Hell’O Monsters nous dit quoi

Que signifie la vie des acteurs du secteur culturel ? Comment vivre de sa créativité, et comment font ceux qui ont réussi ? Pour comprendre les réalités de ces métiers, tous les mois, on dresse le portrait d’un entrepreneur créatif à travers une discussion. Pour qu’il nous dise quoi.
Ce premier Dis-Moi Quoi est avec les Hell’O Monsters.

écrit par

26 janvier 2016

C’est souriants et décontractés qu’Antoine Detaille et Jérôme Meynen nous accueillent dans leur lumineux atelier bruxellois. Depuis plus d’une dizaine d’années, Hell’O Monsters illustre dans nos esprits de petits monstres mis en scène dans des univers tantôt allégoriques, tantôt morbides. Derrière ce nom intrigant et faussement naïf se cachent deux artistes. Comment naissent leurs œuvres collectives ? Quel est la clé de leur succès ? La tentation d’assouvir notre curiosité était trop forte, et le duo s’est plié avec plaisir à l’exercice de l’interview. Immersion dans leur univers créatif, et découverte des origines de ce qui caractérise la singularité de leur travail.

 

abm-hellomonsters-1

 

Comment est né Hell’O Monsters ? Quelle est son histoire ?
Jérôme. J’ai fait de l’infographie, et Antoine a fait des études supérieures en arts plastiques. Mais en ce qui concerne Hell’O Monsters, ce n’est pas la formation scolaire qui a fait qu’on en soit arrivés où l’on en est. On s’est d’abord rencontrés parce qu’on faisait des graffitis. Par affinité de styles, on a commencé à travailler ensemble. On a ensuite essayé de structurer quelque chose à partir de nos [peintures] murales et on a voulu travailler sur d’autres supports, trouver quelque chose davantage destiné à des galeries, ou du moins, un travail un peu plus approfondi. On a décidé de créer Hell’O Monsters à partir de ce moment-là.
Antoine. À la base, on ne s’était pas dit qu’on allait commencer une carrière, on s’entendait juste super bien ! À l’époque, on a commencé à trois, puis à quatre, puis de nouveau à trois, et maintenant à deux. On était tous basés sur Mons, donc on s’y retrouvait souvent ensemble à se passer des feuilles pour dessiner. Et on a que des choses concrètes apparaissaient, du coup on a balancé [notre travail] sur la toile assez vite.
J. Fondamentalement, quand on travaillait à quatre, le point intéressant était qu’on arrivait vraiment à se mélanger pour créer une seule identité.

 

Cette symbiose picturale a-t-elle été innée, ou avez-vous dû chercher une esthétique commune ?
J. Je pense que quand tu fais quelque chose seul, la finalité c’est que tu connaisses tous les paramètres. Moi, j’aime beaucoup les dessins qu’on fait ensemble car je sais que je ne maîtrise pas tout. Et puis, jamais on ne va se diriger l’un l’autre, au contraire on se répond. C’est plus un dialogue qu’une composition fermée. (…) Ce n’est pas un objet qui t’appartient donc c’est assez cool.
A. Il y a vraiment une notion de partage, d’équilibre en commun. On s’additionne. S’il invente un motif que j’aime, je le reprends. On n’a pas trop d’égo à ce niveau-là.
J. De fait, à un moment on s’est rendus compte que le fil rouge de tout ce qu’on faisait était de se créer une identité. Au début, on pouvait dire qui avait fait quoi, mais maintenant, ça fait déjà quelques années qu’on a exactement le même style. Ce qui est intéressant par contre, c’est que notre style soit commun, mais qu’au niveau du dialogue des idées, on n’a pas toujours les mêmes affinités ni même les mêmes points de vue.

 

abm-hellomonsters-2

abm-hellomonsters-3

« Quand on travaillait à quatre, on arrivait vraiment à se mélanger pour créer une seule identité »

 

 

Partez-vous un thème précis avant d’entamer une œuvre ?
J. Dans mon cas personnel, parfois ça part d’une forme ou d’une couleur. J’ai beaucoup de mal à me mettre devant une feuille blanche et me dire que je vais faire quelque chose. Antoine est très fort pour ça, et ça m’impressionne. C’est peut-être ça aussi qui fait qu’on est complémentaires.

 

Comment définissez-vous votre métier ?
A. Plasticiens.

 

Sous quel statut travaillez-vous ?
J. On travaille avec la SMart. On n’est pas de réels indépendants. C’est un autre statut, une sécurité. (La SMart est une organisation qui apporte des réponses, propose des conseils, des formations et des outils administratifs, juridiques, fiscaux et financiers pour simplifier et légaliser l’activité professionnelle des acteurs du secteur créatif, NDLR).
A. On trouve que la SMart c’est super bien quand on a compris comment ça marche (avec les droits d’auteur, etc.), parce que c’est un peu complexe.
J. Nous on a la chance d’avoir une bonne conseillère !

 

abm-hellomonsters-4

abm-hellomonsters-5

« Il faut se poser les bonnes questions et poser les bonnes questions aussi aux gens qui te proposent des projets »

 

 

Votre succès professionnel vous permet de vivre de votre travail. Comment en êtes-vous arrivés là, selon vous ?
A. On pense qu’il y a un part de chance. Vraiment. De talent aussi, évidement. Mais, sans se jeter des fleurs : il faut avoir un truc qui marche.
J. 
À la base, c’est vrai qu’on a eu des projets assez conséquents et l’opportunité d’être soutenus par des gens bien. Ce qui nous a permis de faire une expo au BOZAR.

