Klein Agency nous dit quoi

Que signifie la vie des acteurs du secteur culturel ? Comment vivre de sa créativité, et comment font ceux qui ont réussi ? Pour comprendre les réalités de ces métiers, tous les mois, on pose le portrait d’entrepreneurs créatifs à travers une discussion. Pour qu’il nous dise quoi. Ce mois-ci, le rendez-vous est pris avec la Klein Agency. 

 

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26 mai 2016

Un néon blanc reprenant le logo « Klein » sur fond de motifs multicolores nous indique l’entrée, débouchant sur un spacieux rez-de-chaussée au milieu duquel trône une magnifique longue table en bois massif. C’est dans ce cadre idéal que Maša Lončarič Keinhample et Jon Keinhample ont aménagé le bureau/atelier/showroom/table d’hôtes de leur agence Klein Agency. Ce couple multiculturel qui a la bougeotte a choisi Anvers pour lancer son activité. Rencontre au-delà des frontières linguistiques avec un duo aux idées prolifiques qui a l’entreprenariat dans le sang.

 

 

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« Avec Klein Agency, nous essayons de nous concentrer sur de la pure matérialité, d’explorer les formes, d’explorer des matières premières brutes »

 

Comment décririez-vous votre métier ?
Maša Lončarič Keinhample. Nous travaillons ensemble et formons une design and creative agency dans laquelle nous sommes tous les deux impliqués à tous les niveaux. Nous l’avons mise en place sous cette forme pour avoir la flexibilité d’y faire différentes choses. L’agence est subdivisée en trois catégories : le studio de design mobilier où nous avons notre propre ligne d’ameublement ; un pôle interior design où nous travaillons comme architectes et architectes d’intérieur sur des projets où il nous est demandé de repenser des espaces ; et la troisième partie est (ou plutôt était, depuis la venue de notre bébé) consacrée à la cuisine, et nous organisions des dîners privés. Nous pensons à la relancer cet été.

 

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« Avoir la possibilité de vivre et de travailler dans le même espace, c’est un véritable atout »

 

Vous venez respectivement de Slovénie et de Californie, vous avez vécu à Berlin, puis Bruxelles et maintenant Anvers. Quelle est l’histoire de ce « voyage professionnel » ?
M. Ça s’est fait vraiment par hasard. Nous vivions à Berlin quand Jon s’est senti prêt à passer de l’architecture au design produit, et nous étions aussi plus ou moins prêts à partir. Nous y avions vécu trois ans, et nous voulions du neuf. Nous avions prévu de retourner aux USA quand j’ai trouvé un travail à Bruxelles. On s’est dit : « Allons-y pour un an ! » … et nous y sommes restés deux années et demi. À cette époque, je travaillais comme conseillère politique dans les institutions européennes, c’était vraiment autre chose. Jon, lui, commençait lumberjack (aka LMBRJK), son projet de studio de <i>design</i>. Cela commençait à sérieusement marcher, on avait de plus en plus de commandes. J’y étais de plus en plus impliquée, et on s’est alors sentis prêts à travailler ensemble. Par chance, nous avons ensuite trouvé une maison à Anvers et décidé de déménager. Nous avions toujours voulu avoir un studio en rez-de-chaussée qui soit accessible aux gens pour qu’ils puissent s’y promener, et que ça crée ainsi une interaction avec nos clients. Cela rendait accessible notre rêve d’accueillir des événements culinaires dans notre espace de travail. C’était parfait !
Jon Kleinhample. Avoir la possibilité de vivre et de travailler dans le même espace, c’est un véritable atout.
M. En emménageant à Anvers, nous avions conscience que si nous commencions quelque chose ensemble, nous devrions lui donner un nouveau nom, une nouvelle identité. Il était essentiel que l’on ne confonde pas ce nouveau projet avec LMBRJK. On a donc décidé d’arrêter la ligne de production. Avec Klein Agency, nous essayons de nous concentrer sur de la pure matérialité, d’explorer les formes, d’explorer des matières premières brutes. Nous voulions avoir notre propre ligne de mobilier depuis toujours, pour pouvoir montrer nos sensibilités (créatives) respectives.

