Chiens, courgettes et marionnettes : les poupées animées de Christine Polis

Dans le jury 2017 du festival Anima, du côté compétition nationale, on trouve Christine Polis. Diplômée de La Cambre, elle a touché à l’illustration, l’animation, la décoration… mais son truc à elle, c’est les poupées. Un travail minutieux, qui demande beaucoup de patience, malgré les évolutions technologiques comme les imprimantes 3D. Ces dernières années, elle fait surtout des poupées pour le cinéma. Stop-motion ou marionnettes à tiges, courts-métrages ou longs, sa filmo inclut des titres comme ‘Max and co’, ‘Ma vie de courgette’, ‘Panique au village’… et bientôt ‘Isle of dogs’, le nouveau film de Wes Anderson avec des toutous animés. On a voulu en savoir plus, alors on a été lui rendre visite dans son atelier, pour papoter entre deux gorgées de bière.

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24 février 2017

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Christine, tu as choisi de te spécialiser dans les marionnettes. Comment c’est venu ?
Christine Polis : A l’école, on te demande de tout faire : ton scénario, la lumière, ton plateau, tes décors, tes marionnettes… et je me suis simplement rendu compte que faire les marionnettes était la partie qui me plaisait le plus. J’aimais l’animation aussi, mais je détestais être toute seule dans le noir toute la journée. A un moment il fallait choisir, alors j’ai opté pour les poupées.

L’animation est un domaine influencé par les évolutions technologiques. Est-ce que tu te sens dépassée quand tu vois ce qui se fait aujourd’hui, quand tu compares avec ce que tu as appris à l’école ?
Non, ça va. Au contraire, c’est intéressant d’avoir vécu cette période de « dinosaures », parce que du coup j’ai appris des choses qu’on n’enseigne plus forcément aujourd’hui. Et même avec les imprimantes 3D, il y a toujours des réalisateurs – comme Wes Anderson – qui veulent que tout soit fait à la main, qui aiment ce côté artisanal, avec toutes les petites erreurs, et tout ce que ça peut amener de vivant à l’image… Après évidemment, les matériaux évoluent, mais au sens technologique, les grands principes de base restent les mêmes. Quand je vois ce qu’on a fait sur le Wes Anderson, c’est exactement la même chose que j’essayais de faire quand j’étais à l’école. Le matériel en moins (rires).

Je vois que tu as de la pâte à modeler sur ton bureau, mais dans ton travail, tu utilises aussi des imprimantes 3D ?
Oui. Ici je bosse sur un projet où le corps est en pâte à modeler, mais le visage doit être très précis, parce que ce sera remplacé par de la CG après (animation par ordinateur, NDLR). Donc comme on n’avait pas le droit à l’erreur, le sculpteur 3D a créé le visage, il a envoyé le fichier par internet, et je suis allée le récupérer à Ixelles. Par rapport à la question précédente, voilà, ça c’est une évolution assez énorme, car le réalisateur et le sculpteur 3D sont en Hollande… donc avant j’aurais dû courir à Amsterdam !

Donc tu travailles quand même avec la 3D numérique, mais pas au point d’avoir besoin d’une imprimante 3D chez toi…
Non, ce sont des choses ponctuelles. Et si je dois choisir, je ferai toujours en sculpture. Les pièces imprimées en 3D sont de mieux en mieux, mais ce n’est pas encore parfait, il y a toujours des petites strates qu’il faut poncer… donc finalement le marionnettiste ne fait plus fonctionner son cerveau, parce qu’il ne doit plus sculpter. Par contre, il ponce.

Et tu préfères sculpter que poncer.
Voilà !

 

 

Justement, dans ton travail, quelle est la partie que tu préfères ?
Dans la fabrication, je crois que j’aime tout : sculpture, moulage, armatures… Mais ce que j’adore, même si c’est stressant, c’est les brainstormings, où on réfléchit tous ensemble à comment on va construire ceci, avec quel matériau on va faire cela, est-ce que ça va coller… La partie mise en œuvre, où tu vois tout ce qu’on a imaginé prendre forme, c’est toujours incroyable aussi. Ou décevant (rires). Mais en général on se dit :  » Wouah, c’est carrément mieux que ce que j’avais imaginé ! »

…et celle que tu aimes le moins ?
Le côté production, administration. Faire un contrat, négocier, rendre un prix…

Ce qui m’amène à ma question suivante : est-ce qu’on gagne bien sa vie dans ce métier ?
Non, si tu veux être riche tu fais autre chose (rires). Mais c’est aussi ce qui fait que, dans ce métier, tu rencontres des gens super : des gens qui, à la base, ne font pas ça pour l’argent. Des gens avec qui on s’apprend des choses, on s’embarque mutuellement sur des chouettes projets. Bien sûr, il faut manger aussi, donc parfois il faut refuser des choses, ou en accepter d’autres, mais même s’il n’y a pas assez d’argent, c’est important que le résultat soit nickel. Tout ce que tu apprends sur un job, tu peux le réinvestir, le recycler. Ça fait toujours évoluer une partie de ta vie.

