainsi que la scénographie. Son travail consiste en des morceaux de plexiglas imprimés et placés à 90 degrés sur le mur, les uns à côté des autres. Ils fonctionnent comme des diapositives, créant/dévoilant ainsi des images sur le mur par la lumière qui passe à travers ces carrés.
T. Moi, je me souviens avoir découvert un jour, un court-métrage datant de 1946 (mais achevé 58 ans plus tard) qui m’avait marqué: “Destino”. C’est le fruit d’une collaboration “inattendue” entre Salvador Dali et Walt Disney. Un véritable tableau surréaliste animé. Ce magnifique court-métrage est d’ailleurs un trésor bien caché… Il n’est jamais sorti en salle, n’a été que très rarement projeté et n’a fait l’objet d’aucune sortie officielle. Ce que j’aime justement dans cette très belle réalisation, c’est le fait que ce n’est plus possible de voir naître des collaborations de ce genre de nos jours. C’est exceptionnel et unique.
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LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Cet été, Thi-Thi et Arnaud ont passé quelques jours à Grasses (France), pour photographier plusieurs portraits du nez de Dior et faire un portrait en duo avec celui de Louis Vuitton. La firme LVMH a récemment acquise une ancienne bâtisse (de 6000m² sur 4 étages) qui servait de laboratoire pour créer des parfums, où les deux nez travaillent aujourd’hui. Notre duo y a produit des photos qui serviront aux utilisations pour la presse et toute leur communication.

Crédits :

© Maurine Toussaint

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