 

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Qu’est-ce c’est que de vivre et travailler dans cette ville ? Qu’a-t-elle apporté à votre activité ?
M. Nous avions conscience que ce n’était pas une destination rêvée. Mais le lieu avait assez d’intérêt que pour nous conduire ici. Les gens s’intéressent beaucoup aux choses ici, il y a aussi un tas de jeunes studios qui s’implantent dans le quartier, notre réseau s’élargit de jour en jour ; et en un sens, Anvers a vraiment été un tremplin pour nous.
J. C’est une bonne chose de travailler quelque part où il n’y a pas toutes les distractions des grandes villes. Et d’un autre côté, toutes les grandes villes européennes nous sont accessibles. C’est vraiment possible de construire quelque chose en dehors de la ville. Je trouve aussi qu’il est très intéressant d’être ici maintenant, car on vit une sorte de renaissance du design et de l’architecture dans cette région. C’est vraiment un endroit cool pour vivre, et où nous avons une grande couverture (médiatique) au niveau international pour le moment.
M. Un autre point intéressant pour nous est l’intérêt que les gens portent à ce que nous faisons et à qui nous sommes. Pour ce qui est de notre réseau, Bruxelles a été une ville super, mais plus généralement, l’interaction avec les gens est meilleure ici. Les personnes sont plus ouvertes. Par exemple pendant nos Private Dinner Clubs, tout le monde voulait en savoir plus sur nous.

 

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Maša avait prévu de suivre des cours de cuisine il y a quelques années, non ? Est-ce ainsi qu’est né le projet The Private Dinner Club ?
M. Je savais que mon travail dans le milieu de la politique touchait à sa fin, et je pensais alors que la prochaine étape serait d’aller à Paris pour suivre des cours de cuisine. Ça ne s’est jamais fait. C’était au moment où l’on a trouvé cet endroit, et qu’on a déménagé. Puis, nous avons fait un long voyage en Californie avec à l’esprit la conception de notre (futur) menu. Là-bas, nous avons essayé toutes les restaurations ambulantes possibles, pour explorer toutes sortes de saveurs afin d’être capables de les reproduire d’une certaine manière. À notre retour, nous avons commencé par faire des brunchs. La configuration de l’espace avait été pensée pour que l’atelier puisse être séparé par des volets en bois. Ça ressemblait vraiment à un restaurant. On travaillait différemment qu’aujourd’hui parce que tout y était clairement partitionné, et nos vies aussi. Nous voulions avoir plus d’interaction, travailler ensemble et faire comprendre aux gens ce qui nous étions. On a du coup tout arrêté (Rires). Six mois plus tard, nous nettoyions l’espace et y installions une grande table sur laquelle nous pouvions autant  travailler qu’y inviter des gens à manger si nous désirions transformer l’espace en salle à manger. C’est primordial pour nous de pouvoir d’être suffisamment souples pour pouvoir changer : modifier l’espace, basculer d’une idée à une autre.

 

« Il est important quand on définit un projet, de s’y tenir »

 

Vos projets sont assez hétéroclites. Comment faites-vous pour que votre entreprise fonctionne avec les différents paramètres que cela implique ?
M. Au début de Klein Agency, nous n’avions pas investi dans une agence de relations publiques ou de marketing. On a visualisé ce qu’on voulait, et on l’a mis en place. Nos priorités étaient claires : faire un projet complet d’aménagement d’intérieur afin de montrer notre travail, créer une collection de mobilier, étendre notre réseau et s’essayer à un projet culinaire. On a commencé petit, en partant du constat qu’on adorait inviter nos amis à dîner, et qu’il ne suffirait qu’à transposer cela avec des étrangers. On s’est ensuite concentrés sur l’exploration de la cuisine californienne, en important du vin de là-bas et en créant un menu sept services. Cela a donné naissance à une sorte d’événement, avec 11 étrangers mangeant ensemble durant quatre heures : The Private Dinner Club. Tout le monde y prenait du plaisir… Nous inclus. Je pense que c’est le moment où les gens ont commencé à parler (de nous) autour d’eux. Nous avons aussi eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment, car beaucoup d’entre elles avaient un bon réseau. Ils postaient sur Facebook, sur Instagram… et ça a généré beaucoup d’intérêt en peu de temps. C’est grâce à ces personnes aussi qu’on a commencé à comprendre que nous n’étions pas un restaurant mais un studio de design. Une fois qu’on a été certains que les Private Dinner Club étaient assez connus du public, on a voulu mettre en avant notre pôle design mobilier. Sur la présentation de notre ligne d’ameublement, il était important pour nous d’être plus structurés : nous voulions une publicité bien faite, une présence dans les médias. Comme je pense qu’il y a peu de couples étrangers faisant la même chose que nous, nous étions un sujet intéressant pour beaucoup de journalistes.
J. Ce que nous avons créé avec The Private Dinner Club était cohérent (…) Comme nous souhaitions nous présenter au public local, les inviter à manger chez nous en leur expliquant ce que nous faisions était une manière de le faire. Il y a eu un vrai engouement général. C’est intéressant car ce qui ressort de tout cela,  c’est que lorsque nous avions décidé de faire de la cuisine, nous l’avons fait jusqu’au bout ; lorsque nous avons décidé de faire le mobilier, nous l’avons fait jusqu’au bout. Il est important quand on définit un projet, de s’y tenir. Bien que ce soit difficile, comme nous faisons beaucoup de choses en même temps.
M. C’est d’autant plus difficile qu’on apprend en faisant. Du temps où nous faisions la cuisine à plein temps, nous enchaînions 3 soirées à la suite. C’était compliqué à gérer car nous n’étions que 2 pour les préparations. On finissait le samedi soir, et il fallait immédiatement nous remettre à travailler sur les projets d’intérieur laissés en suspens. Passer d’une chose à une autre rapidement nous a aidés à améliorer notre capacité à être multitâches.