 

 

Tu as travaillé sur ‘Ma Vie de Courgette’, le très joli film d’animation sorti fin octobre sur nos écrans, sur l’histoire d’un petit garçon. Qu’est-ce que tu y as fait ?
J’ai fabriqué les armatures des poupées : c’est, en gros, le ‘squelette’ du personnage, ce qui va permettre de lui faire bouger les bras, les jambes… Et j’ai géré l’hôpital de poupées pendant le tournage.

Le quoi ? C’est trop mignon comme nom !
C’est la maintenance, en gros. Réparer les poupées en cas de griffures, égratignures, régler la tension des articulations, en fonction de si la marionnette doit marcher ou qu’elle est assise…

Tu as travaillé aussi sur ‘Isle of Dogs’, le prochain film de Wes Anderson. Comment c’est arrivé ?
C’était sur le tournage de ‘Ma vie de Courgette’, justement. La gestion de l’hôpital des poupées était parfois compliquée, donc j’ai pensé à un collègue qui avait fait un travail formidable sur ‘Max and Co’ il y a quelques années. Je l’ai appelé, sans savoir qu’il préparait le Wes Anderson, on a parlé une demi-heure, et à un moment il m’a dit : « Qu’est-ce que tu fais en Novembre ? J’aurai peut-être un projet… » Et voilà, je suis partie à Londres pour 14 mois. Ça arrive souvent dans ce métier, et je m’étais promis de ne plus le faire, parce que la vie de couple, tu oublies… Mais comme mon compagnon est sculpteur métal, on essaye de travailler ensemble. Donc on est partis tous les deux faire les armatures des chiens sur le film de Wes Anderson.

 

Un mini-aperçu d’un personnage de ‘Isle of Dogs’

 

Tu as signé une clause de confidentialité… Mais qu’est-ce que tu peux quand même nous dévoiler du film ?
Oui c’est normal ils tiennent à garder la surprise… Mais je peux déjà vous dire que ça va être très très beau (rires) ! Il y a énormément d’attention portée aux costumes, à la sculpture, aux expressions… Le contexte est japonais, et en gros, c’est l’histoire d’un jeune garçon qui part à la recherche de son chien. Wes Anderson aime diriger les animateurs de très près, il a des idées très précises sur ce qu’il veut. Et il s’en sert bien, parce que du coup c’est une animation qui n’essaye pas d’imiter la réalité. C’est ça qui est intéressant. Il a une chance folle d’avoir vraiment des artistes de haut vol, que ce soit en fourrure, peinture, sculpture… Du coup c’est magnifique de voir tous ces gens se donner pour rendre le meilleur travail possible. Quand tu te dis que tous ces gens mettent toute leur énergie dans chaque petit détail, et que tous ces milliers de petits moments vont se retrouver dans le film… je trouve ça vraiment magique.

Cette année, tu es dans le jury national du Festival Anima…
Oui, je connais très bien le festival évidemment, depuis mes études à la Cambre. Mes films y sont passés, c’est là que j’ai vécu mes premières grandes expériences de projection publique, sur un grand écran, avec plein de gens qui sont là pour le voir, et ton cœur qui s’arrête parce qu’il faut aller sur la scène et que je suis super timide (rires) ! Dominique Seutin, l’organisatrice du festival, et moi, on a fait nos débuts ensemble : elle était stagiaire quand moi j’y présentais mes premiers films. C’est elle qui m’a fait ma première interview sur la scène, et je trouve ça assez touchant parce qu’elle s’en souvient très bien aussi.

Qu’est-ce qu’on va découvrir cette année ?
J’ai très envie de voir le nouveau film de José Miguel Ribeiro, avec qui j’ai travaillé sur « Sunday Drive », donc je suis ravie de le revoir. C’est aussi ça qui est chouette à Anima : les retrouvailles. Il y a d’ailleurs tout un focus sur l’animation portugaise, j’irai voir ça. Et puis « Ma vie de Courgette » est projeté trois fois !

Ce sera l’occasion de le découvrir pour ceux qui l’ont loupé en salles. Dernière question, un mot sur tes futurs projets, s’il n’y a pas de clause de confidentialité ?
Un court-métrage hollandais avec une technique très spéciale… mais top secrète (rires) ! Après, je ne sais pas. Il y a toujours des choses dont on entend plus ou moins parler, mais c’est très tôt pour en dire plus. J’aimerais bien avoir du temps pour sculpter, je serais ravie d’avoir 3 mois sans film d’animation. Je ne pensais pas dire ça un jour (rires) !

 

Bande-annonce Anima 2017

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Envie de (re)voir ‘Ma Vie de Courgette’ au Festival Anima ?

-> lundi  27 février à 10h00 (Studio 4)

-> lundi  27 février à 14h00 (Studio 5) (version néerlandaise)

-> mercredi 1er mars à 13h45 (Studio 4)

 

Crédits :

Festival Anima / Christine Polis / Elli Mastorou / Cinéart (Ma Vie de Courgette)

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