Nicolas de Ribou nous dit quoi

Que signifie la vie des acteurs du secteur culturel ? Comment vivre de sa créativité, et comment font ceux qui ont réussi ? Pour comprendre les réalités de ces métiers, tous les mois, on pose le portrait d’un entrepreneur créatif à travers une discussion. Pour qu’il nous dise quoi. Ce mois-ci rencontre avec Nicolas de Ribou, directeur de foire d’art contemporain.

 

écrit par

27 avril 2016

À l’heure où le monde de l’art contemporain est en ébullition car vernissages et foires pullulent à Bruxelles cette semaine, POPPOSITIONS s’inscrit dans ce paysage sous l’appellation « foire alternative ». Mais qu’est-ce donc exactement ? La question est posée à son directeur, Nicolas de Ribou, travailleur nomade des temps modernes pour qui la notion de journée-type n’existe pas… et celle de bureau encore moins. Entre la visite du lieu de la prochaine édition et une réunion tardive, il nous a expliqué son travail et la position de la foire qu’il dirige.

Photos : Maurine Toussaint

 

Qu’est-ce que POPPOSITIONS ?
Nicolas. C’est une foire d’art contemporain alternative. Alternative dans le sens où elle remet en question le modèle traditionnel de la foire : on n’y propose pas d’espaces définis aux dimensions bien similaires les unes des autres (des stands, NDLR). Elle est aussi alternative car, au-delà d’inviter des galeries, on travaille principalement avec ce qu’on pourrait regrouper sous la dénomination « not for profit ». C’est-à-dire des structures gérées majoritairement par des personnes bénévoles qui défendent de jeunes artistes et des pratiques expérimentales, afin de soulever des réflexions. Donc l’idée est de faire de POPPOSITIONS une foire avec un angle et une approche critiques, de manière à réfléchir sur, premièrement, qu’est-ce qu’une foire d’art contemporain ? Et deuxièmement, comment en remettre en question le modèle économique ? L’autre point très important est le fait de se rassembler, de se retrouver. Ce n’est pas juste une foire où l’on montre des choses, mais aussi un lieu où d’échange, où l’on se rencontre. La mise en place d’un forum aide à cela : il permet de donner la parole à l’intégralité des participants, que ce soit les artistes représentés, les directeurs de structures ou les personnes faisant vivre ces structures. C’est fait en relation avec des médiateurs, et animé par des invités extérieurs issus de différents champs de recherche, mais aussi et surtout avec la participation active du public.

 

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Comment est née cette idée d’imaginer une foire qui se poserait la question de la possibilité d’un financement alternatif ?
N. Cela a été initié l’année dernière par les commissaires anonymes et notre manifesto était écrit à la base pour cette édition-là. (De l’italien manifesto, un manifeste est une déclaration écrite et publique par laquelle un gouvernement, une personne, un parti ou un courant artistique expose un programme d’action ou une position, NDLR). J’ai fait le choix de le garder pour en faire une problématique permanente, car elle me paraissait pertinente.

 

Qu’est-ce que le manifesto de POPPOSITIONS ?
N.
Il constitue les fondements de notre action et est construit en plusieurs points : faire de la foire un laboratoire artistique, inventer une nouvelle économie, se rassembler et partager. On y appose chaque année un questionnement plus spécifique. Pour cette édition, il est repris sous le titre THE WRONG SIDE.

 

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« Ce qui est très intéressant cette année est d’être à Molenbeek, cette commune qui se trouve aussi dans l’imaginaire collectif, potentiellement du mauvais côté de quelque chose »

 

Comment sont sélectionnés les projets participants ?
N.
À l’issue d’un appel à projets – qui remet en exergue le manifesto en développant la problématique de l’année -, il est demandé aux galeries et « not for profit » partageant nos valeurs d’envoyer une proposition réfléchie, construite, que l’on pourrait définir de curatoriale. Les dossiers sont alors soumis à un comité de sélection composé de professionnels de l’art contemporain. On accorde ici de l’importance à la diversité de parcours et d’origine des personnes qui le composent. Pour cette édition de POPPOSITIONS, par exemple, en plus des Belges Caroline Dumalin (du WIELS) et Tanguy Eeckhout (du Musée Dhont Dhaenens), il y a l’Espagnole Jordi Antas et la Française Marianne Derrien, toutes deux curatrices et critiques d’art.

 

Parlons du thème cette année : THE WRONG SIDE…
N.
L’idée de ce titre nous est venue pour deux raisons. Premièrement : on se demandait comment pouvoir potentiellement nous définir. Où nous situions-nous ? Où est-ce que les gens nous situaient ? Potentiellement du mauvais côté du marché, car on ne suit pas la logique actuelle et qu’on essaye de se poser pour réfléchir à une alternative. La question du mauvais côté est également importante à nos yeux de par la situation socio-géopolitique actuelle. Si on élargit, c’est une question que tout le monde se pose, et ce, de tout temps. Surtout lorsqu’on parle de territoire. Ces frontières qui existent sur les cartes, qui existent au niveau politique, et aussi dans l’imaginaire des gens. Chacun se met ses propres frontières. Et ce qui est très intéressant cette année, c’est d’être à Molenbeek, cette commune qui se trouve aussi dans l’imaginaire collectif, potentiellement du mauvais côté de quelque chose. Après, la question est : le mauvais côté de quoi ? Ensuite, au-delà de se poser la question du bon ou mauvais côté, je pense que ça aborde surtout une question essentielle : comment faire pour vivre ensemble malgré nos différences ? Comment se retrouver ? Comment discuter ? Comment parler ? Comment échanger ? Comment partager ? Sur quelle base ? Sur quel sujet ? Comment arrive-t-on à comprendre l’autre ? C’est la question que tout le monde devrait se poser au quotidien je pense. Et c’est la question cachée derrière ce titre dur et un peu provocateur.

