Coffeeklatch nous dit quoi

Que signifie la vie des acteurs du secteur culturel ? Comment vivre de sa créativité, et comment font ceux qui ont réussi ?
Pour comprendre les réalités de ces métiers, tous les mois, Dis-Moi Quoi pose ici le portrait d’un entrepreneur créatif au travers d’une discussion… Pour qu’il nous dise quoi.

Les couples semblent être un modèle de recette gagnante dans le milieu créatif. Ce mois-ci, on vous présente le duo Coffeeklatch qui confirme la règle.

écrit par

9 janvier 2017

Coffeeklatch c’est le duo multidisciplinaire qui a tout du modèle de réussite professionnelle. Jeunes, talentueux et créatifs, Magali Elali et Bart Kiggen sont à l’origine du blog belge maintenant bien connu. De cette aventure sur la blogosphère est né leur studio. Une entreprise qui travaille aujourd’hui pour des clients tels qu’IKEA, De Morgen ou le Mont Saint Michel. Plus polyvalent qu’un couteau suisse, ils proposent des services aussi variés que de la photographie, du copy writing, de la conception d’identité graphique, de la direction artistique… Et la liste est longue.
Rencontre et prise d’inspiration auprès d’un couple qui sait ce qu’il veut.

 

Comment est né Coffeeklatch?
Magali Elali. Nous avons commencé Coffeeklatch il y a 5 ans. 3 ans plus tard, nous lancions All Items Loaded. Mais, ce site n’est maintenant plus actif car nous avons trop de travail pour le maintenir en fournissant de nouveaux contenus. Puis, nous ne gagnons pas d’argent via cela.

 

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« Accumulez les expériences et élargissez votre réseau. C’est beaucoup plus important que de blogger en espérant que les clients vous trouveront sur Internet. »

 

Coffeeklatch était donc gratuit au début ?
M. 
Ça l’était effectivement. Quand Bart et moi nous sommes rencontrés, j’étais encore journaliste de mode. Nous avons fait une série d’interviews de diplômés de la Fashion Academy d’Anvers. J’avais demandé à Bart d’y contribuer en tant que photographe parce que je prenais encore les photos et écrivais en même temps à l’époque. Tout le monde, même les magazines de mode, avait aimé ce que nous avions fait. Nous avons donc décidé de continuer à travailler ensemble et de créer une formule d’interviews où l’on verrait à l’intérieur du lieu de travail des gens chez qui nous prendrions une tasse de café. C’est de là que provient le concept de Coffeeklatch.

 

A quel moment est-ce devenu une véritable entreprise?
M. 
Au début, ce n’était que pour le plaisir. C’est lorsque qu’IKEA a été notre premier client via le blog [que tout a commencé]. Après, (…) le blog est devenu une sorte de carte de visite qui attirait d’autres clients. C’est donc quelque chose qui s’est fait de manière organique. Nous n’avons pas changé de style ou de philosophie. Ce n’est qu’il y a deux ans que nous avons commencé à travailler à temps plein pour Coffeeklatch. Donc maintenant, nous ne faisons plus de collaboration mais nous travaillons pour des gens. Ils nous donnent une mission et nous paient pour. Nous appelons cela le (studio) coffeeklatch parce que tout le monde nous connaît grâce au blog. C’est aussi la raison pour laquelle nous n’avons pas fait beaucoup de changements sur notre blog.

 

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La différence entre collaborer avec quelqu’un et travailler pour lui est importante, en effet. Comment avez-vous mis en place cette transition ?
M. 
Le conseil que je donnerrais est de « s’éduquer soi-même ». Faites autant de stages que vous le pouvez. Accumulez les expériences et élargissez votre réseau. C’est beaucoup plus important que de blogger en espérant que les clients vous trouveront sur Internet. Nous avons eu la chance d’avoir commencé Coffeeklatch il y a cinq ans lorsque les blogs étaient tendance, mais je pense qu’il ya d’autres façons de communiquer sur vos compétences.

 

Quel genre de travail faites-vous pour le studio?
M. 
Nous faisons la photographie, de la direction d’artistique, de la conception, de l’édition, de la rédaction.

