David Lynch – The Art Life : Voyage dans la tête d’un maître de l’angoisse

Lynch. Un patronyme qui est devenu synonyme d’un style à part entière, jusqu’à valoir à son propriétaire la nomination de réalisateur marquant du 20e siècle. Mais si tout le monde se réfère à ses grands moments de cinéma (Elephant Man, Blue Velvet, Twin Peaks, Mulholland Drive), peu connaissent la genèse de David Keith Lynch. Car avant de laisser son empreinte sur le 7ème art, Lynch posait les mains sur ses toiles. The Art Life, en salles ce mercredi, retrace, sur la voix de Lynch himself, le parcours d’un artiste complexe et accompli, depuis ses premiers pas à Missoula, Montana jusqu’aux étoiles de Beverly Hills.

écrit par

14 mai 2017

Lynch, tête rêveuse

Lorsqu’il commence à tâter de la caméra à l’abri du prestigieux American Film Institute, David Lynch n’a pas encore 30 ans. Mais depuis plusieurs années déjà, il transforme la matière pour raconter des histoires, et libérer par la même occasion les créatures qui habitent dans sa tête. Sombres, intrigantes, mélancoliques, mystérieuses et inquiétantes aussi, les œuvres qu’il crée en tant que plasticien sont une bonne introduction à son œuvre filmique. Archétype même de l’artiste torturé, Lynch vécut pourtant une enfance heureuse, entouré d’une famille bienveillante. Et même si son périmètre de jeu se résume à un jardin et deux pâtés de maisons, il jouit alors d’une grande liberté. De toute façon, lorsque son quotidien ne satisfait pas ses envies d’évasion, le petit Lynch rêve. Ses visions nocturnes se retrouvent partout dans ses œuvres, plastiques et filmiques. Difficile alors de ne pas remarquer que rêve et cauchemar sont au cœur de ses intrigues. Tout au long de cette heure et demi de documentaire, entre images du passé et moments présents choisis, la voix de Lynch nous berce et nous plonge dans le monde fantasque qu’on lui connaît si bien. Même en partageant ses propres souvenirs, Lynch arrive à susciter le mystère. Parmi eux, il retient son temps à Philadelphie, là où la réalité sociale qui l’entoure le rattrape. Aux côtés des parias et des désœuvrés, David Lynch puise son inspiration à la source. Une réalité kafkaïenne (point de hasard si Lynch a voulu adapter La Métamorphose) qui transparaît dès son premier court-métrage The Alphabet (1968) et long-métrage Eraserhead (1977) jusqu’à devenir sa signature officielle.

 

 

Lynch, tête pensante

Ce qui fascine chez David Lynch, et que la mise en scène de The Art Life transmet avec succès, c’est son talent pour transporter très loin son spectateur parfois jusqu’à le perdre mais tout en gardant le cap de sa pensée. L’univers de Lynch est riche mais tout y trouve une place bien précise. Alors que ses œuvres suggèrent une cacophonie d’idées, celles-ci sont pensées avec grand soin. Le documentaire nous présente d’ailleurs un David Lynch droit dans ses bottes et dont les plaisirs les plus élémentaires sont identiques depuis 50 ans : fumer des clopes, boire du café et peindre. Des activités qu’il pratique encore dans l’intimité de son atelier. Chez Lynch, tout fait sens et tout se relie à la perfection. C’est ainsi que le spectateur découvre les raisons des nombreux penchants du réalisateur : celui pour les autoroutes – avec en prime une anecdote croustillante sur la première fois que Lynch fume un joint – ou celui pour les femmes énigmatiques. On y retrouve aussi son insatiable besoin de déconstruction et sa volonté de montrer ce (et ceux) qui se cachent et que l’on ne veut pas voir. Lynch aime les reliefs, les aspérités et la noirceur tapie au creux des corps et des esprits. Petit, sa mère se refusait à lui acheter des coloriages par peur de tuer sa créativité. Plus tard, Lynch refuse les règles auxquelles il doit se conformer pour plaire à ses professeurs. Être libre de créer ses propres règles : voilà la devise à retenir de ce bel hommage sur celui pour qui art et vie se mêlent à l’infini.

 

 

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

The Art Life – David Lynch, documentaire de Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm, 1h30, États-Unis, 2017.

Sortie le 17 mai à Bruxelles (Cinéma Galeries), Liège (Churchill) et Namur (Cameo)

Crédits :

Cinéma Galeries

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