 

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« Pour que la rencontre soit intéressante, qu’il y ait une certaine forme de porosité et de complémentarité, il faut faire venir des personnes (des structures, des projets) d’ailleurs »

 

En quoi consiste le travail d’un Directeur de foire d’art contemporain ?
N.
POPPOSITIONS est organisé par une équipe entièrement bénévole, de moi au stagiaire qui accueillera le public durant la foire. Les gens peuvent s’y investir à différents degrés en fonction de leurs compétences et du temps qu’ils peuvent y consacrer. Mon rôle est d’assurer la coordination de l’équipe, de mettre en place la politique à mener, de faire en sorte que tout aille bien, et surtout de faire connaitre POPPOSITIONS. J’ai donc aussi un peu la fonction de représentant, auprès du public, des professionnels de l’art – que je me dois de faire venir pour qu’ils (nous) découvrent -, des collectionneurs et des financeurs. Chaque année, je vais à la rencontre d’ambassades ou d’institutions culturelles des différents pays représentés, car même si elles n’apportent pas forcément un financement, elles peuvent devenir des soutiens logistiques à un moment donné. J’essaye aussi de voyager un maximum pour aller à la rencontre de projets, pour présenter POPPOSITIONS et voir de quelle manière on pourrait travailler (ensemble) et comment leur inscription dans POPPOSITIONS pourrait amener à une ouverture supplémentaire.

 

Quel est ton parcours professionnel ? Comment en es-tu arrivé à jouer ce rôle pour cette foire ?
N.
J’ai fait des études de gestion de projets culturels, où l’accent était mis sur l’organisation d’expositions d’art contemporain, pour devenir ce qu’on appelle aujourd’hui un curateur, ou commissaire d’exposition. Je me considère personnellement comme un « organisateur d’exposition ». J’ai donc toujours mis en place des expositions pour des artistes émergents. En 2014, j’ai soumis un projet à POPPOSITIONS en répondant à l’appel à projets. J’ai été sélectionné et j’ai été participant 2 années. J’ai ensuite souhaité m’investir d’une autre manière en proposant mon aide à Liv Vaisberg, la cofondatrice et ancienne directrice du projet. Il s’est avéré qu’elle ne pouvait plus rester à POPPOSITIONS car elle travaille désormais pour Independant Brussels. Liv m’a alors proposé de m’investir, non pas à ses côtés, mais à sa place.

 

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En tant que nouveau directeur de POPPOSITIONS, quels sont tes projets, tes attentes quant à son évolution ?
N.
C’est la cinquième édition et ma première en tant que directeur. J’aimerais poursuivre les actions qui ont été mises en place les 4 années précédentes par Liv et les autres cofondateurs du projet (Edouard Meier, Pieter Vermeulen et Bart Verschueren). Car même s’ils ont quitté le navire, c’est eux qui ont écrit les bases. Aujourd’hui pour moi, l’important est de continuer à faire exister POPPOSITIONS tout en affûtant certaines choses : réduire le nombre de participants pour une sélection plus affinée, et aller plus loin dans la réflexion d’un nouveau modèle économique pour les foires. J’aimerais faire appel à des personnes compétentes pour réfléchir à ce modèle, et le théoriser d’une certaine manière, afin de pouvoir ensuite le mettre en pratique pour savoir où on va, et avoir un discours pointu sur ce positionnement. Au-delà de ça, je souhaiterais aussi qu’on s’ouvre vers l’extérieur. Car pour que la rencontre soit intéressante, qu’il y ait une certaine forme de porosité et de complémentarité, il faut faire venir des personnes (des structures, des projets) d’ailleurs.

 

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Etant donné que le projet est coordonné par une équipe entièrement bénévole, comment faites-vous financièrement pour le mener à bien ?
N.  Nous demandons une participation financière aux structures participantes qui se limite à 500 €. Cela nous permet, en tant qu’organisation, de pouvoir mettre en place l’événement avec le strict minimum. Par la suite, elles nous versent 10% de leurs ventes faites durant la foire. On propose également un accompagnement des projets sélectionnés, tant pour l’organisation que la recherche de financements. D’où le travail important à mener auprès des différentes ambassades, les partenaires publics et privés. C’est essentiel pour la réussite de POPPOSITIONS. Les structures qui n’ont pas beaucoup de moyens peuvent, de par cette aide fournie, venir dans des conditions correctes à Bruxelles pour montrer ce qu’elles défendent, et de quelle manière elles travaillent.

 

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L’avenir des foires d’art contemporain est-il dans les foires alternatives ? Vont-elles prendre plus d’ampleur ?
N.
Que les foires aient une importance, j’en suis convaincu. Mais que les foires alternatives arrivent à exister sur la durée ? Je suis dubitatif. Je pense que le succès est à double tranchant. Un des challenges de POPPOSITIONS sera d’ailleurs de réussir à percer tout en restant alternatif. Et puis tout n’est pas possible partout. Bruxelles est une ville où les choses se mélangent beaucoup plus qu’ailleurs. On peut se le permettre ici, et ça tend à fonctionner, alors que ça ne fonctionnerait pas forcément ailleurs.

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

L’édition 2016 de POPPSOTIONS de déroulera à LaVallée (Rue Adolphe Lavallée 39, 1080 Bruxelles) du jeudi 21 avril au dimanche 24 avril.

Crédits :

© Maurine Toussaint

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