L’illustration pour Cha Coco, c’est « risky business »

Dans le cadre de notre dossier sur l’édition indépendante, on essaie de comprendre pourquoi les acteurs du monde du papier s’écartent des maisons d’édition classiques pour prendre un chemin plus personnel, peut-être plus escarpé. C’est pour cela que nous avons voulu croiser la route de l’illustratrice Cha Coco, qui a mis au monde un petit livre toute seule.

Photos : Maurine Toussaint

écrit par

10 novembre 2016

 

Poésie, grandes trouvailles et micro sentiments : tout ça est contenu dans le coup de crayon de Charlotte Chauvin alias Cha Coco. Elle fait des petits dessins comme il en existe d’autres, certes, mais elle a quand même inventé une chose : le fil à couper le coeur. D’un côté, il y a les mini crushes, flirts, bads, qui chatouillent et passent. De l’autre, les énormes inquiétudes existentielles, les passions, les jours noirs, qui s’imprègnent et minent. On retrouve dans ses dessins ce truc, commun à tous, de l’insoutenable légèreté de l’être.

Il y a plusieurs mois, elle a édité un petit livre contenant ses dessins sur Etsy, le site de référence pour l’artisanat nouvelle génération. On était sûres qu’elle allait nous dire qu’elle l’avait fait par désir d’indépendance, de maintien du contrôle sur le produit fini. Mais pas du tout. En réalité, la talentueuse illustratrice manque de confiance. Les intimidantes maisons d’édition ne laissent en effet par trop la place à la modestie, aux hésitations… Malgré son talent et les nombreux likes ou followers sur Tumblr ou Instagram, Cha Coco n’est pas au courant qu’elle est un petit prodige, qui détient un Master en récit de coeur d’artichaut avec spécialisation en tendresse.

 

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Aujourd’hui, est-ce que tu vis un peu de tes dessins ?

Cha Coco : (petit rire) Ah, je vis pas du tout de mes dessins, et je n’en fais rien en même temps. J’ai du mal à m’organiser. Par exemple j’ai fait des dessins pour le magazine 3petitspoints, je les ai contactés parce que j’aimais bien l’univers et je me suis dit que ça pouvait matcher. Et ça a matché ! D’autres magazines sont aussi venus vers moi. Sinon j’ai fait des trucs pour des fanzines, mais là du coup t’es pas payé… Bref non, je ne gagne pas encore ma vie là-dessus, mais avec des copains on pense monter un studio de graphisme…

Qui s’appellerait comment ?

C. Probablement Tumultes. Avec un « s ».

Ben oui parce qu’un seul tumulte c’est pas assez tumultueux !

C. Voilà c’est ça ! Et donc on est trois, avec Matilde Gony, qui est illustratrice et Adrien Domken, qui a déjà quelques contrats en tant que graphiste et bosse également sur la marque qu’il a avec sa copine Gioia Seghers. On est très différents et du coup ça marche assez bien. Mais donc voilà, le seul truc que j’ai réellement fait, c’est ce petit livre, « Les petites distances » ». Une copine, qui est une amie à moi de Marseille, m’a poussée et aidée à le faire. Elle m’a encouragée à faire plein de dessins pour qu’on produise quelque chose hors de ça, je lui ai donné, et comme elle est graphiste elle les a traités. On les a mis en page ensemble, et on l’a financé à cinquante pour-cent chacune.

Parfait enchaînement, on peut parler de ton livre ! Cette idée est partie de quoi ?

C. Eh bien cette fille-là, Léa Dupuis, l’une des filles qui a fondé Superstrat, m’a un peu obligée « slash » forcée « slash » boostée pour avancer, comme un petit mécène. Ensuite on a contacté Nicolas Storck, un copain à elle qui a une machine d’impression riso. Ce livre, c’était histoire de me mettre le pied à l’étrier, comme ça, pour me familiariser, parce qu’elle croit en mon travail.

Mais moi aussi, c’est pour ça que j’ai du mal à croire que tu n’envoies pas davantage de propositions…

C. Ben, ça me terrorise. Je sais pas, parce que pour moi c’est pas viable. Mes dessins sont poétiques et marchent tout seuls ; ça ne convient pas forcément pour illustrer un texte. Du coup je trouve ça compliqué de le faire matcher avec un article.

