Afrofeminism in progress

Ce vendredi 2 février à Liège, avait lieu la launch party d’Afrofeminism in Progress, exposition évolutive hébergée par La Zone et chapeautée par Emmanuelle Nsunda. Alphabeta a rencontré cette dernière, histoire de mettre tout le monde à jour au sujet de la programmation ô combien nécessaire de ce projet.

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9 février 2018

Preuve que le sujet intéresse et est primordial aujourd’hui, nous étions présent-e-s en nombre à La Zone vendredi dernier, dans une ambiance hypra-chaleureuse, pour découvrir Afrofeminism in progress. Cette « exposition » interactive se construira tout au long de l’année, au fil de rencontres, d’ateliers, de performances, organisées dans le but d’expliquer ce qu’est le mouvement afroféministe et son importance aujourd’hui dans les sociétés occidentales.

Kys Keya était de la partie pour parler d’Extranostro, première websérie Afroqueer francophone en Europe, en cours de réalisation. Une comédie dont on a pu découvrir par bribes les acteurs et actrices de la série, grâce à un petit film dans lequel tou-te-s clament la joie de faire partie de ce projet. La réalisatrice a insisté sur la difficulté d’être homosexuel-le et noir-e aujourd’hui, difficulté qui s’est illustrée jusque dans la peine qu’elle a eu à trouver des acteurs et actrices acceptant de jouer un rôle d’homosexuel-le – qu’il ou elles le soient ou non. Pour soutenir Extranostro, rendez vous sur le Kiss Kiss Bank Bank ou aux soirées de soutient à Bruxelles ce 10/02, à Paris le 18/02 et à Lille le 24/02. Pour accompagner musicalement la série, Zelda Fitzgerald, qui en signe le générique, nous a livré un petit live de diva en exclusivité, des compos qui donnent carrément envie d’en entendre plus, le personnage est percutant autant que sa performance.
Vous le comprenez petit à petit, avec toutes ces supers meufs vendredi, l’ambiance était cool, libre et safe, et on ne le dit pas par hasard, ce sont des mots sur lesquels l’instigatrice du projet, Emmanuelle Nsunda, a beaucoup insisté au cours de sa présentation. On lui laisse la parole pour présenter au mieux l’essence d’AFP.

Alphabeta. Afrofeminism in progress s’inscrit dans un projet plus large de La Zone, Minorities Speaking, peux-tu nous en dire un mot ? 

Emmanuelle. Avec Minorities Speaking nous mettons un focus sur une minorité durant une année entière. On donne la parole aux personnes issues de cette minorité pour qu’elles se ré-approprient leur identité et la façon dont elles veulent être définies et racontées. Nos choix portent sur des minorités visibles, qui subissent des discriminations liées à leur état de santé, leur orientation sexuelle, leur origine, leur appartenance religieuse, leur apparence ou leur couleur de peau.

« Le projet s’articule en trois axes: d’abord la création d’un espace d’expression pour une minorité culturelle.  Ensuite la rencontre entre les personnes issues de cette minorité avec d’autres qui ne le sont pas, afin d’établir un dialogue entre elles. Enfin, la mise en avant de ces minorités par l’intermédiaire d’artistes, d’écrivain.e.s, d’intellectuel.le.s. » 

 

 

Vendredi tu as présenté le projet de cette année, AFP, qui proposera tout au long de 2018, différentes formes de rencontres autour de la question afroféministe. Pour ceux pour qui le mot n’est pas encore significatif, l’afroféminisme, c’est quoi ? 

E. L’afroféminisme est une forme de féminisme portée par certaines femmes (et certains hommes) afrodescendant.e.s. Dans le contexte européen, ce sont des femmes qui ont un jour ressenti le besoin de se rencontrer en marge des mouvements féministes classiques pour traiter des problématiques qui leurs étaient propres. Ces-dernières n’étant pas assez prises en compte dans les combats des mouvements cités précédemment. La lutte des afroféministes est intersectionnelle, c’est à dire qu’elles luttent de front contre les discriminations de classe, de genre, de sexe et de race. Etre femme et noire, n’est pas la même expérience qu’être femme et blanche, surtout en Occident. Les femmes noires s’y trouvant en minorité, l’invisibilisation de leurs souffrances a été quasi systématique durant les dernières décennies.

« Avec AFP, nous espérons expliquer au mieux la légitimité de la démarche afroféministe aux personnes non-concernées. » 

 

Maintenant que le projet est lancé, quels sont les premiers rendez-vous d’AFP, et à qui s’adressent-ils ?

E. Chaque mois aura une thématique particulière. Celui de février sera ainsi dédié au bien-être et à la perception des corps noirs. En mars, nous nous intéresserons à la question des privilèges et ensuite aux relations amoureuses. En mai, c’est la santé mentale des afrodescendant.e.s. qui sera « mise à l’honneur » et nous clôturerons cette mi-saison avec une conversation sur le colorisme. Après un break estival, on reprendra en force nos ateliers en septembre pour terminer l’année en décembre, avec une exposition rétrospective reprenant tous les témoignages, conférences et productions artistiques glanés durant l’année.

Ce samedi 10 février,  on inaugure les ateliers avec un goûter capillaire à destination des femmes afrodescendant.e.s. Francine Nishimwe nous offrira un témoignage de son expérience et une série de « trucs et astuces » pour prendre soin du cheveu crépu. Nous avons fait le choix de proposer certains ateliers en non-mixité, réservés uniquement aux femmes noires, aux afrodescendant.e.s ou aux personnes blanches en fonction du sujet abordé. L’occasion de délivrer des témoignages parfois difficiles à partager dans un groupes mixtes où des personnes vivant des expériences opposées, pourraient éprouver des difficultés à entendre l’autre, le comprendre et l’écouter. Nous contre-balancerons toujours ces ateliers non-mixtes par des rencontres en mixité.

Deux autres dates en février : le 24 on réfléchira avec la blogueuse Gladys Nganare au bien-être dans son foyer quand les questions identitaires et d’appartenance sont tiraillantes. Le 25, Yvoire de Rosen du collectif afroféministe bruxellois Mwanamke nous dispensera une conférence sur la perception des corps noirs depuis la colonisation.

Vendredi, après la présentation, il y avait deux concerts et un dj-set, qui réunissaient des artistes afrodescendants, c’est aussi un des objetifs auquel AFP tient beaucoup cette année, une mise en avant de ces artistes ?

E. Exactement. Nous souhaitons profiter des espaces de La Zone (salle polyvalente, salle d’exposition et salle de concert) pour présenter le travail d’afrodescendant.e.s ou de toutes personnes ayant travaillé sur des sujets les concernants. C’est une manière pour nous de casser les stéréotypes dans lesquelles elles sont parfois enfermées. Nous varierons aux mieux les profils des artistes, créatifs et intervenants afin de proposer le panel le plus diversifié possible.

 

Inutile de dire à quel point AFP nous semble important, on vous invite donc à suivre le projet activement sur les réseaux, et si d’une manière ou d’une autre vous souhaitez soutenir, collaborer, vous investir, proposer une idée, que ça soit pour cette année ou pour les prochaines Minorities Speaking, foncez ! (Par Facebook ou par email : minorities@lazone.be).

LIENS VERS L’ARTISTE

Actualité

Goûter capillaire le 10/02

Atelier « home » le 24/02

Conférence de Yvoire de Rosen le 25/02

 

 

 

 

Crédits :

© Julie Lemaire

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