CÉDEZ AU C12

Le perfide assassinat du Recyclart, la mort programmée du Magasin 4 et sa victime collatérale l’Allée du Kaai… La fête dans la capitale cette année ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices.
Mais est-ce une raison pour se dégonfler ? I don’t think so. Une bande de jeunes hommes a décidé que ça ne se passerait pas comme ça. Actifs depuis près de six ans à travers le collectif Deep in House, ils changent aujourd’hui leur fusil d’épaule en ouvrant le C12, une plateforme multidisciplinaire sans foi ni loi. La seule règle, c’est qu’il y en a pas.

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2 février 2018

A dix-huit ans, on arrive à l’ULB la fleur au fusil, prêts à nous bâtir un avenir, parés pour la grande dis’. Mais on se rend vite compte que ce qui nous intéresse avant tout, c’est un foisonnement sous-terrain, visqueux, noisy, tellement vital. Non on ne parle pas de la Jefke. On parle de la nuit dans les endroits plus ou moins leftfield de Bruxelles.
On se heurte alors à la dubstep sous Bruxelles Chapelle, on suit le punk hardcore le long du canal, et la vie est douce.
Puis les années s’égrainent et on apprend que ces lieux vont fermer pour cause de bail précaire, ou de risque d’incendie — c’est vrai que le Recyclart est too hot to handle, check pshhht !

Dans ces cas-là, on s’attend toujours à un deus ex-machina, à une pétition miracle. Les tilleuls de l’Avenue du Port ont bien été sauvés, eux… Comme des youkous altermondialistes, on s’enchaînerait volontiers aux colonnes, aux bars, aux scènes de ces salles magiques pour empêcher qu’on les abatte.
Des espoirs sont bien sûr permis, mais on voit bien que c’est mal barre tout ça.
Alors comme des youkous altermondialistes, on ferait mieux d’enlacer les poteaux métalliques du C12 comme des troncs, et d’y graver des mots doux à l’opinel.

 

Nous avons rencontré l’équipe de Deep in House deux heures avant l’ouverture du C12, nouveau lieu de fête tapi sous la Gare Centrale. Autant dire que les préparatifs allaient bon train.

L’équipe est jeune, entre 24 et 26 ans. Il y a Ulysse au graphisme et à la technique, Mathieu à l’event management et au budget, Tom à la programmation et à la com’, Kafim, le DJ résident, et puis Kevin qui gère un peu tout ça. Mathieu explique que la team se concerte tout le temps, qu’elle fonctionne avec une bonne synergie de groupe. C’est peut-être pour ça que sur le long terme, ça tient. Ca fait quand même cinq ans et demi.

C’est vrai que j’ai l’impression de connaître Deep In House depuis toujours. Or, à la base, vous êtes un collectif qui organise des soirées house/techno/électro. Qu’est ce qui vous a donné envie de changer ? 

Tom : Le propriétaire de la galerie nous a proposé d’utiliser l’espace pendant un an avant qu’il commence à en faire un musée, le musée de la Grand Place, qui va être un très gros truc interactif, très touristique. On s’est dit que plutôt que de faire la même chose de ce qu’on programmait dans les Deep in House, on voulait se challenger.

Ah donc si je comprends bien, vous ne louez pas et vous squattez en quelque sorte le lieu pour une période déterminée ? 

Mathieu : C’est une co-production en fait. On s’est associés avec la Galerie Horta, et c’est cette collaboration qui donne le C12.
Tom : Ici c’est un lieu privé, donc on deale directement avec le propriétaire. Ca facilite pas mal les choses. Il y a quand même cette petite particularité de l’usage public de la Galerie, qui est liée à la SNCB. Mais comme elle ferme de 20h à 8h, on ne dérange personne… Sauf peut-être les hôtels qui ne se sont par ailleurs jamais plaints jusque maintenant, malgré les 20 000 personnes cumulées en un an, de passage entre les Catclub, les soirées de Nouvel An, les Garages Numériques, etc.
D’ailleurs ce sont les proprios qui sont venus vers nous, pas l’inverse. Ils ont aimé la façon dont s’étaient déroulés les précédents événements dans la Galerie, et ils sont venus nous trouver. On a pas hésité.

 

 

Du hip-hop de Blu Samu à l’affiche expérimentalo-pointue digne des Ateliers Claus de ce soir, on ne trouve pas de fil rouge chez vous ?

Tom : On voulait proposer d’autres types musicaux. Des choses qu’on écoute aussi mais qui ne seraient pas compatibles avec une Deep in House. Ca fait longtemps qu’on avait envie de programmer des artistes différents.
Là c’est que le début mais de fil en auguille on va faire de plus en plus de trucs. En mars il y aura une première performance de danse, un atelier de yoga… A partir d’avril, il y aura des micromarchés, des foires de livres ou de vinyls, puis dans cet espace-là qui s’appelle le C5, Patrick Carpentier va « curater » une mini-galerie d’art. Chaque mois, il sélectionnera deux artistes, desquels il présentera une oeuvre…

 

 

Vous n’avez pas peur de vous éparpiller ? Ca forme un tout naturel même si les éléments semblent incohérents ?

Tom : Même si on peut pas lire l’avenir dans les étoiles, je pense que c’est possible, que ça peut marcher. Pour chaque type d’événement il y aura un public différent, et chaque fois ces publics seront confrontés au reste de la programmation, ce qui leur donnera peut-être envie de se chauffer pour d’autres styles d’événements.

C’est ça le défi, dans ce lieu sur un an ?

Tom : Oui. Arriver à rencontrer un public par catégorie d’événements, et en même temps créer une communauté composée de différents types de personnes. Et puis que le projet soit viable aussi, c’est une donnée importante, quand même.

 

On a débuté cet article en parlant des lieux qui ferment, on le clôt en souhaitant bon vent à l’un de ceux qui se lancent ! Et si en plus d’ouvrir leur portes ils ouvrent aussi les horizons, font sauter les genres et font bouger les gens, alors… Long live C12 !

 

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

C12 • Night w/ Binh (De)
C12 • Night w/ Samo DJ (Sw)
C12 • Concert w/ Blu Samu & Le 77

Crédits :

© Deep in House

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