 

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Tu as l’impression que ce milieu est inaccessible, que personne ne transforme sa passion de dessiner en métier ?

C. Je pense que c’est possible, mais il faut vraiment avoir un style super clean et très coloré. Moi, par contre, j’utilise peu de couleurs. Ca marche sur un blog, mais pas forcément ailleurs. J’ai un public internet, je crois. Je ne présente que des tout petits sentiments, que les gens n’osent jamais dire, et ça touche un public. J’ai par exemple pas mal d’adolescentes, beaucoup de filles.

 

J’ai commencé à dessiner parce que je suis vraiment une bite pour parler aux gens, leur dire qu’ils m’ont blessée ou que c‘est pas bien ce qu’ils ont fait, alors je dessine, mais du coup je me fais griller. Maintenant j’ai arrêté de choper des sentiments chez les autres, parce que sinon je me fais capter.

 

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Comment as-tu développé ton style ?

C. Je crois que c’est parce que j’ai essayé de pas en avoir. J’aime pas trop les dessins trop esthétiques, trop marqués par un certain style. C’est pour ça qu’au début j’ai essayé d’éliminer, que j’ai fait des silhouettes simples, sans visages, le stéréotype de la forme humaine…

Balaise quand même !

C. Oui, oui oui. Il y a une petite passion muscles cachée là-dessous. En tout cas mon but était d’aller chercher au plus simple, au plus direct de la ligne qui pourrait représenter l’homme. Avant je faisais des choses plus recherchées, style BD, mais ça ne correspondait finalement pas du tout avec ce que je voulais faire.

Quand tu te laisses aller, ce qui te vient, ce sont des traits simples,  avec un sentiment sous forme de petite phrase inscrite en-dessous ?

C. Oui, exactement. C’est ça. Par contre quand je fais autre chose, que je dessine des plantes ou d’autres sujets moins vivants, je le prends comme un exercice, un moyen de me concentrer sur quelque chose de précis tout en laissant mon esprit vagabonder. Sur mon cargocollective, j’ai mis en ligne un travail que j’avais sur les villas belges dans les quartiers riches. Grâce à lui, je passais des heures sur Google Maps à dessiner des petites maisons, toutes petites toutes précises comme ça. D’ailleurs avec ce style-là, j’ai fait des illustrations pour un magazine italien qui s’appelle Robida. C’étaient de bons exercices, c’est juste que c’est moins instinctif. Voilà deux manières de voir le dessin, et les deux m’intéressent.

 

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Avec quoi et comment travailles-tu ?

C. Avec un porte-mine, taille 0,5. Je dessine qu’avec lui, sur du A5. J’ai aussi mon super outil, pour couper les feuilles… (Et là elle brandit un long coupe-papier de papy, métallique et pointu)

Wow ! Tu peux vraiment planter quelqu’un avec ça ! « Avec le coupe-papier dans la cuisine par le Colonel Moutarde ».

C. Les grands formats, ça me stresse un peu. Si je veux vraiment dessiner il faut que je me mette derrière mon bureau. Il ne faut personne autour de moi. Sinon quand j’ai des idées dans la rue ou ailleurs, je note ces petites phrases dans un carnet, puis je reproduis mon idée chez moi. Je suis plus free comme ça, enfin, libre.

Ca me va aussi le franglais tu sais.

C. Cool ! L’autre fois je parlais avec un type, j’ai dit «c’est risky business ce que tu fais » et il m’a demandé trois fois de répéter parce qu’il comprenait pas. On parlait de tatouages et il voulait se faire tatouer le nom de sa fiancée.

Ah c’est indeed « risky business » !

Maurine : Moi j’aurais dit « stupid idea ».

C. En même temps il hésitait avec un tigre ou un tribal…

 

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LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Tumultes est en stand-by, mais vous pouvez suivre Cha Coco sur Tumblr et Instagram. Peut-être aussi reste-t-il quelques « Les petites distances » chez Superstrat. Puis, si un jour elle lance un crowd-funding pour un nouveau livre, vous aurez déjà entendu parler d’elle !

Crédits :

Maurine Toussaint

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