 

« Toute la communication se fait à travers le blog. (…) On y communique toujours sur ce que nous faisons et les projets sur lesquels nous travaillons parce que c’est toujours via Instagram qu’on trouve de nouveaux clients. »

 

Faites-vous des interviews sur demande ?
M. 
Nous recevons beaucoup de demandes, mais nous ne travaillons pas de cette façon. Habituellement, nous nous disons : «Oh, nous avons [interviewé] beaucoup d’hommes. Nous aurions besoin d’une femme maintenant.» ou «Allons à Amsterdam!» ou «J’ai rencontré cette femme à une fête. Elle est intéressante.» … C’est toujours nous qui proposons.

 

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Avez-vous dû travailler beaucoup sur votre communication à vos débuts ?
M. 
Toute la communication se fait à travers le blog. On travaille beaucoup aussi sur Facebook et sur Instagram. On y communique toujours sur ce que nous faisons et les projets sur lesquels nous travaillons parce que c’est toujours via Instagram qu’on trouve de nouveaux clients. Donc nous l’utilisons maintenant vraiment pour que les gens restent informés. Ainsi lorsque Bart fait un projet graphique par exemple, ils réagissent en disant: «Oh, vous ne faites pas seulement la photographie mais aussi du design graphique». Puis, nous avons aussi eu à l’aide d’autres blogs – qui nous ont mentionnés – et grâce à eux nous avons eu un public international et sommes entrés en contact avec des magazines tels que le ELLE Décoration UK, des magazines du Moyen-Ouest,… C’est donc aussi quelque chose qui s’est répandu organiquement et qui nous a aidé à grandir.

 

Parlons de l’un de vos derniers projets, le livre « Greenterior ». Quelle est son histoire ?
M. 
Nous avions une sorte de rubrique de plantes pour De Morgen où nous mettions en évidence de nouvelles plantes ou fleurs chaque semaine. Nous avons fait les photos et j’ai écrit les textes. Un éditeur l’a vu et a aimé. Il a proposé de nous rencontrer pour discuter d’un concept. Nous avions déjà une idée à l’esprit de ce que nous voulions faire et nous voulions le faire de façon indépendante. Mais nous nous sommes dits : «C’est la première personne qui nous contacte.» Nous avons donc eu une réunion ensemble où nous avons parlé du concept de «Greenterior». L’éditeur, LUSTER, était très enthousiaste et nous avons pu l’exécuter tel que nous le lui avions présenté. Le livre s’est fait en trois mois. Nous avons voyagé à New York, Bruxelles, Amsterdam, … Et pleins d’autres endroits.

 

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« Nous voulions faire un livre que l’on puisse réellement utiliser et donc qui ne soit pas seulement agréable à regarder. »

 

Comment saviez-vous que les personnes que vous avez interviewées pour votre livre, avaient ces magnifiques intérieurs et étaient des amoureux des plantes ?
M. 
En fait, nous sommes partis des « intérieurs Coffeeklatch » et j’ai trouvé des images sur Pinterest. J’ai alors eu quelques intérieurs en tête. J’ai envoyé un e-mail pour rentrer en contact avec ceux qui avaient publiés les photos et leur expliquer le concept, et ils m’ont naturellement répondu : «Je connais quelqu’un qui connait quelqu’un …» Nous avons également diffusé ça sur Instagram et les gens ont partagé les photos de leur maison à tel point que nous sommes arrivés à 18 personnes [à interviewer] très facilement. Les créatifs aiment être mis en contact entre eux. Ça a été très rapide.

 

On trouve votre livre un peu partout maintenant, non ?
M. 
Il est distribué dans le monde entier: du Canada à Tokyo.

 

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Des personnes de l’étranger vous ont contacté grâce au livre ?
M. 
Oui, des boutiques, des concept stores et des gens qui aiment l’idée de parler de plantes de façon visuelle. Le livre ne traite pas uniquement de plantes dans de beaux intérieurs, il donne aussi plus d’informations sur elles. Donc, si vous savez quelle plante vous aimez et connaissez son nom, il s’y trouve une partie à but éducatif. Nous voulions faire un livre que l’on puisse réellement utiliser et donc qui ne soit pas seulement agréable à regarder. C’est un livre que l’on peut prendre avec soi dans un magasin de plantes. Car à chaque interview est associée une liste des caractéristiques des plantes prises en photos. Ainsi, vous savez quel type de plantes acheter et le groupe de plantes qui vont bien ensemble.

