Over Tijd VS Listen ! Festival : La culture club du futur s’invente à la belge

Ce printemps a vu fleurir deux nouveaux festivals dans le plat paysage belge : l’Over Tijd d’Anvers et le LISTEN ! à Bruxelles. Ils sont nés en même temps, ils se ressemblent comme des frères, et n’ont pourtant rien à voir l’un avec l’autre. Alphabeta raconte les premiers pas de ces festivals siamois tournés, disent-ils, vers la musique électronique du futur.

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14 mai 2016

 

Deux festivals urbains, deux premières éditions, deux line-up pointus, deux volontés d’intégrer de l’art, des conférences et d’autres éléments satellites qui orbiteraient autour de la musique… ça crève les yeux, l’Over Tijd et le LISTEN ! se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Mais le plus flagrant de leurs airs de famille est sans doute le mot « futur », présent au cœur de l’ADN des deux festivals. Mais de quel futur parle-t-on ? Un futur genre Coachella ou TommorrowLand avec du live streaming, de la réalité virtuelle, des drones, des hologrammes ou des bracelets de festival intelligents ? Ceux du concert de Taylor Swift changeaient de couleur en rythme avec la musique grâce à des transmetteurs infrarouges, c’est quand même le fun… Mais non, ce n’est pas à ce futur-là auquel les organisateurs des deux événements font allusion.

« Il y a assez de concerts ‘normaux’, l’idée était de proposer quelque chose avec plus de corps, plus de contenu, une autre approche », dit Filip de l’Over Tijd. « Un festival comme le Pukkel ou Dour, ça reste ‘classique’, il y a pas tant de choses proposées à côté, c’est un autre esprit. Nous ici on est dans une ville, donc il faut en profiter pour révéler la musique dans tous ses aspects artistiques, s’en servir et faire des choses dans toute la ville », déclare Dirk du LISTEN !.

On sent bien la filiation entre les deux discours, et l’ambition positive qui les nourrit. Ces deux mecs sont dans la musique depuis toujours, et cela se comprend bien ; une idée pareille ne se concrétise pas sans expérience, du premier coup. L’un a organisé les 10 Days Off pendant vingt ans, l’autre se charge de We Can Dance depuis les débuts. Ils ont eu l’audace de proposer des affiches exigeantes, d’intellectualiser l’idée qu’on se fait d’un festival, d’investir plusieurs lieux en parallèle avec toute la logistique que ça comporte… Mais tout n’a pas forcément été comme sur des roulettes. Des petits couacs communs dans la communication, un problème dans la façon de penser les transports dans Anvers pour l’Over Tijd, mais surtout, les attentats de Bruxelles pour le LISTEN !. La capitale fait grise mine et garder la tête hors de l’eau relève alors de la prouesse. « On a vendu beaucoup de tickets puis bam, après le 22 mars, plus rien », grimace Dirk. L’une des têtes d’affiche, le musicien expérimental de légende Manuel Göttsching, a d’ailleurs annulé son concert en dernière minute, « pour des raisons de sécurité ». Malgré ça, ça a été. « C’est clair qu’on a raté les gens des villes aux alentours. Personne à Paris ou Amsterdam n’aurait eu envie de venir. Pourtant on est à Bruxelles, au centre de l’Europe, et bizarrement rien de ce genre n’existe ici. Donc je pense qu’on peut aussi aider à faire ça : aider à ‘rebouger’ la ville ».

 

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« Music is enough »

Le samedi après-midi du LISTEN ! avait délimité son espace de jeu par quatre côtés de même mesure, au superbe Square du Mont des Arts. A côté de la foire aux disques qui donnait à l’endroit un petit côté rétro très inattendu, ça parlait de choses sérieuses au talk ! De la genèse de la techno de Détroit à la commercialisation de Berlin comme capitale mondiale du clubbing en passant par l’influence qu’a pu avoir la new beat belge sur la culture dance européenne… Le panel composé de solides noms de la musique électronique était intarissable. Ça tombe bien, nous buvions leurs paroles.

Détail cocasse ; tous, malgré les différences dans leurs CV et dans leurs visions, ont finalement semblé s’accorder sur le fait que seule la musique comptait réellement, alors qu’ils étaient en train d’exprimer ce point de vue grâce à une tribune périphérique à la musique, dont le public a pris connaissance via… les Internets. On dénote une petite contradiction, qui est l’emblème de ce que l’on pourrait appeler la « Querelle des Anciens et des Modernes » de la musique électronique. Le DJ DC Salas, un nouveau trait commun aux deux festivals puisqu’il a fait l’ouverture de l’un et la fermeture de l’autre, figure plutôt dans la « team Modernes »: « Je pense que tous les artistes ont deux objectifs. Le premier, c’est la fin en soi de faire ce que tu fais ; de la musique puis faire danser les gens. Le deuxième, c’est vivre et défendre ton art. Et pour ça, Internet est obligatoire. Ça ne sert à rien d’être rétrograde, il faut plutôt embrasser le changement ».

 

 

Des artistes rayonnants pour des évènements multifacettes

Un autre talk, à l’Over Tijd cette fois, a été donné par le génial producteur-bidouilleur-homme-orchestre Binkbeats. Pour lui, ça a bel et bien commencé comme ça, avec des reprises sur Internet. Nous avons eu droit à des explications à base de loops, kick, snare, bars, pitch, où il a décortiqué pour nous les morceaux qu’il « construit » véritablement. « La technique, les machines et Internet sont importants pour moi, mais ce que je veux surtout, c’est sentir le feeling de faire de la musique. Le plus important reste la substance de la musique ».

L’Over Tijd avait pris le parti de présenter pas mal de side-projects d’artistes, dont Outdoor Museum of Fractals / 555Hz de James Holden et Luke Abbott, un OVNI expérimental en hommage à Terry Riley, et Powerplant, un projet de Shackelton ancré dans les percussions. Le type vient de la grime et de la dubstep et cela se sent. Il a toutefois pris soin de prélever puis de jeter le gras et la noirceur excédentaires pour conserver l’aspect lourd, tribal et masculin du genre. Ce live était à la fois adroit et brutal, comme un gros félin sauvage. A propos d’adresse, Fort Romeau a déroulé le set parfait au Piaf, un véritable tapis rouge pour clubbers. Tiré à quatre épingles, précis, beau et soutenu comme de la haute couture, il était émouvant d’élégance. Ensuite, nous avons dansé puis vu le soleil et la lune se croiser à Ampere, un club ouvert l’an dernier dont la promesse est de produire de l’électricité grâce aux pas des danseurs.

Au LISTEN !, si le highlight de la soirée a sans doute été le live dense et généreux de l’incroyable Fatima Yamaha, on peut surtout dire que, ce samedi soir au Square, les planètes se sont alignées. Peu importe la salle, peu importe l’heure, la musique y était invariablement excellente. Du caviar en BPM pour les aficionados. La house vénéneuse de Harvey Sutherland, la cavale de tubes d’Antilope, la sélection lumineuse de DC Salas… Il y avait cette vibe indescriptible que les party people connaissent bien, qui ne se laisse pas toujours ressentir, mais qui fait d’une soirée un moment quasi cosmique. « A l’avenir, on essayera d’intégrer d’autres aspects : du multimédia, de l’art contemporain, toujours en gardant ce côté futuriste », annonce Filip. Et Dirk de conclure : « Mon rêve, pour les prochaines éditions, c’est qu’on puisse faire de concerts dans le KVS, à la Monnaie ou d’autres lieux magnifiques comme ça ». Des festivals tournés vers le futur, qu’on vous disait !

 

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