 

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« L’équilibre entre dépassement de soi et prudence a été une bonne combinaison pour nous »

 

Vous êtes un couple ( et même une famille maintenant !) et vous avez des compétences différentes que vous rassemblez pour former un tout cohérent. Comment parvenez-vous à travailler ensemble ?
M. Cela a aussi été un processus long et enrichissant. Nous apprenons (continuellement) à travailler ensemble. Cela prend du temps.
J. Malgré le fait que nous avions une idée très claire de notre projet, nous n’avons pas pu éviter les conflits que génèrent les inconnues qui peuvent survenir durant son élaboration. C’est inhérent à tout type d’entreprise, quel que soit le domaine. Mais une fois celles-ci réglées, on peut mettre ça derrière nous et avancer.
M. Nous sommes complémentaires, et sur ce point nous sommes très chanceux dans notre travail. Nous avons trouvé une sorte de « fonctionnement de travail ». Nous nous impliquons tous les deux dans tous nos projets. Y compris pour la cuisine : même si j’étais derrière (le projet), nous concevions toujours le menu ensemble. C’est pareil pour le mobilier : Jon prend plus de responsabilités en ce qui concerne les projets d’intérieur et la conception d’espace, mais au final nous travaillions conjointement.

 

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Quels conseils serait-il important de donner à toute personne désirant se lancer dans le même genre de projet professionnel que le vôtre ?
M. Pour le genre d’activité que nous faisons, il faut être capable de connaître sa sensibilité dès le départ. Je veux dire par là, de ne pas se laisser convaincre par les tendances qui nous poussent à faire des choses d’une certaine manière. Ça fait perdre beaucoup de temps. Et en regardant en arrière, je dirais-même : « Croyez en vous un peu plus, et continuez à faire ce que vous faites. »
J. Pour aller dans ce sens, je dirais : « N’ayez pas peur. » Il y a certaines choses que vous aimerez naturellement que peut-être d’autres pas, parce qu’elles ne seront pas à la mode à moment-là. Vous pourriez alors devenir un pionnier et cela peut être effrayant. L’équilibre entre dépassement de soi et prudence a été une bonne combinaison pour nous.

 

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Comment imaginez-vous le futur de Klein Agency ?
J. Nous ne serons pas tout notre vie en Belgique, ou même en Europe. Nous nous imprégnons de la culture d’ici (nourriture, vin, expériences…). Nous n’avons pas d’attente particulière quant à ce que nous devrions devenir, et je trouve que c’est en fait un luxe. Construire Klein Agency ici est cool… Pour l’instant (Rires) !

 

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LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

La première collection de mobiliers de ce couple créatif a été lancée sous le nom « Klein Home Collection 01 ». Elle propose une série d’ameublement aux lignes épurées alliant le travail du métal avec le bois massif ou le cuir pour un résultat minimaliste.

Crédits :

© Maurine Toussaint

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