 

Le lancement de votre carrière est donc le résultat d’une rencontre, puis une opportunité ?
J. Oui, ces personnes ont cru très tôt à ce que l’on faisait. Il y a donc eu cette exposition, et de fil en aiguille une galerie rue du Mail nous a proposé de travailler avec elle. Je crois qu’avoir été exposés dans de beaux espaces, d’avoir eu du coup de belles photos d’un travail qui convenait, ça a attiré. Honnêtement, je pense qu’on n’a jamais eu à démarcher.
A. La com’ c’est super important aussi. Il faut vivre avec son temps et être sur les réseaux sociaux à fond. Par exemple, ces derniers mois, on est en pleine restructuration au niveau de l’image, on refait notre site, et on constate que l’on a moins de projets qui viennent à nous parce que le site n’est pas là. On a Instagram et Facebook, mais il n’y a rien à faire c’est moins sérieux. (…) C’est vrai qu’on le sent. D’habitude, on a plein de mails tout le temps, et on a vraiment l’opportunité de choisir.

 

abm-hellomonsters-6

« Le cas classique c’est lorsqu’on te dit : ‘On n’a pas beaucoup d’argent, mais pour toi, c’est une très bonne visibilité.»

 

Comment se gère ce travail d’image lorsque vous faites des projets plus commerciaux ?
A. Il faut se poser les bonnes questions et poser les bonnes questions aussi aux gens qui te proposent des projets.
J. Il faut davantage voir ça comme une collaboration. (…) Si quelqu’un nous dit : « J’aimerais collaborer avec Hell’O Monsters, vous avez carte blanche », là, souvent il y a de belles choses qui sortent. Car finalement, on ne prête pas notre identité à une marque : on collabore. Puis souvent, on choisit [nos collaborations], on n’accepte pas tout non plus. Il y a des projets qui ne nous rapportent pas beaucoup d’argent, mais si on y trouve notre intérêt, il n’y a aucun problème.
A. Par exemple, on va bosser avec IKEA. Au début on leur a dit non, et ils sont revenus vers nous en nous disant : « Ecoutez, on va bien vous expliquer le truc : c’est pour faire un poster imprimé à la main, une vraie sérigraphie, une édition limitée à un an sur un papier hyper artisanal. » Et à côté de ça, on va faire une collection de chaussettes qui va nous rapporter presque que dalle. Mais on va faire toute une collection !
J. Ça va être avec une marque belge qui commence et qui fait de chouettes choses : JOLLYSOX.
A. Donc on essaie de pondérer tout ça. Et à côté de ça, on a la chance d’avoir beaucoup d’appels d’offres au niveau de la vente d’œuvres originales.
J. C’est notre activité principale, on met vraiment en avant le travail d’atelier dans le but de faire des modèles uniques.

 

Comment fait-on pour savoir ce qu’on vaut sur le marché de l’art ?
J. Beaucoup de gens se dévalorisent. Le cas classique c’est lorsqu’on te dit : « On n’a pas beaucoup d’argent, mais pour toi, c’est une très bonne visibilité. » Depuis un certain temps, on s’est dit que, comme on avait pas mal de projets et qu’on pouvait se permettre d’en refuser, qu’on allait proposer nos prix, et que si ça ne passait pas, ça ne se ferait juste pas, c’est tout. Bizarrement, ça a fonctionné assez bien. Car finalement, on ne ressentait pas que, parce qu’on était des artistes, il nous fallait absolument nous brader. C’est ton travail, il faut le valoriser.
A. Il y a des gens qui sous-entendent que peindre, faire des [peintures] murales, ça n’a pas de valeur, c’est un hobby.
J. Et qui sous-entendent aussi qu’ils te font plaisir, qu’ils te permettent de faire un projet, de te donner une visibilité. Mais ce n’est pas vrai du tout : ceux qui en profiteront en premier seront les personnes qui profitent de toi. Surtout dans les projets commerciaux, car quelqu’un met de l’argent pour les produire. Mais, à l’artiste on lui aura dit : « il n’y a pas beaucoup d’argent », alors qu’au final, ça en aura généré. Et lui, il se sera fait avoir.

 

abm-hellomonsters-7

 

La prise de conscience de la valeur de son travail face à ceux qui proposent des projets est, effectivement, essentielle pour les artistes car ils ne sont pas formés pour cela, mais pour créer.
J. Et si la phase de création est longue, que tu ne sors pas de ton atelier, tu auras beau faire des choses pendant ce temps-là, il n’y a rien qui se fera [comme projet]. (…) Mais il y a quand même une chose importante : nous sommes des enfants d’Internet. C’est pour ça qu’avec toutes les plateformes qui sont à ta disposition, dès le début, je pense que le rôle de la promotion peut vraiment être pris par l’artiste. Avant, le galeriste devait te montrer à des collectionneurs, etc. Maintenant, tu as une fenêtre tellement ouverte avec Internet, que je pense que tout le monde peut vraiment avoir une visibilité très forte. Même d’un village, du fin fond du monde, tu pourrais voir arriver des projets sans sortir de chez toi.

 

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Les Hell’O Monsters préparent plusieurs expositions : une à Liège dans à la Galerie Centrale avec Mon Colonel and Spit, et en mars une exposition collective à l’Alice Gallery et au Centre de la gravure à La Louvière.

Crédits :

© Maurine Toussaint

Les bons copains

ALPHABETA MAGAZINE

Chasse les tendances créatives et débusque les talents émergents.

On s'appelle?

Pour nous faire un petit coucou : coucou@alphabetamagazine.com

Le CLUB

De plus amples informations arrivent très bientôt, restez dans les environs !