 

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Ça représente quoi concrètement de travailler avec son partenaire de vie ?
M. 
C’est via le travail que nous nous sommes rencontrés. Je travaillais à l’Université d’Anvers et je cherchais un concepteur de livres, c’est ainsi que j’ai rencontré Bart. Il savait déjà ce que j’aimais et je savais ce qu’il aimait. Et c’est par hasard, avant de commencer à sortir ensemble, que nous avons commencé à travailler ensemble. Il faisait de la photographie, j’écrivais et on s’est dit : «Nous nous aimons et nous aimons travailler ensemble.» C’est quelque chose qui est juste venu très naturellement.

 

À t’entendre, cela semble facile.
M. 
…C’est pourtant très difficile de travailler en couple. Cela apporte un autre type de dynamique car les choses vont vite et c’est très intense. Je veux dire par là que nous travaillons le dimanche, le samedi, le vendredi soir,… Nous parlons toujours du travail. Alors, nous avons parfois besoin de temps libre [l’un sans l’autre], ce que les gens ne comprennent pas toujours. Cela semble donc aisé quand j’en parle, mais en vérité assez c’est intense.
Je suis d’ailleurs vraiment heureuse que nous déménagions pour un autre endroit car ainsi nous serons de nouveau ensemble dans un même espace. Nous venons d’acheter un entrepôt à deux rues d’ici. Bart y aura un studio photo et j’y aurai mon bureau. Nous serons plus connectés car pour l’instant je travaille ici et lui dans une autre pièce. Bien que nous fassions en permanence des échanges d’idées ; j’ai besoin de ses conseils et lui des miens.

 

Travaillez-vous parfois séparément pour studio Coffeeklatch?
M. 
Oui. Par exemple, Bart fait le nouveau clip vidéo de Bent Van Looy. Je n’ai rien à voir avec ça. Puis, lorsqu’il y a des commandes où l’on me demande d’écrire, les clients ont souvent déjà un photographe ou ils le sont eux-mêmes. Il est donc arrivé que nous ne travaillions pas ensemble. En revanche, nous nous parlons toujours du travail que nous faisons. Mais généralement, on fait appel à nos services en tant que duo parce que c’est facile si on aime notre style et qu’on aime avoir le full package. Cela dépend de ce que le client veut.

 

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Parlez-nous de ce futur nouvel espace.
M. 
C’est un grand projet qui demandera de grandes rénovations. En bas, il y aura l’espace du studio qui sera utilisé pour des expositions, des événements, des conférences… Au premier étage, il y aura un loft de 175m², notre studio de photographie et nos bureaux. Puis au dernier étage, sera un autre loft dans lequel nous vivrons et où il y aura une toiture-terrasse. Nous inviterons également des gens. Ça sera peut-être l’opportunité que des gens de la partie francophone [du pays] fassent quelque chose dans notre espace et nous proposent peut-être ensuite de faire quelque chose avec eux. Nous sommes toujours ouverts à de nouvelles rencontres.

 

Quel est votre dernier coup de cœur artistique ?
M. 
J’aime vraiment le travail de Nel Aerts en ce moment. Je souhaitais vraiment acheter l’une de ces œuvres et j’ai été en contact avec sa galerie à Londres, mais c’est vraiment trop cher. (Rire) Je suis historienne de l’art de formation c’est pourquoi je suis toujours à la recherche de nouvelles formes artistiques et que j’aime aller voir des expositions. Nous achetons beaucoup d’œuvres d’art. J’aime les gens qui font de beaux objets bien réalisés car on peut véritablement les apprécier et voir comment ils sont finis. Nous avons du Muller Van Severen, nous avons un lit de Marina Bautier, … (Deux designers mobilier belges connus et primés, NDLR). J’aime vraiment ça parce qu’on peut les toucher, voir comment c’est fait et alors apprécier davantage leur travail. S’il y a bien un conseil que je peux donner c’est que si vous aimez quelque chose achetez-le, si vous souhaitez soutenir quelqu’un achetez-lui son travail. Je trouve qu’il est trop facile de dire qu’on n’a pas assez d’argent pour, si on ne dépensait pas notre argent à boire des cafés ou partir en vacances, on pourrait en fait s’offrir une belle pièce qu’on garderait pour le reste de notre vie. C’est juste une question de priorités.

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LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Vous l’aurez compris, le travail du (studio) coffeeklatch est prolifique et la liste de leurs futurs projets serait longue. Celui qui attire toute notre attention (et que nous attendons avec impatience) est leur nouvel espace multidisciplinaire qu’ils ouvriront au public. Une belle aventure à suivre de près.

Crédits :

© Olivia G. COMORERA

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